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 Les Terres de l'Oubli

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Jessica
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Date d'inscription : 29/05/2011
Age : 28
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MessageSujet: Les Terres de l'Oubli   Dim 20 Jan - 12:15

J'ai décidé de reprendre intégralement mon roman, préalablement intitulé "Sorcellerie" (et dont vous pouvez trouver l'ancienne version ici).
J'ai commencé à réécrire le début, mais la suite viendra également. Pourquoi cette réécriture? Parce qu'elle ne me paraissait pas aboutie, pas assez développée. Alors, voilà la nouvelle version. Si je pouvais avoir votre avis, ça m'aiderait !!




Je remets le synopsis :

Genre : Fantasy / Magie
Nombre de pages : en cours de réécriture
Nombre de chapitres : 1 prologue, 6 chapitres (en cours)
Nombre de livres : La première version du premier livre est finie, mais je suis en train de la réécrire totalement. J'ai également entamé l'écriture du second livre.

Résumé : Lors d'une soirée étrange, Eva rencontre Bastien alors qu'ils se font attaquer par une magicienne. Dès lors, ils n'auront de cesse d'essayer
de fuir pour leur survie. Jusqu'au jour où ils devront faire face à leur destin lié, et affronter un univers étrange, à la fois surnaturel et dangereux...




-------------------------------------------------------------

Ici, les liens menant directement aux textes :



Prologue : (Plus bas dans cette même page)
Chapitre 1 :  Partie 1 - Partie 2 - Partie 3 - Partie 4
Chapitre 2 : Partie 1 - Partie 2 -
Chapitre 3 :

-------------------------------------------------------------

Prologue


La lune disparaissait derrière de lourds nuages orageux, rendant la nuit opaque, profonde. Le son strident d’une alarme de voiture déchirait le silence ; toutes portières béantes, ses warning clignotaient à intervalles réguliers. Le parechoc avant emplafonné dans un tronc d’arbre était défoncé, à l’instar du parebrise, brisé.

Une femme gisait sur le sol, face contre terre, inerte. Une ombre se profila, avalée par la nuit, massive et à l’haleine fétide. Seuls deux yeux rouges brillaient dans la nuit, du rouge profond du sang, luisants de cette férocité toute bestiale du carnivore flairant sa proie. Ses pas martelèrent le sol, s’approchant toujours plus près. Soudain, il rugit, ouvrant béant une gueule aux canines jaunes acérées, alors qu’un filet de bave s’échappait. Puis il chargea. Ses pattes griffèrent la terre, la faisant trembler sous son poids, et il se jeta sur la femme inanimée.  

C’était un loup de stature impressionnante : un corps noueux et puissant frôlant le mètre cinquante au pelage gris nuit. Ses crocs se plantèrent avidement dans l’épaule de la femme, faisant couler le sang. La douleur vive la réveilla, et son hurlement affola la bête, qui tira sur les chairs.

— Non !

Un homme bondit brusquement sur le dos de l’animal et enserra le cou de toutes ses forces, le faisant couiner en relâchant sa prise. Le loup recula de quelques pas en virant brusquement de gauche, cherchant à désarçonner son cavalier. Ses mâchoires puissantes craquèrent mais se refermèrent sur du vide. Dans sa ruade, il chuta en grognant, écrasant une des jambes de l’homme qui se tordit de douleur. Mais déjà, la bête se remit sur pattes et chargea. Ses crocs frôlèrent la joue de l’homme qui esquiva, mais revinrent bientôt à la charge. L’homme planta son poing dans les côtes de l’animal, enfonçant la dague qu’il tenait en main, déchirant la chair et les muscles. Elle vint buter contre les os, tandis qu’un liquide chaud et poisseux giclait sur les doigts de l’homme. L’animal couina quand la lame ressortit et bondit vivement en fuyant.

L’homme vit disparaître l’ombre à l’orée du bois et poussa un profond soupir de soulagement. Il lui fallut quelques longues minutes pour retrouver son souffle. Sa jambe était endolorie, aussi, il se traîna sur le sol jusqu’à sa compagne, dont le bras baigné de rouge était tordu étrangement.

— Chérie, regarde-moi ! supplia-t-il.

Difficilement, la femme s’exécuta, le contemplant de ses yeux étrangement vitreux. Inquiet, l’homme posa ses doigts sur la joue pâle, larmoyante.

— Appelle Lycia, hoqueta-t-elle.

En silence, il acquiesça et, alors qu’il s’éloignait de quelques pas, l’ombre ressurgit brusquement de l’antre des arbres, la gueule béante sur un rugissement bestial. Ses yeux injectés de sang réclamaient pitance, tandis qu’il salivait déjà de son prochain festin.

Un éclair vif illumina brusquement la nuit.

Puis un long hurlement déchira le silence.



Éva s’éveilla en sursaut, le visage trempé par la sueur.

Le sang battait ses tempes, tandis que les cris résonnaient encore dans sa tête. Tant de souffrance, de larmes qu’elle avait versées suite à ce cauchemar ! Toujours le même, qui hantait ses nuits depuis de trop nombreux mois.

