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 Le temps d'un hiver

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Jessica
Admin
Jessica

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Age : 31
Localisation : 78

Le temps d'un hiver - Page 2 Empty
MessageSujet: Partie 16   Le temps d'un hiver - Page 2 EmptyMer 25 Jan - 12:09

L’air était frisquet en ce dernier jour de l’an. D’ici quelques minutes, le clairon sonnerait la fin de l’année 2001. Au-dehors, des passants hurlaient, d’autres riaient. Des automobilistes klaxonnaient comme pour un mariage. Tout le monde avait le cœur en joie. Tout le monde hormis Jenna, dont le cœur était empli d’un profond sentiment de solitude.

Depuis deux jours qu’elle était rentrée, elle se sentait complètement à bout de force. Ses larmes coulaient à flot régulièrement, l’épuisant physiquement et moralement. Pour tromper sa tristesse, elle avait laissé les images télévisées l’absorber totalement, l’abrutir réellement. Parfois encore, elle prenait un livre, qu’elle dévorait d’une traite, s’empêchant ainsi de penser clairement.

Incapable de trouver le sommeil, elle lisait jusqu’à épuisement, emmitouflée dans sa couverture.

A ses pieds, Caramel dormait en boule, ronronnant faiblement. Ce simple son la berçait lentement. Malgré tout, Jenna voyait défiler les secondes.

Pour la énième fois, elle posa ses yeux sur le radioréveil. Il était presque minuit. Dans deux petites minutes, les feux d’artifice retentiraient, illuminant le ciel de ses teintes multicolores.

Jenna n’était pas d’humeur festive. Et c’était bien la première année qu’elle passerait le Nouvel An seule. D’habitude, réfugiée dans les bras d’Alec, elle contemplait les festivités de la chambre de son meilleur ami. Aujourd’hui, elle ne souhaitait plus qu’une chose : qu’on en finisse vite, et qu’elle puisse se morfondre de cette nouvelle année qui commençait aussi mal que l’autre finissait.

Elle avait adapté sa lecture à son chagrin et lisait, d’une traite, les trois premiers volumes de la Bicyclette Bleue. Tous ces cœurs solitaires mourant au front lui faisaient oublier son propre chagrin, sa propre perte.

Plongée dans sa lecture, elle n’entendit pas la grille s’ouvrir, ni les coups frappés à la porte. Seul le feu d’artifice rompit sa concentration. Puis les coups se firent plus insistants, la secouant.

Aussi lourde qu’une enclume, Jenna se redressa. Un court instant, la tête lui tourna et elle chancela, instable sur ses jambes. Sortir de sous la couette était un véritable supplice et elle se demanda qui pouvait bien la déranger, à minuit passé.

Lentement, elle marcha jusqu’à l’entrée. Sans regarder à travers le vasistas, elle entrebâilla la porte. De surprise, elle sursauta presque et ses doigts se crispèrent davantage sur la poignée.

— Ryan ? Que…

Les mots s’étranglèrent dans sa gorge, si bien qu’elle ne put terminer sa phrase.

Le jeune homme la contemplait le regard sombre, intense, le visage impénétrable. Jenna sentit son cœur se serrer. Que lui voulait-il ? Savourer de la voir ainsi souffrir ? Et pourtant, malgré leurs différends, elle eut envie d’esquisser un geste vers lui, de lui sourire.

Ryan avait prévu une phrase de circonstance. Mais il demeura silencieux, incapable d’articuler le moindre mot. Plus rien n’avait d’importance, hormis cette jeune fille complètement débraillée. Elle avait les cheveux tirés en un chignon bancal, portait sur le dos un survêtement de sport et gardait un regard triste aux yeux gonflés et rouges. Et pourtant, elle ne lui avait jamais semblée aussi belle.

Il percevait dans son regard toutes les questions qu’elle ne posait pas. Que lui répondre ? Qu’il était venu sur un coup de tête, incapable de supporter son absence ? Ou bien encore qu’il en était malade à l’idée de penser à son proche départ ? Cette séparation lui retournait l’estomac, lui coupant l’appétit. Depuis qu’elle avait quitté la maison d’Élisabeth, deux jours plus tôt, il était morose, sombre, et irritable.

Jenna attendait toujours une explication qui ne venait pas. Il ne pouvait parler. Comme elle, les mots restaient coincés dans sa gorge. Il la détailla avec plus d’attention encore, souhaitant graver dans sa mémoire les traits de celle qu’il ne voulait quitter. De ses cheveux châtains aux reflets légèrement dorés et aux boucles en bataille ; de la couleur verte de ses iris, piquetées de tons bleutés ; des dizaines de tâches de rousseurs claires qui parsemaient ses joues et son nez, si claires qu’il ne les avait pas de suite remarquées ; de cette petite fossette qui se creusait au-dessus de son sourcil gauche lorsqu’elle était contrariée, ou de celle, surplombant le coin de ses lèvres lorsqu’elle souriait… Il voulait se souvenir du moindre petit détail, même le plus insignifiant.

Ryan remarqua alors son sac de voyage dans un coin de la pièce, fermé, rempli. Que faisait-il là ? Comptait-elle aller quelque part ? Non, elle n’en avait pas le droit.

Ryan franchit d’un pas l’espace qui les séparait, attrapa le livre qu’elle tenait en main et l’envoya valser par-dessus la tête de Jenna. Puis, avec fougue, avec force, il la plaqua contre lui, l’embrassant à pleine bouche. Il ne voulait pas qu’elle parte. Il ne voulait pas partir.

Le cœur de Jenna se souleva. Un mélange de bonheur et de peine l’envahit. Le bonheur de le sentir de nouveau contre elle. Mais la peine de devoir le repousser… Des larmes envahirent lentement ses yeux, qu’elle contint le plus difficilement du monde à travers ses paupières closes. Elle utilisa le peu de courage qui lui restait pour le repousser faiblement, mais fermement.

— Qu’est-ce que tu fais ? Va-t’en, je t’en prie…

Sa voix était brisée. Ryan en eut mal au cœur. Pourquoi fallait-il qu’il la fasse tant souffrir, alors qu’il ne souhaitait que la chérir ? Les larmes qu’elle retenait péniblement l’achevèrent.

— Je ne peux pas… souffla Ryan.

On aurait dit que ce refus lui était tout autant pénible à prononcer qu’il devait l’être à Jenna de l’entendre.

Pourquoi ? s’emporta-t-elle. Que fais-tu là ?

Ryan demeura silencieux, incapable de répondre à cette simple question. Ses yeux se perdirent dans la contemplation du papier mural, alors que sa main se perdait dans ses cheveux.

— Ryan ! Qu’attends-tu de moi ?

Jenna commençait à perdre patience. Il reporta donc son attention sur elle, et murmura, en haussant les épaules.

— Je ne sais pas.
— Comment ça, tu ne sais pas ?

Il la contempla intensément, fixement. Jenna se sentait noyée dans son regard. Elle réalisa qu’il voulait dire quelque chose, mais les mots restaient coincés, encore. Il finit par refermer la bouche, résigné.

Ryan… va-t’en, s’il te plaît.
Ne me demande pas ça.
— Tu n’as pas le droit de me faire subir ça.
— Toi non plus ! Te quitter, c’est… C’est au-dessus de mes forces. Regarde ce que tu as fait de moi ! Je tourne en rond, je suis exécrable, irritable. Je déteste ce que je vois ! Ne me retire pas le peu que tu me donnes, Jen. On ne se verra plus ! C’est insupportable ! Laisse-moi juste cette nuit…

Ces mots, loin de la ravir, lui arrachèrent de nouvelles larmes.

— A quoi bon ?
— C’est vraiment ce que tu désires ?

Jenna inspira profondément, tentant d’empêcher ses larmes de couler sur ses joues pâles. Elle serra les lèvres, se mordant la langue pour calmer le tremblement de son menton. Puis, faiblement, elle acquiesça de la tête, d’un mouvement si minime qu’il était presque invisible.

— Mais merde, Jen ! Regarde dans quel état tu te mets !
— Ryan, tu veux me faire plaisir ? Oublie-moi…

Le tremblement de sa voix arracha un cri au jeune homme, qu’il ne put étouffer. Incapable de le contempler plus longuement, Jenna baissa la tête. Ses larmes se répandirent enfin sur ses joues, qu’elle tenta de cacher.

Ne pouvant tenir davantage, Ryan l’embrassa de nouveau, de tout son cœur, de toute son âme. Parler n’avait jamais été facile. Lui faire comprendre ses sentiments par les gestes était beaucoup plus simple pour lui. Mais encore fallait-il qu’elle accepte de les entendre.

Jenna sentit son cœur exploser, et les larmes couler à flot. Elle ne pouvait plus lutter contre lui. Elle avait utilisé ses dernières ressources. Lui dire de partir était chaque fois plus déchirant encore, et son cœur ne le supportait plus. Elle le voulait. Elle le voulait tellement !

Ryan sentit les larmes de Jenna humidifier ses propres joues. Ça lui était si pénible ! Il aurait souhaité la rassurer, faire cesser ses cris silencieux. Mais comment le pouvait-il ? Lui-même ne supportait plus cette situation. Il était fou. Fou d’elle. La raison n’avait plus sa place dans sa tête, seul comptait son cœur battant la chamade pour une inconnue.

Il était prêt à envoyer valser son passé, tout oublier, pourvu que ce soit pour elle ! Mais comment le lui faire comprendre ?

Ryan sentait peser contre lui la poitrine de Jenna, sous laquelle son cœur battait rapidement. Ce contact exacerba son désir, qu’il ne contrôlait que par la pensée de la souffrance qu’il lui infligerait. Et malgré cette certitude, il ne pouvait cesser cette étreinte.

Le contact de ses lèvres douces, chaudes et humides de salive et de larmes, le remplissait tout à la fois de bonheur et d’effroi. Elles étaient telle une porte ouverte sur une potentielle promesse future. Et malgré leur cœur déchiré, ils se livrèrent tous deux à leur passion, s’embrassant avec force, presque rageusement, fiévreusement, avec un appétit insatiable. Et toujours, cette épée de Damoclès au-dessus d’eux, qui comptait les secondes jusqu’au terme. Ils n’avaient plus que quelques heures à passer ensemble, ils le savaient. Cette nuit était la dernière que Ryan demanderait, le dernier caprice qu’il lui imposerait. Mais cette nuit lui paraissait déjà beaucoup trop courte. Il aurait aimé faire cesser le temps, ne plus jamais rompre ce baiser. Car dans ses bras, il se sentait enfin chez lui.