Son cœur battait rapidement, avec saccade, et elle eut du mal à reprendre son souffle. Ses cheveux plaqués sur son front moite furent dégagés d’un geste brusque. Sa poitrine lui brûlait, alors qu’une bile amère menaçait de jaillir.

Le réveil posé sur sa table de chevet indiquait trois heures du matin. Elle distinguait difficilement les chiffres à travers les larmes qui brouillaient sa vue. D’ici quelques dizaines de minutes, Éva fêterait ses dix-sept ans… Mais les choses n’avaient pas changé : elle était toujours la même, petite gamine paumée, tiraillée par des fantômes. Ceux de son passé.

Ce cauchemar l’envahissait soir après soir, étreignant sa poitrine. Il s’emparait d’elle, lui retournant littéralement les tripes. Mais depuis quelques jours, la fièvre l’avait envahie, amplifiant son malaise, redonnant vie aux monstres de ses rêves. Il suffisait de fermer les yeux pour faire face à ce regard rouge sang tentant une intrusion dans son âme, à ces crocs aiguisés plantés dans les chairs humaines.

Éva laissa l’effroi l’envahir, jusqu’à devenir presque palpable. Leur faire front lui permettait irrémédiablement de mieux les
repousser. La puanteur de la bête envahit ses narines, son rugissement son esprit. Cramponnée au bois du lit, elle se retint de ne pas prendre ses jambes à son cou. Elle le laissa s’approcher, n’accordant à la peur que cinq secondes.

— Un… chuchota-t-elle du bout des lèvres.

La gueule béante de l’animal laissait apparaître des canines luisantes du sang de ses victimes.

— Deux…

Des victimes dont elle revoyait simplement les contours tordus par la douleur : cet homme qui avait combattu avec fougue pour protéger sa compagne.

— Trois…

L’effroi qui transpirait du corps de la femme, le faisant trembler, et Éva perçut de nouveau distinctement son hurlement déchirant.

— Quatre…

Le bruit des os déchiquetés la révulsa. Mais ce n’était pas réel. Ce n’était pas réel !

— Cinq… acheva-t-elle en ouvrant les paupières.  

Éva contempla le plafond vouté de sa chambre, l’apaisement bataillant sa terreur. Elle se sentait néanmoins plus sereine, même si une sourde certitude qu’un danger la guettait lui hérissait le poil. Son instinct infaillible ne lui avait jusque-là jamais fait défaut : quelque chose, dans l’ombre, se terrait, attendant qu’elle baisse la garde.

Vivement, elle se redressa, incapable de rester davantage inerte, pas quand son esprit bouillonnait tant. Elle rejeta la couverture et se mit sur pied. Mais ses jambes, affaiblies par la fièvre, ne la soutinrent pas. Elle se rattrapa de justesse au montant du lit, la tête lui tournant. Après ce qui lui sembla une éternité, tout redevint stable et elle put se redresser enfin, les jambes toutefois encore flageolantes.

Le reflet que lui renvoya le miroir de sa salle de bain était livide. Ses traits tirés faisaient peur à voir. Des cernes violacés s’étiraient sous ses yeux, tandis que de grosses gouttes de sueurs collaient ses cheveux et sa robe de chambre à sa peau. Elle se sentait poisseuse, mal en point, et alors qu’elle se penchait pour s’asperger le visage d’eau fraîche, son estomac se révulsa désagréablement. Précipitamment, elle souleva le couvercle de la cuvette de toilette où son dîner fut expulsé. Elle toussa violemment, les larmes envahissant ses yeux fatigués. Chaque remontée de bile lui broyait le cœur, la gorge, et brûlait son œsophage. Les larmes coulèrent enfin à flot, mais elle n’y prêta pas attention. Lorsqu’elle fut incapable d’en régurgiter davantage, elle s’effondra, à bout de force, contre le carrelage froid du mur.  

L’odeur âpre lui fit plisser le nez. Difficilement, elle actionna l’évacuation d’eau, et se redressa, s’appuyant de toutes ses forces sur ses bras étrangement endoloris. Elle ne pourrait pas supporter ces relents, ce sentiment de mal-être, aussi, elle fit passer sa robe de chambre par-dessus sa tête. Nue, elle se mit sous le jet froid de la douche, savourant son contact vivifiant sur sa peau brûlante qui lui fit reprendre pied.

Lorsqu’elle se sentit un peu mieux, l’eau froide luttant contre sa fièvre, elle augmenta un peu la température. Et, avec une soudaine énergie, elle frotta son corps engourdi, son cuir chevelu, avant de se brosser les dents. En ressortant de la douche, elle ne prit même pas la peine de se sécher et, toujours aussi nue, retrouva les draps humides de son lit dans lequel elle s’allongea, plus légère.

Il ne lui fallut que quelques secondes pour se rendormir.



© Jessica Lumbroso
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Jessica
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MessageSujet: Re: Les Terres de l'Oubli   Jeu 7 Mar - 13:22

Chapitre 1 - Partie 1

Le temps s’égrenait comme une horloge dont le tic-tac incessant aurait ralenti, pour finalement s’arrêter, tenant la vie au bout de sa plus grande aiguille. Il aurait suffi d’une simple oscillation pour que l’existence reprenne son cours… Mais les heures demeuraient suspendues par une force mystique, mystérieuse. On attendait le réveil de l’Éminence.

Lorsqu’Éva s’éveilla, il lui semblait avoir dormi tout son soûl. La fièvre était tombée, la laissant vide de force, mais reposée. Instinctivement, ses yeux se portèrent sur les chiffres digitaux du réveil matin.

3h47… À peine une demi-heure s’était écoulée. Comment était-ce possible ?

Son rythme cardiaque s’affola brusquement, et Éva se dressa dans son lit. Elle attrapa le réveil, le porta à son oreille. Silencieux. Les piles devaient être à plat, tenta-t-elle de se rassurer. Elle se leva, enfila des sous-vêtements propres et rejoignit la baie vitrée dont elle décala un pan de rideau.

Dehors, l’obscurité était opaque, oppressante. Tout était silencieux dans son jardin. Lucie avait rasé l’herbe récemment, la tondeuse traînait près de la baraque en bois. La palissade se noyait dans la nuit, n’offrant que très peu de visibilité des ombres. Quelque chose se terrait-il ici ? Elle sentit l’appréhension lui enserrer le ventre.

Quelle heure pouvait-il être ?

Au-delà de la palissade, le jardin de leurs voisins lui semblait tout aussi inquiétant. La grande bâtisse s’élevait à une centaine de mètres de là, noyée dans la nuit profonde. Éva ne distinguait qu’une masse difforme d’arbre, par-delà sa toiture. Rien d’autre n’était perceptible.

Brusquement, une lumière s’alluma à l’étage supérieur de la maison. Intriguée, la jeune fille fronça les sourcils. Après quelques secondes, une ombre se découpa derrière la fenêtre, la faisant sursauter. Elle s’empressa de rabattre le rideau, le souffle saccadé.

Elle était stupide ! Ses nerfs à vifs jouaient désagréablement avec ses intestins, la faisant tressauter pour n’importe quoi. Depuis quand était-elle aussi lâche ? Elle inspira profondément, tentant d’apaiser son cœur, et revint s’installer sur son lit.

Bon sang, quelle heure était-il ? Il n’y avait aucun bruit dans la maison, pas même un craquement significatif. Il était impossible qu’il se soit écoulé aussi peu de temps : son corps ne réclamait plus le sommeil. L’ennui s’installait rapidement, et Éva ne savait plus quoi faire. Incapable de rester inactive, elle se remit debout, tâtonna dans son armoire et sortit un jean et une chemise blanche. Puis elle enfila une paire de basket confortable. Ainsi vêtue, elle descendit silencieusement les escaliers menant dans la cuisine.

Pourquoi tout était si clame ? Une ombre mystérieuse planait, Éva le sentait, une ombre qui rendait l’atmosphère électrique. Les cheveux sur sa nuque se dressèrent, ses sens étaient en alerte. Mais rien autour d’elle ne semblait détonner, sortir de son contexte. Tout était à sa place.

Ses yeux se posèrent sur la pendule accrochée au-dessus des portes battantes menant au salon. Elle s’était également arrêtée. 3h47.

Comment… ?

Éva ne se souvenait que trop bien de cette nuit fatidique où tout avait basculé. Il était précisément 3h47 du matin quand la sonnerie du téléphone avait brisé le silence, porteur d’une mauvaise nouvelle. Depuis ce jour, Éva partageait sa vie avec Lucie, sa tante.

Sans comprendre, la jeune fille contempla les aiguilles. S’amusait-on d’elle ? C’était un morbide clin d’œil que lui faisait la vie, et elle s’en serait bien passé. La blessure était encore vive, malgré les deux années qui venaient de s’écouler.

Elle ressentit vivement le besoin de prendre l’air. Le sentiment d’abandon l’opprimait. Après avoir enfilé un blouson, elle traversa en quelques pas la cuisine et sortit. Sur le perron, elle inspira profondément l’air frais, malgré la tiédeur de la nuit, et un brusque et fugace sentiment d’apaisement l’envahit. En fermant les yeux, elle savoura cette soudaine tranquillité, avant que l’appréhension ne revienne jouer avec ses tripes.

Finalement, elle dévala les quelques marches puis se retrouva sur la chaussée glissante. Ses pas la guidèrent au hasard des rues et, progressivement, elle délaissa le quartier résidentiel et s’enfonça au cœur de la vallée, dans le centre-ville. Les rues étaient vides, pas une lumière allumée aux fenêtres des maisons, pas une voiture ne circulait, pas même un aboiement de chien dans le lointain. Comme si la vie était suspendue à un souffle. Cette situation plus qu’étrange la garda en alerte, en attente d’un danger imminent. Néanmoins, elle continua sa balade : c’était un besoin vital, auquel cas, elle était persuadée devenir folle.