Incapable de résister plus longtemps, Jenna avait laissé libre court à ses propres désirs. Elle ne pleurait plus, désormais. S’il ne fallait qu’il n’y ait qu’une seule nuit, elle était enfin décidée à en profiter. Malgré la présence de Mindy qui flottait au-dessus de leur tête, les rappelant sans cesse à leur terrible trahison. Elle passa ses bras autour du cou de Ryan, qu’elle serra davantage contre elle. Elle sentit bientôt les mains du jeune homme au creux de ses reins qui la maintenaient fermement, comme pour l’empêcher de fuir.

Leurs deux bouches se séparèrent un bref instant, le temps de reprendre respiration. Mais c’était pour mieux se retrouver, s’entrechoquer presque dans leur empressement, dans leur insatisfaction. Et la tristesse laissa bientôt place à un désir plus intense, exacerbé par leur prochaine séparation.

Jenna ressentit brusquement son dos choquer contre la surface dure du mur. Mais ce coup, loin de la faire souffrir, attisait plus encore son désir. Ryan, pressé contre elle, la maintenait prisonnière de son corps. Elle sentait le tissu tendu de son jean
appuyer contre son ventre. Et elle eut soudain l'envie, le besoin, qu'il la prenne tout de suite, maintenant, qu'il lui fasse l’amour. S’il ne devait y en avoir qu’un, elle voulait que ce soit lui.

À bout de souffle, Jenna s'écarta doucement, mais Ryan revenait déjà à l'assaut de ses joues, de son cou. Des baisers qui la firent frissonner. Elle aurait souhaité que jamais cela ne prenne fin. Ryan, qui la maintenait maintenant par les fesses, la souleva soudain de terre. Elle noua ses jambes autour de sa taille, lui offrant son cou.

Se cognant contre les murs, ils trouvèrent difficilement la porte de la chambre que Ryan ouvrit péniblement, et qu’il referma d’un coup de pied. Jenna passa son sweet-shirt par-dessus sa tête, dévoilant une fine brassière noire. Bouche contre bouche, Ryan la déposa sur son lit, se débarrassa de ses baskets et trouva place entre ses jambes. En appui sur ses avant-bras pour ne pas peser de tout son poids sur elle, il la couvrait littéralement de baisers. Jenna haletait, sentant son cœur près d’exploser. Jamais elle n’avait été si excitée, si enjouée. Et jamais elle n’avait senti son cœur battre aussi rapidement dans sa poitrine. Elle était en feu. Et ne souhaitait plus qu’une chose.

— Fais-moi l’amour…

Elle l’avait murmuré au creux de son oreille, et Ryan sentit un frisson de ravissement le parcourir. Pourtant, il la fixa avec intensité, souhaitant sûrement s’assurer que c’était là ce qu’elle désirait réellement. Ils se contemplèrent en silence, les yeux voilés par la passion.

N’y tenant plus, Jenna l’attira de nouveau à lui, et embrassa chaque parcelle de peau, ses lèvres, ses joues, son cou, ses oreilles. Ryan la voulait.

Il lui souleva la tête et, d’un geste rapide, lui retira son élastique, faisant cascader ses boucles cuivrées tout autour de son visage. Puis il se releva et, debout sous le regard brûlant de Jenna, il entreprit de se déshabiller. Il enleva d’abord son gilet de laine, puis sa chemise et son marcel. Enfin, il déboucla sa ceinture et déboutonna son jean.

Jenna, qui trouvait le temps long, se redressa à son tour et rabaissa le jean de Ryan sur ses chevilles. Bientôt, il fut presque nu devant elle, avec pour seul vêtement un caleçon noir qu’elle brûlait de lui retirer. Mais au lieu de quoi, elle l’embrassa de nouveau, ne supportant pas cette distance. Elle voulait le sentir contre elle, sur elle, en elle. Toujours plus proche.

Ryan s’attaqua enfin à ses propres vêtements. Rapidement, il lui ôta son bas de survêtements. Là, en sous-vêtements, il la contempla. Pour la première fois, elle était réellement à lui, corps et âme. Et ce qu’il avait sous les yeux l’enchantait plus encore, accentuant son désir, augmentant son rythme cardiaque. Il l’avait enfin à lui, ce corps qu’il désirait depuis le tout début, cette fille qui lui était jusque-là inaccessible.

De nouveau, ils s’embrassèrent, avec toujours plus de fougue, souhaitant mettre à bas toutes les barrières qui les séparaient encore. Ryan se frotta à Jenna, qu’il serrait fort entre ses bras. Elle sentait entre ses jambes le sexe dur de Ryan peser contre elle. Et, inconsciemment, elle se tendit vers lui, s’arquant comme pour mieux être possédée.