Elle parvenait à un immense carrefour désertique lorsqu’elle sentit une légère brise jouer dans ses cheveux. Les battements de son cœur s’accélérèrent étrangement, tandis qu’une joie intense lui nouait le ventre. Un frisson de plaisir la parcourut, descendit le long de sa colonne vertébrale et mourut sur ses reins.

Elle se retourna vivement. À quelques mètres d’elle, un jeune homme l’observait, les mains dans les poches de sa veste.

— Éva… souffla-t-il du bout des lèvres.

Une tension nouait les muscles de ses épaules, alors qu’il demeurait droit comme un I. De surprise, la jeune fille eut un imperceptible mouvement de recul. Mais pourtant… pourtant, ce jeune homme lui semblait familier.

Il posait sur elle un regard gris perle presque tendre, et une infinie douceur adoucissait ses traits. Il devait être à peine plus âgé qu’elle, et il était doté d’un physique plaisant à contempler. Grand, les cheveux châtains, les yeux pétillants, il dégageait une bienveillance naturelle toute rassurante. Une véritable attraction s’exerça sur le corps d’Éva alors qu’ils s’approchaient tous deux en silence, incapables de détourner le regard.

Pourquoi lui semblait-elle le connaître ? Toujours sans un mot, elle l’interrogea du regard, attendant des réponses qui ne vinrent pas. Il était tout aussi muet qu’elle, mais dans son regard à lui brillait une étrange détermination.

Ils étaient si près désormais qu’il aurait été facile de tendre le bras, d’espérer un contact salvateur. Dieu seul savait comme Éva en mourrait d’envie. Pourtant, elle ne fit pas un geste, laissant ce désir mourir au creux de son ventre.

Et soudain, elle réalisa qu’il avait murmuré son nom.

— Qui… commença-t-elle.

Un grondement sourd l’interrompit brusquement. C’était comme un rugissement familier, un son qui la glaça d’effroi. Le jeune homme ôta les mains de ses poches en se détournant. Son regard s’agrandit de surprise tandis qu’apparaissaient sous un lampadaire le pelage gris d’un animal. Sans prendre le temps de réfléchir, il lui prit la main et ordonna :

— Cours !






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MessageSujet: Chapitre 1, 2e partie   Jeu 14 Mar - 11:10

(Chapitre 1 - 2e partie)

Il fallut de précieuses secondes à Éva pour analyser la situation, et que cet ordre soit transmis à son cerveau. Mais déjà, le garçon l’entraînait à sa suite, dans la direction opposée. La créature glapit, faisant claquer ses mâchoires puissantes, puis s’élança derrière eux, accompagnée d’une deuxième bête.

Les deux adolescents redoublèrent leurs foulées, malgré leurs certitudes de ne pouvoir distancer les animaux. Arrivés au bout de la rue, ils se séparèrent. Éva prit à gauche en jetant des regards affolés dans son dos. L’une des deux bêtes la poursuivit.

Il semblait à Éva ne pas pouvoir échapper à ces monstres sanguinaires, ceux de ses cauchemars. Que pouvait-elle faire ? Son regard fouilla les alentours, à la recherche d’un abri inexistant. Elle sentit bientôt un souffle chaud contre ses mollets, et elle bondit sur le capot avant d’une voiture à l’instant précis où les crocs de la bête se refermaient sur le vide. Elle prit impulsion sur la tôle, tournoya légèrement et envoya son autre pied dans la gueule de l’animal avant de retrouver la chaussée humide.

Sans réfléchir, elle reprit sa course. Jamais il ne lui avait semblé courir aussi vite. Sa cage thoracique brûlait tandis qu’elle enfilait la rue à toute vitesse. Mais bientôt, un mur se dressa devant elle… Une impasse. Sa soudaine déception lui fit ralentir l’allure, et la bête qui gagnait de nouveau du terrain lui faucha brusquement les jambes. Éva chuta. D’instinct, elle roula en boule mais son dos vint violemment percuter le sol, lui arrachant l’air des poumons. Puis l’animal se jeta sur elle, la plaquant contre le bitume de tout son poids. Sa gueule béante s’approcha d’un peu trop près, et Éva vit luire les canines acérées.

La bête allait la déchiqueter vivante ? Il en était hors de question ! Elle se contorsionna vivement pour récupérer son bras droit qu’elle projeta contre la gorge de l’animal, protégeant son visage de son avant-bras. La créature pesait de tout son poids sur elle, l’empêchant de reprendre son souffle, si bien qu’elle sentit peu à peu ses forces s’épuiser. L’haleine fétide lui lécha bientôt la joue. Des larmes d’impuissance lui brûlèrent les paupières alors que le craquement sinistre de la mâchoire de l’animal se rapprochait invariablement de son visage. Les crocs griffèrent brusquement sa peau, l’égratignant légèrement.