Les doigts de Ryan la parcouraient, effleurant sa peau, lui arrachant des frissons. Jamais encore on ne l’avait caressée aussi intimement, et c’était loin d’être désagréable.

Voilà dix jours que Ryan en rêvait. Et il ne parvenait à réaliser qu’elle allait s’offrir à lui. Elle qui l’avait si durement rejeté, combattant avec hargne ses propres sentiments. Et pourtant, elle était là, prête – enfin – pour lui.

— Je ne peux pas faire ça… murmura soudain Ryan avant de se redresser légèrement.
— Quoi ?
— Je ne peux pas… pas comme ça. Ce n’est pas de ça dont j’ai envie.

Ses yeux, plongés dans ceux de Jenna, pouvaient y lire une profonde détresse. Mais vite, Jenna le repoussa et plaqua son poing contre ses yeux fermés. Il la rejetait. Pourquoi ? Pourquoi maintenant alors qu’elle acceptait enfin ses sentiments ? Elle eut soudain l’impression qu’on lui arrachait le cœur, et, étrangement, l’air pénétra difficilement dans ses poumons. Les larmes envahirent de nouveau ses yeux et coulèrent sous ses paupières closes.

— Jenna…

Ryan tenta de l’approcher, mais elle le repoussa. Jenna savait que retenir sa respiration serait le seul moyen d’étouffer cette crise de larmes qu’elle sentait monter. Il ne fallait pas qu’elle craque, pas devant lui. Alors, elle retint son souffle, souhaitant ainsi faire taire sa détresse. Il fallait qu’elle se calme, qu’elle s’empêche de souffrir.

— Jenna !

Ryan l’attrapa par le poignet et la serra fort contre lui. Elle eut beau se débattre, il tint prise fermement. Et son cœur se brisa lorsqu’elle reprit son souffle dans un cri déchirant. Son corps tout entier fut ensuite parcourut de tremblements, alors qu’elle sanglotait entre ses bras.

— Je ne veux pas que tu partes…

Elle avait prononcé ces mots faiblement, entre deux sanglots, sans reprendre son souffle. Ryan fut d’abord étonné de les entendre. Pour cacher sa propre souffrance, il enfouit son visage dans le cou de Jenna, qui referma ses bras autour de ses épaules.

Ils restèrent ainsi longtemps, laissant s’épuiser les larmes, les cœurs. Lorsque Jenna se fut calmée, il s’écarta légèrement, s’allongeant à ses côtés. Face à face, ils se contemplèrent en silence. Ryan laissait courir ses doigts sur le visage de Jenna, essuyant les quelques gouttes d’eau qui n’avaient pas encore séché. Jenna baissa les yeux, incapable de soutenir davantage son regard.

Alors, doucement, il l’embrassa, la laissant perplexe, dans l’incompréhension la plus totale.

— Ryan… qu’es-tu venu faire ici, réellement ?
— Je ne sais pas trop… Mais ce n’était pas ça que je voulais. Si nous l’avions fait… Je ne veux pas te souiller, Jenna. Je suis venu parce que tu me manquais. Pas ton corps. Toi, seulement toi.

Ryan se releva, récupéra son jean, son tee-shirt, et se rhabilla.

— Reste avec moi… supplia Jenna à mi-voix.
— Je ne comptais pas partir. À moins que tu me mettes dehors… Ne me tente pas, s’il te plaît, souffla-t-il en lui rendant également ses vêtements.

En silence, elle se rhabilla. Et là, assis face à face, ils se contemplèrent quelques minutes, avant qu’il ne demande soudain :

— Où voulais-tu aller ?

Jenna comprit qu’il faisait allusion à son sac de voyage, resté dans l’entrée. Elle n’avait pas eu la force de le défaire, souhaitant, de le voir près de la porte, y trouver le courage de fuir. Mais elle n’y était pas parvenue.

— Je ne sais pas... Loin…
— Pourquoi fuir ?

Jenna demeura silencieuse, le regard fuyant, trop honteuse pour avouer que c’était en partie de sa faute. Ryan réalisa qu’elle agissait exactement comme lui. Quand une question trop personnelle le dérangeait, il n’y répondait tout bonnement pas.

— Je pense que si je devais aller quelque part, avoua soudain Jenna, ce serait dans le Sud… Cela fait très longtemps que je n’ai pas vu la mer... Tu sais, j’ai une tante qui vit à Nice. J’aimerais… je ne sais pas, simplement me poser sur le sable, contempler l’horizon, me laisser bercer par la brise et le son des vagues…

Ryan se l’imaginait parfaitement, seule face à la mer. Et pourtant, dans son songe, il aurait souhaité être à ses côtés. Lui qui vivait à proximité de l’océan savait que si Jenna le suivait, elle pourrait s’y rendre autant qu’elle le désirerait.

Mais comme tout songe, c’était un rêve vain, qu’il n’était pas en droit de formuler. Après ce qu’ils avaient fait, comment pouvait-il se croire en droit d’avoir ce qu’il souhaitait au plus profond de son cœur ? En toute conscience, il savait que ses actes blesseraient Mindy. Ne pouvoir être avec Jenna était sa punition.