Un coup assourdissant retentit, suivit de deux autres, et l’animal couina en s’effondrant sur elle, l’étouffant carrément. D’un coup de pied, on repoussa le corps inerte, dégageant sa cage thoracique. Éva inspira profondément en rampant sur l’asphalte. Son visage ensanglanté était poisseux, mais il lui était impossible de savoir s’il s’agissait de son propre sang ou de celui de l’animal. Ce dernier reposait sur le flanc, la tête éclatée.

Le jeune homme apparut soudain dans son champ de vision et lui tendit une main qu’elle attrapa avec soulagement. Il l’aida à se remettre sur pieds. Ses jambes flageolantes eurent du mal à l’assurer, aussi, elle se retint à lui quelques secondes. Il tenait dans sa main libre une arme à feu dont il venait de vider le chargeur sur les deux bêtes.

— Est-ce que ça va ? Tu n’es pas blessée ?

Éva ne parvenait à détourner son regard de cette chair sanguinolente. Les crocs luisaient de sang et de salive. La bête était déjà prête à l’avaler tout rond, et si le jeune homme ne l’avait pas secouru, elle serait sûrement morte à l’heure qu’il était.

— Éva ? insista-t-il.

Elle détourna ses yeux, et, les mâchoires tremblantes, acquiesça imperceptiblement. Oui, elle allait bien. Elle était en vie, c’était tout ce qui importait. L’inquiétude qu’elle pouvait lire dans le regard de l’autre la réconforta brusquement. Il coinça son arme vide dans la ceinture de son jean et déposa ses doigts sur la joue d’Éva. Elle eut un rictus lorsque la douleur se répandit dans sa chair, mais ne broncha pas.

— Il semblerait que tu n’aies qu’une entaille, peu profonde, mais il faut la désinfecter.

Il lui fallut du temps pour comprendre pleinement ce que son cerveau analysait. Elle était en vie. Elle était en vie ! Elle avait survécut aux monstres de ses cauchemars.

— Qu’est-ce que c’est ? demanda-t-elle brusquement.

Cette chose n’était en rien comparable à ce qu’elle connaissait. Mais c’était une bête faite de chair et de sang, tout à fait réelle. Ses morsures l’étaient également et le sang lui brouillait légèrement la vue. Elle s’approcha du corps inerte.

— Il est mort ?
— Je l’espère bien. J’ai vidé mon chargeur sur lui.
— Il y en aura d’autres ?
— Je ne sais pas…

Éva contempla plus attentivement l’animal. Quand elle constata l’absence de respiration, elle expira de soulagement. Celui-là ne ferait plus de mal à personne. Alors, elle fit de nouveau face au jeune homme, et murmura :

— Qui êtes-vous, bon sang ?

Il sembla se rembrunir brusquement et Éva le sentit s’éloigner légèrement. Elle aurait aimé le retenir, pourtant elle n’en fit rien.

— Répondez.

Éva le connaissait, elle en était persuadée. Il existait en lui quelque chose de familier. C’en était troublant. Mais on aurait dit que sa mémoire refusait de coopérer. Une brume estompait ses souvenirs, l’empêchant de réfléchir. Qui était-il ? La contrariété lui enserra le cœur.
Il venait de lui sauver la vie, pourtant, pouvait-elle réellement lui faire confiance ? Il semblait en savoir davantage, et son silence l’exaspérait.

En pestant, elle s’éloigna, incapable de supporter que ses questions demeurent sans réponses. Puisqu’il semblait ne pas vouloir parler, elle n’avait rien à faire ici. Et la proximité des deux bêtes la perturbait. Rentrer chez elle, à l’abri, était une bonne idée. Néanmoins, était-elle réellement en sécurité, chez Lucie ? Un sentiment désagréable lui avait tordu l’estomac toute la nuit durant.

Finalement, elle s’éloigna de quelques pas.

— Attends ! s’exclama-t-il dans son dos.
— Vous êtes décidé à parler ?
— Je ne peux pas…

Elle fit mine de reprendre sa route, mais une voix caverneuse l’arrêta net, s’élevant dans la nuit. Une voix rauque et asexuée, mais pourtant bien celle d’une femme. Et d’une femme en colère.

— Tu nous quittes déjà ?

Éva se détourna, les sourcils froncés, cherchant dans les ténèbres à discerner la nouvelle venue. Elle scruta la pénombre, ne distinguant qu’un noir d’encre, la ruelle étant à peine éclairée par quelques lampadaires.

— Vous avez décimés mes chiens, continua la voix. Vous pensez vraiment que je peux vous laisser partir ? Deux jeunes enfants ne devraient pas traîner dans la rue tous seuls, le soir.



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Dernière édition par Jessica le Mar 2 Avr - 9:02, édité 2 fois
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MessageSujet: Chapitre 1 - 3e partie   Mar 2 Avr - 8:57

(Chapitre 1, Partie 3)

Une femme apparut enfin sous un lampadaire : l'allure féline, elle était sûrement aussi redoutable qu’elle en avait l’air. Ses cheveux bruns frôlaient de frêles épaules, et son corps était entièrement moulé dans une combinaison de cuir noir. Mais ce n’était pas tant son aspect qui inquiéta Éva que cette lueur destructrice dans son regard. Une trentaine d'années, la femme était fine et élancée, et malgré sa minceur, elle semblait forte, autant physiquement que mentalement.