Jenna… Pourquoi es-tu partie si précipitamment ? Je n’ai même pas eu le droit de te dire au revoir… Tu ne m’as pas laissé le temps de me faire à l’idée que jamais plus je ne te verrais.
C’était beaucoup trop difficile pour moi. S’il avait fallu que nous discutions, je me serais dégonflée.
Pourquoi ?
Tu le sais très bien, voyons.
Je m’excuse, Jenna… J’étais énervé. Tu m’as mis hors de moi à jouer ainsi avec mes sentiments !
Je ne jouais pas, Ryan. Je n’ai jamais joué avec toi.
Alors, pourquoi ?

Jenna plongea son regard clair mais profond dans celui de Ryan.

Que ce serait-il passé ensuite ? Ce que nous avons fait, c’était de l’inconscience. Ryan, Mindy t’attendait au salon, avec le reste de la famille. Notre absence n’est pas passée inaperçue… Si je t’avais donné ce que tu voulais, que serait-il arrivé ensuite ? Tu sais tout comme moi que j’en aurais beaucoup plus souffert que toi. Ryan, tu as Mindy, tu ne peux pas faire n’importe quoi.
Si suivre mon cœur signifie pour toi faire n’importe quoi, alors oui, je plaide coupable.
Je t’en prie, tais-toi, tu ne sais pas de quoi tu parles.
C’est ce que tu souhaiterais… Jenna, j’ai connu tout un tas de filles, j’ai fait des choses que tu ne peux imaginer, des choses dont j’ai honte aujourd’hui. Mais je peux t’assurer que pas une seule n’était aussi importante, à mes yeux, que Mindy. Et pourtant, ce que je ressens aujourd’hui pour toi est différent de tout ce que j’ai connu. Plus intense… Je n’ai jamais été aussi sérieux.

Loin de la ravir, ces mots lui arrachèrent de nouvelles larmes, qu’elle maintint emprisonnées sous ses paupières. Honteuse, elle avait détourné les yeux. Comment pouvait-elle prendre plaisir à les entendre quand cela se faisait au détriment de Mindy ? Il la trahissait. Ils la trahissaient tous les deux.

Qu’on soit bien clairs, Ryan. Je n’ai aucune sympathie pour Mindy. Elle est antipathique et extrêmement égoïste. Mais elle est ce qu’elle est, et elle compte pour toi. Je ne veux pas la faire souffrir.
J’aimerais tellement que les choses soient différentes…

Surprise, Jenna redressa la tête.

— Oui, j’aurais aimé que nous puissions être ensemble.
— Moi aussi…
— Jenna, et si je te promettais de revenir ? M’attendrais-tu ? Voudrais-tu encore de moi ?
— Ne me fais pas de promesse que tu ne pourras tenir, Ryan. Tu sais très bien que tu ne reviendras peut-être jamais.
— Je ne fais jamais de fausses promesses.
— Et puis quoi ? Tu me demandes de t’attendre ? Dans quel but ? Ni toi, ni moi, ne savons si tu reviendras. Et quoi qu’il arrive, il y aura toujours cet immense océan entre nous… et cette fille magnifique.
— Cesse de penser à Mindy. Il ne s’agit pas d’elle, mais de toi et moi.
— Et pourtant, c’est elle que tu embrasseras, à elle que tu feras l’amour !
— C’est à toi que je veux faire l’amour ! A personne d’autre ! Alors, je t’interdis de m’imaginer avec qui que ce soit ! M’attendras-tu ?
— Ryan, non… Arrête de parler d’avenir. Il n’y a pas d’avenir. Il n’y a que le présent. Toi et moi, maintenant. Pour cette dernière nuit. Alors, je t’en prie, tais-toi.

Comment pouvait-il lui faire entendre raison ? Jenna demeurait obstinément fermée à ses paroles. Il se résigna donc et lui ouvrit ses bras. Blottis l’un contre l’autre, ils se réfugièrent sous la couette.

Ryan sentait son cœur se briser… Il savait qu'elle ne viendrait pas lui dire adieu. Cette nuit était celle de leurs adieux. La dernière fois qu'ils se voyaient. La dernière fois qu'il la touchait, qu'il l'embrassait. Ils reprendraient tous deux leur vie d’avant, et elle ignorerait toujours l’impact qu’elle avait eu sur lui.

Jenna dévisageait Ryan inlassablement, essayant de graver à jamais dans sa mémoire les traits de son visage, son nez droit, ses sourcils épais, ses yeux clairs et profonds, noyés par de longs cils noirs, sa peau basanée, les deux fossettes qui se creusaient dans ses joues, ses lèvres pleines... Elle détailla ensuite son cou, large, dont une énorme veine palpitait à la surface. Ses trapèzes qu'on devinait sous le tee-shirt, ses épaules larges, ses bras puissants aux veines saillantes, ses larges mains, ses hanches étroites... tout ce que sa mémoire pouvait enregistrer. Elle aurait même souhaité en voir davantage, le voir en entier, tel qu'il était en tenue d'Adam, tel qu'il devait être le plus beau. Pourtant, elle se fit violence pour chasser ses idées loin de sa tête. Ce qui était d'autant plus difficile qu'elle sentait le désir qu'il avait de la posséder, de s'assouvir.

Ce n'était que physique, ne cessait-elle de se répéter. Pas de sentiments dans cette histoire. Juste son corps qui l'attirait, comme un appel aux baisers, aux caresses. Rien de plus.

C'était difficile de s'en convaincre. Elle aimait la manière d'être de Ryan. Cette solitude qu'il dégageait, cette indépendance, cette manière de toujours garder pour lui ce qu'il pensait, ressentait... Le fait que dans ses bras, elle se sentait en sécurité.

Ce n'était que physique. Il fallait que ce ne soit que cela. Dans quelques heures, ils se sépareraient, et ce, définitivement. Elle ne le reverrait plus. C'était comme une promesse. Et lui parti, elle reprendrait sa vie là où elle l'avait laissée, comme si rien n'avait eu lieu. Comme s'il n'avait jamais existé. Il en ferait de même.


© Jessica Lumbroso
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Dernière édition par Jessica le Ven 3 Fév - 10:31, édité 6 fois
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MessageSujet: Partie 17   Le temps d'un hiver - Page 2 EmptyVen 27 Jan - 13:31

Jenna ne se rappelait pas s’être endormie. Pourtant, ce fut la porte d’entrée qu’on claquait qui la réveilla. Dans l’incompréhension la plus totale, elle ouvrit les yeux. A ses côtés, Ryan dormait paisiblement. Elle entendit alors des paroles étouffées, les voix de ses parents.

— Oh, ce n’est pas vrai ! Ryan, réveille-toi !

Jenna le secoua.

— Allez, Ryan, ouvre les yeux !

Au moment où elle sortait du lit, la porte s’ouvrit et Sibylle actionna l’interrupteur. La lumière jaillit, aveuglant presque Jenna.

— Maman !

La femme qui la contemplait, le regard sévère, avait le teint légèrement halé. Ses cheveux châtains clairs étaient coupés court, et elle portait à bout de bras un sac et un gilet.

— Jenna ? Que…

C’est alors qu’elle dévisagea Ryan, qui était en train de rassembler ses affaires.

— Que fait-il ici ?
— Maman !
— Tais-toi, Jenna ! Je ne veux pas entendre de fausses excuses ! Tu n’avais pas à être à la maison, et encore moins à y ramener un inconnu !

Puis, s’adressant à Ryan :

— Sortez tout de suite de cette maison !
— Maman…

Une fois encore, Sibylle lui coupa la parole.

— Jenna, tu me déçois beaucoup ! Notre absence n’était pas prétexte à jouer les « Marie couche-toi là » ! Ce n’est pas comme ça que je t’ai élevée !
— Tu es injuste, là.
— Je suis injuste ? Et que fait ce garçon dans ta chambre, à six heures du matin ?

Jenna demeura silencieuse, incapable de trouver le moyen de se faire entendre.

— Sortez ! répéta Sibylle.

Elle attrapa Ryan par le bras et le reconduisit jusqu’à la porte d’entrée, Jenna sur leurs talons.

— Maman, arrête ! Ryan !
— S’il vous plaît, Madame… murmura le jeune homme. Ce n’est pas ce que vous croyez.
— Je me fiche de ce que vous avez à me dire. Dehors !
— Laissez-moi au moins…
— Sortez immédiatement !

Ryan se retrouva sur le pas de la porte sans avoir pu prononcer la moindre parole d’excuse.

— S’il vous plaît…

La porte se referma sur lui. Il sentit la tristesse l’envahir alors. Cette nuit, qui avait si bien commencé, s’achevait très mal…

— Jenna ! hurla-t-il alors.

Il ne savait pas si elle l’entendrait, pourtant il s’époumona encore.

— Jenna ! Attends-moi ! Je te promets de revenir ! Attends-moi !

La porte était mal isolée et Jenna percevait chacune des paroles du jeune homme. Pourtant, elle ne répondit pas. Le regard brûlant de sa mère la foudroyait sur place, lui interdisant d’ouvrir la bouche. Alors,elle fit demi-tour et pénétra dans sa chambre, dont elle claqua la porte violemment.

— Je n’en ai pas fini avec toi ! hurla sa mère dans son dos.

Puis elle entra à sa suite.

— Sors de ma chambre !
— Je te faisais confiance, Jenna !
— Confiance ? C’est pour ça que tu m’as confiée aux parents d'Élisabeth ? Mais finalement, je devrais peut-être te remercier ! C’est grâce à toi que j’ai rencontré Ryan !
— Qui est-ce ?
— Le type que tu viens de mettre à la porte !