Elle s’approcha lentement d’eux, à l’affût du moindre de leurs gestes.

— Les rues sont dangereuses, Éva.
— Mais pourquoi tout le monde semble me connaître ? s’emporta cette dernière après un brusque sursaut.

Un sourire étira les lèvres de la femme, qui susurra :

— Oh ! Mais tout le monde te connaît là d’où je viens…

La femme marchait avec nonchalance, s’approchant davantage encore. Un faible frisson parcouru l’échine d’Éva, qui percevait la puissance de la nouvelle venue. La féline lui voulait du mal, elle le sentait.

— Mon pauvre Bastien… continua-t-elle. Je n'ai rien contre toi, alors va-t’en.

On aurait dit qu'elle le couvait du regard. Ses prunelles, si sombres lorsqu'elles se posaient sur Éva, étincelaient joyeusement, comme une caresse.

— Qui êtes-vous ? coupa-t-il.
— Tss, tss. C'est moi qui fixe les règles ici.

Le jeune homme ne se laissa pas pour autant dérouté, et il insista :

— Mais puisque vous semblez nous connaître, nous avons le droit de savoir qui vous êtes.
— C'était bien tenté, mais non. Je vous l'ai dit, je fixe les règles.
— Un prénom, alors ?

Il y eut un court silence, durant lequel Éva dévisagea le jeune homme. Bastien. Qui était-il, au juste ? Elle n’avait de cesse de se poser la même question. Et malgré ce qu’elle pensait, elle ne pouvait concevoir qu’il soit un ennemi. Pourtant, en qui pouvait-elle se fier, ce soir-là ? Manifestement, même lui lui mentait.

— Puisque tu insistes... Mon nom est Sywen.

Puis, elle sourit et murmura :

— Tu devrais partir sur-le-champ, mon chou. Je ne te veux pas de mal.

Son regard se reporta enfin sur Éva, et elle cracha, une intense joie teintée d’une brusque colère allumant son regard :

— Je ne veux qu'elle !
— Pourquoi ? hurla Éva, qui perdait patience.

Elle sourit sans un mot puis revint à Bastien, se jouant complètement des réactions d’Éva. Si son but était de la faire trépigner de rage, elle y parvenait aisément.

— Pose ta question, lança Sywen à l’adresse de Bastien.
— Qu'allez-vous faire d'elle ?
— Cela ne te regarde en rien.

Sywen imaginait déjà avec délectation la jouissance ressentie à voir cette petite ingrate souffrir.

— Sauf si je décide de rester, argua Bastien.
— Et pourquoi ferais-tu une chose aussi stupide ?
— Si vous êtes bien celle que je pense, vous savez pertinemment que je ne peux pas partir.

Pourquoi ? se demanda encore Éva. Cette situation devenait lassante, et son manque de patience n’était pas dans son habitude.

— Ah ? Ainsi, ta mère t’aurait-elle révélé la vérité ? Étonnant, de la part d’une Dibourvez pathétique.

Une brusque colère brûla dans les pupilles de Bastien, mais ce dernier la contint en serrant les poings.

— Tu sais donc que je ne peux pas te blesser. Alors reste en dehors de cela.

Imperceptiblement, le jeune homme se rapprocha d’Éva. Pourquoi voulait-il rester ? Était-il fou ? Une fois déjà, il lui avait sauvé la vie. Comptait-il remettre la sienne en péril, simplement pour elle ?

— Partez… murmura-t-elle à l’adresse du jeune homme.

Il la dévisagea sans comprendre puis remua la tête par la négative. Ce refus touchait beaucoup Éva, mais elle ne pourrait néanmoins pas supporter de vivre avec ses blessures, ou pire même, sa mort, sur la conscience. Elle n’avait pas le droit de troquer sa vie contre celle d’un autre.

D’autant plus que ce refus semblait rendre Sywen folle de rage.

— Alors soit. Qu’importent les conséquences. Ton destin sera donc lié au sien.
— Il est déjà lié au sien… murmura-t-il.

Sywen éclata de rire.

— Tu parles de cette prétendue protection ? Comme tu es sot !
— Qu’allez-vous faire d’elle ?

Il commençait à réellement s’impatienter. Une profonde colère germait lentement en lui, qu’il avait de plus en plus de mal à contrôler. Sa mâchoire se contractait pour l’empêcher de trop en dire.

Sywen reporta son attention sur Éva, la contemplant d’une moue amusée. Le coin de ses lèvres s’était retroussé, mais son regard demeurait froid.

Le cœur d’Éva se serra étrangement. Elle n’était pas sûre de vouloir savoir ce que Sywen lui réservait. Pourtant, elle resta immobile, en attente. Sa vie durant, ses parents l’avaient préparé à ce genre d’éventualité. Elle savait se défendre, était endurante, courrait vite, et n’avait pas honte de fuir face au danger. Si ça lui permettait de rester en vie.