Jenna s’époumonait de plus en plus, des larmes de colère envahissant ses yeux. Sibylle réalisa qu’il ne servait à rien de lui parler sur le même ton, aussi inspira-t-elle profondément avant de dire, plus posément, mais d’une voix tranchante :

— Jenna, tu n’as pas à faire venir des hommes dans ma maison quand je ne suis pas là.
— Maman ! Tu ne me fais pas confiance !
— Et j’ai raison. Regarde, dès que j’ai le dos tourné, tu en profites pour coucher avec le premier venu.
— Je n’ai pas couché avec lui !
— Ne me mens pas, Jenna. J’ai horreur que tu me mentes.
— Tu recommences !
— Tu vas peut-être me dire que c’est de ma faute ? Que c’est moi qui t’ai poussée dans les bras de ce jeune homme ? Moi qui t’ai dit également d’écarter les cuisses ?
— Tu te rends compte de ce que tu dis ? Tu me dégoutes ! Sors immédiatement de ma chambre !
— Je t’interdis de me parler sur ce ton !
— Alors, aie foi en moi ! Bon sang, Maman, tu me parles comme si j’étais une pute !
— Jenna, tu n’as pas à avoir de rapports sexuels. Mais vu que tu le prends sur ce ton, je vais te reprendre en main. Tu peux dire adieu à tes amis, la musique c’est terminé.
— Quoi ?
— Tu m’as très bien entendue. Tu peux faire ta valise. Ce matin, je t’accompagne de gré ou de force chez Mamie Germaine. Les vacances sont terminées, ma petite.

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MessageSujet: Partie 18   Le temps d'un hiver - Page 2 EmptyVen 27 Jan - 13:41





De la buée sort de ma bouche tandis que je contemple la porte en bois, angoissée. Nerveusement, je me triture les mains, incapable de me décider à sonner. Pourtant, je ne peux rester ici, indécise, indéfiniment. Je dois faire quelque chose, n’importe quoi. Ou bien je sonne, ou alors je repars d’où je suis venue.

Mais je ne peux pas repartir… Pas après avoir pris autant sur moi pour venir. Pas après tout ça. J’inspire profondément et appuie sur la sonnette.

Souhaitant paraître plus présentable que je ne l’ai été ces deux derniers mois, j’ai fait un effort de présentation. Mes cheveux, lavés, sont certes encore attachés en un chignon bancal, mais au moins, je ne semble pas tout juste sortie du lit.

Le temps passe, et j’ai l’impression d’attendre indéfiniment la potence. Je me sens mal, la tête me tourne. J’ai choisi de venir précisément aujourd’hui, en ce samedi de fin de mois, dans l’espoir qu’il soit présent. Mais je réalise soudain ne pas avoir imaginé qu’il puisse ne pas être chez lui. J’étais persuadée de le trouver là.

Je suis sur le point de faire demi-tour quand j’entends des pas se rapprocher, le verrou tourner dans la serrure. La porte s’entrebâille. Une tête blonde, les cheveux tirés et de magnifiques yeux bleus, apparait.

« C'est pourquoi ? me demande la femme.
Bonjour… »

Je murmure, et je sais qu’une certaine angoisse perce dans ma voix. Sans me départir de mon courage, je me racle la gorge, reprends contenance, et me force à continuer.

« Est-ce qu'Alec vit ici ?
Oui. Qui le demande ?
Une vieille amie...
Un prénom, peut-être ?
Qui est-ce ? »

Je retiens mon souffle. J’ai reconnu sa voix, que je n’ai pas entendue depuis de trop nombreuses années. Sa voix qui s’approche dans le couloir. Mon cœur palpite dans ma poitrine, et voilà bien longtemps que je ne me suis pas sentie aussi en vie. Pourtant, je ne peux m’empêcher de me demander ce que je viens faire ici.

La porte s'ouvre sur lui.

Il n'a pas changé. Juste vieilli de presque neuf ans. Mais il est toujours le même, aussi grand, aussi beau. Et je regrette soudain de l'avoir trahi, de ne pas l'avoir gardé dans ma vie. Maintenant, face à lui, je réalise alors à quel point il m’a manqué.

« Jen... » souffle-t-il, surpris.

Ses yeux reflètent son étonnement, mais aussi un mélange de bonheur et d'une ancienne souffrance. Puis ils se portent sur mon ventre, et son sourire disparait.

« Mélanie, c'est bon, je m'en occupe, dit-il tandis que la femme acquiesce et referme la porte derrière elle, nous laissant sur le perron. Jenna, que viens-tu faire ici ?
Eh bien... »

Je ne sais pas quoi répondre, une fois de plus. Les pulsions qui m’ont menée ici étaient trop fortes, mais je n’ai pas réfléchi un seul instant à ce que je pourrais lui dire. Je pensais que les choses sortiraient naturellement. Je me suis trompée… Les mots se coincent dans ma gorge avant même de les avoir formulés. Mon cœur bat la chamade et j’ai une furieuse envie de vomir.

« Comment m'as-tu trouvé ?
Tes parents. »

Je marque une nouvelle pause. Tous deux, très gênés, ne savons plus quoi dire. J’ai souvent imaginé ces retrouvailles, pourtant elles me paraissent maintenant déplacées… Je n’avais pas le droit de venir ici. Pas après tout ce temps.

Après une profonde inspiration, je murmure en souriant :

« Elle est jolie...
Oui. »

Je n’arrive plus à le regarder dans les yeux. Je cherche douloureusement les mots pour exprimer ce que j’ai sur le cœur. Avec anxiété, je triture entre mes doigts un pan de mon écharpe.

« Écoute... dis-je en l’affrontant enfin du regard. Je suis désolée... Désolée de tout ce que je t'ai fait subir. »

Il reste de marbre. J’ai beau essayer de comprendre ce à quoi il pense, rien ne transparait. C'est très étrange. Je réalise soudain tout ce qui nous sépare. Moi qui ai toujours su lire en lui, j’ai l’impression d’être face à un étranger.

Comme il ne répond pas, je murmure une nouvelle fois :

« Je suis désolée... J'étais venue te le dire. C'est tout. Au revoir... »

Je redescends déjà les quelques marches du perron quand j’entends Alec se racler à son tour la gorge et me demander :

« Tu veux entrer un moment ?
Je ne veux pas déranger.
Ce n'est rien. »

Ensemble, nous pénétrons dans l'appartement. L’entrée est d’un blanc cassé, illuminée. Sur les murs, un miroir en forme de vague, et un cadre photo les représentant tous deux, Alec et Mélanie, riant aux éclats sur les bords de mer. Je sens mon cœur se serrer étrangement.

Il m'invite à m'asseoir au salon tandis qu'il demande à Mélanie de nous laisser seuls quelque temps. Puis il vient me rejoindre sur le canapé.

« Que fais-tu dans le coin ?
Je suis retournée chez mes parents.
Toute seule ?
Pas vraiment seule, comme tu peux le constater, dis-je en pointant mon ventre proéminent. Mais sinon oui, je suis seule.
Et... où est-il ? »

Cette question me fait mal, comme chaque fois. Pourtant, j’essaie de ne pas le montrer, et me force à murmurer, étranglée :

« J'aimerais ne pas en parler.
Comme tu voudras. »

Le silence s’installe de nouveau, étouffant, pesant. Ni lui ni moi ne savons où nous mettre. Je le contemple, gravement. Une ombre vient assombrir ses joues, mais il me semble être, physiquement, le même que celui que j’ai quitté. Ce contraste me choque plus encore, alors que nous n’avons plus rien à nous dire. Ou bien si, mais les mots restent coincés entre nous, dans ce fossé que les années ont créé.

« Tu as un bel appartement. Ça fait longtemps que tu vis seul ?
Je ne vis pas seul.
Je voulais dire, que tu ne vis plus chez tes parents.
Six ans.
Alors, toi et Mélanie...
Oui. »

Ses réponses sont froides, sèches, et je ne peux m’empêcher de me sentir mal. Jamais encore Alec ne m’avait parlé sur ce ton. La douleur m’enserre la poitrine, mais je me retiens de crier. Il fut un temps où nous aurions réglé nos soucis dans les cris, puis les rires. J’ai soudain l’impression que ce temps est très loin derrière nous.

Finalement, je prends appui sur le canapé et me redresse péniblement.

« Écoute, je ne suis pas venue mettre le foutoir dans ta vie. Je voulais seulement m'excuser, pouvoir peut-être m'expliquer.
Mais tu ne l'as pas fait, dit-il en se relevant à son tour.
C'est vrai. »

Honteuse, je regarde mes mains, cherchant mes mots. Comment expliquer ?

« Je suis profondément désolée, Alec, si tu savais comme je m’en veux ! Mais on ne peut pas changer le passé… »

Je l’affronte de nouveau du regard, cherchant un appui dans ses yeux. Lui qui me regardait autrefois avec bienveillance est aujourd’hui fermé.

« Je sais que ça ne peut pas tout expliquer, mais je... j’étais jeune, j’ai agi avec inconsidération. Je rêvais de vivre de belles aventures, de me libérer de l’emprise maternelle. Je voulais aimer, être aimée, pouvoir vivre enfin ma vie.

Et le faire sans moi.
Non, ce n'est pas ce que je désirais. Je voulais seulement vivre pour moi. Pas pour toi. Alec, comprends-moi. On a passé notre enfance à vivre l’un pour l’autre, sans se soucier réellement de ce qui était bien pour nous… Pas pour l’autre. Tu m’as tellement donné, gamin ! Je voulais que tu puisses vivre ta vie.
Eh bien, comme tu peux le constater, c'est fait.
Oui.
Toi aussi, d'après ce que je vois. Enceinte.
Oui.
De combien ?
Presque huit mois.
Et il t'a abandonnée ? »

Il a presque craché cette dernière question qui sonnait plus comme une réflexion haineuse, une affirmation. Incapable d’y
répondre, je plonge dans un profond silence, alors que je peine à retenir les larmes qui menacent encore de jaillir.

Comme pour faire diversion, Alec me propose quelque chose à boire, que j’accepte bien volontiers. Et il me somme de me rasseoir. Avant de m’exécuter, avant qu’il ne s’absente quelques minutes, je l’arrête :

« Alec... Je ne prétends pas être ici pour réparer les choses entre nous. Je ne pense pas que ce soit possible. Mais je voulais que tu saches combien je regrette. Je ne te demande pas de m'excuser. Pas même d'accepter mes paroles. Juste de pouvoir m'exprimer… Ça fait longtemps que je tais ce que j’ai sur le cœur. Il fallait que ça sorte…
Et c'est moi que tu viens voir…
Parce que mes regrets ne concernent que toi.
Tu ne crois pas qu'il est un peu tard pour ça ?
Il n'est jamais trop tard pour s'excuser. »


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