Mourir… Par deux fois, ce jour-là, Éva y avait songé réellement. Toutefois, elle accueillit cette possibilité sereinement.

— Je ne suis pas sûre que ça te réjouisse, murmura Sywen.

Ses yeux étaient toujours plongés dans ceux d’Éva, comme pour appuyer ses paroles. Une lueur d’amusement dans le regard, elle s’adressait directement à elle, lui signifiant enfin qu’il était temps d’avoir peur. Une once de folie traversa fugacement ses prunelles étincelantes.

— Pourquoi ça ? demanda Bastien.
— Parce que c'est la mort qui t'attend.

Son sourire s’élargit sur ses lèvres, découvrant une rangée de dents bien alignée, mais qui pourtant firent penser à celle d’un prédateur. Éva s’était légèrement raidie, et ça ne lui avait pas échappé. Cette crainte qu’elle sentait enfin poindre la réjouissait. Mais bientôt, elle atteindrait l’extase en la supprimant définitivement.

— Pars maintenant, murmura-t-elle à l'adresse de Bastien.

Bastien dévisagea alors Éva. Elle possédait de magnifiques yeux bleus dans lesquels il lui semblait se noyer. La ligne droite de son nez était soulignée par une mâchoire volontaire qu’il voyait se contracter. Il sentit son sang bouillir et palpiter, rougissant quelque peu son visage pâle. Ses cheveux, qu’elle portait longs, était attachés en demi-queue, dévoilant un visage confiant.

Un peu trop confiant. Elle contrôlait sa peur et il la sentait prête au combat. Encore. Ce courage imbécile était certes dangereux, mais il le séduisit étrangement. D’aussi loin qu’il s’en souvienne, il lui avait toujours connu ce courage. Même dans la souffrance, elle avait toujours redressé fièrement les épaules.

Et bon Dieu, comme elle l’avait attiré ! Maintenant qu’il l’avait enfin trouvé, il ne laisserait personne lui faire le moindre mal. Son rôle était de la protéger. Sa mère l’avait élevé dans ce but toutes ses années, et désormais que le danger était imminent, il était fin prêt à remettre sa vie entre les mains du destin. Seul l’avenir d’Éva importait.

— Qu'ai-je fait ? demanda soudain Éva. Qu’est-ce que je vous ai fait pour que vous me détestiez autant ? On ne se connaît même pas.
— Non, rectification : tu ne me connais pas ; mais moi je sais tout de toi. Du moins, c'est ce que je croyais, mais je me demande finalement si tu vaux la peine que je me salisse les mains...
— Vous n'avez pas répondu à ma question !

Sywen devait admettre qu'elle n'était peut-être pas celle dont parlaient les prophéties, mais elle n'avait pas froid aux yeux. Lui parler de la sorte ! Elle ne tolérait ce ton que de son Maître.

— Petite insolente, rugit-t-elle. Ne te crois pas supérieure à moi pour me parler ainsi !
— Répondez, s'il vous plaît... murmura Bastien avec calme, choisissant le ton de la médiation.
— Il y a des choses qu'il vous faudra apprendre par vous-mêmes, dit alors Sywen.

Un silence s'installa. Bastien et Éva échangèrent un regard, sentant que la discussion n'irait pas plus loin. Sywen ne souhaitait plus parler. Il lui fallait enfin agir, éradiquer de cette terre gêne, gangrène et âme déloyale.

D’un regard, Bastien et Éva tombèrent d’accord. Il fallait fuir, enfin.

Mais à peine cette dernière eut-elle esquissé l’ombre d’un mouvement que Sywen l'attrapait par le cou et la soulevait de terre. Elle avait agi si rapidement qu'Éva en resta d'abord pétrifiée de surprise.

La femme serra fort la gorge d’Éva, entravant sa respiration. Elle était dotée d’une force incroyable, et ne tenait la jeune fille que d’un bras. Son regard étincela de hargne alors qu’elle observait Éva étouffer. Cette dernière se cramponna à ses doigts, sans pour autant parvenir à les faire lâcher prise. Ses pieds battirent faiblement l’air, tandis qu’elle commençait à en manquer cruellement. La main de Sywen écrasait sa trachée, la faisant suffoquer. Dans un ultime effort, elle tenta de happer de l'air, mais rien ne passa le barrage de sa bouche.

Bastien s’était précipité en hurlant :

— Lâchez-la !

Il attrapa le bras meurtrier et tira de toutes ses forces. Mais rien ne se produisit. Sywen ne bougea même pas d’un iota. Au lieu de quoi, un sourire carnassier étira ses lèvres.

Une telle force était inhumaine !

Dans sa précipitation, il n’avait emporté qu’un pistolet, si bien qu’à bout de ressources, Bastien frappa de toutes ses forces l'avant-bras. Un coup d'une telle puissance qu'il aurait cassé les os de quiconque. Mais c'est à peine si Sywen ressentit la douleur. Elle grimaça légèrement, mais ne lâcha pas sa prise. Aussi, à bout de ressource, il empoigna la crosse de son révolver en l’abattit sur l’arrière du crâne de la féline. Elle se crispa et perdit sa prise. Éva s’écrasa lourdement sur l’asphalte, happant l’air à grandes goulées.

Sywen, dans sa rage, envoya Bastien voler contre un des murs de la ruelle d’un coup de poing dans l’abdomen, un mur qu’il percuta dans un bruit sourd, avant de rebondir contre des poubelles et de retomber lourdement face contre terre, à plat ventre sur la chaussée, le souffle coupé par l’impact.

Sywen éclata de rire.

— Tu ferais un piètre Gouarner, Bastien. Désolée, mais ton tour viendra…

La femme avait ordre de ne pas toucher à un seul de ses cheveux. Pourtant, elle passerait outre. Elle ne devait laisser aucun témoin. Le châtiment serait sûrement fatal, mais elle se devait d’aller jusqu’au bout.

Éva peinait à reprendre son souffle. Son dos avait percuté violemment le sol, ravivant la douleur ressentie plus tôt dans la soirée, quand la bête l’avait fauchée. Elle toussa, chaque remontée lui brûlant la cage thoracique. Un peu sonnée, elle tituba mais parvint difficilement à se remettre sur pieds. Et sans plus de cérémonie, elle s'élança, aussi vite que son corps le lui permettait. Bastien était toujours au sol. Tant bien que mal, il tentait de s'asseoir, la main plaquée contre ses côtes douloureuses. Éva se laissa tomber à ses côtés pour arrêter sa course. Sa poitrine la déchirait et elle respirait difficilement.

— Ça va ?



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MessageSujet: Re: Les Terres de l'Oubli   Jeu 2 Mai - 14:47

(Suite et fin du chapitre 1)

Le jeune homme se crispa de douleur en acquiesçant. Dans son regard brillait une étrange étincelle ironique, et il sourit comme pour la rassurer. Sans davantage prendre le temps de s'épancher sur ses blessures, elle demanda :

— Tu peux te lever ?

Éva avait instinctivement remplacé le « vous » par le « tu ». Désormais, elle placerait sa confiance en lui. Mais pour l’heure, ils étaient dans une impasse. Sywen, confiante, approchait lentement d’eux. Éva avait une possibilité de fuir. Avec un peu de chance, la femme ne parviendrait pas à la rattraper.

Bastien ne ferait que la ralentir.

Comme s’il suivait le cheminement de ses pensées, il acquiesça.

— Tu as une chance, saisie-la.
— Je ne peux pas te laisser derrière-moi.
— Va-t’en ! la pressa-t-il en la poussant.

Il était évident que Sywen accorderait plus d’importance à chasser une proie telle qu’Éva plutôt que lui. Aussi, la jeune fille acquiesça puis se redressa. Sywen se trouvait à mi-chemin entre eux et l’endroit où elle l’avait étouffée. Elle échangea un regard avec la féline, un regard lourd de sens. Et Sywen comprit.

Puis, avant qu’elle ait eu le temps d’intervenir, Éva tourna les talons et enfila la ruelle, laissant Bastien derrière elle. Immédiatement, la femme s’élança à sa poursuite.

Chaque foulée était une torture. Son corps protestait de toute part et le feu qui irradiait dans sa poitrine lui coupait le souffle. Néanmoins, Éva se força à maintenir l’allure. Bientôt, elle atteignit le croisement de la rue. Sur le trottoir d’en face, elle visualisa une tache sombre à même le sol, assurément la créature qui s’était ruée sur Bastien. Cette vision ne rendit que plus réel le cauchemar dans lequel elle se trouvait plongée.

Son cœur battait à tout rompre, et malheureusement, ses forces s’épuisèrent. Le peu d’avance qu’elle avait pris sur la féline s’estompait, et très vite, cette dernière la rattrapa. Elle se jeta de tout son poids sur Éva, la plaquant face contre terre. Ensuite, elle empoigna fermement son poignet et le lui tordit dans le dos, lui arrachant une grimace alors que de son genoux, elle faisait pression sur la cage thoracique d’Éva.

— Tu joues la maligne ? s’emporta Sywen.
— Pourquoi faites-vous ça ?

La jeune fille suffoquait presque, et elle sentit son sang battre à ses temps violemment, qui lui provoquerait sûrement un mal de crâne.

— Qu’est-ce que je vous ai fait ? continua-t-elle toutefois.

Sywen remonta davantage encore son bras dans son dos, lui arrachant un gémissement de douleur.

— Pour l’instant, pas grand-chose, répondit-elle. Mais un jour viendra où tu nous détruiras tous... un à un.
— Moi ?
— Tu ne sais donc pas qui tu es ?
— C’est vous qui vous méprenez sur mon compte.

Sywen secoua la tête, un sourire méprisant sur les lèvres. Puis elle éclata de rire, d’un rire amer, froid et inhumain, qui lui glaça le sang. D’un mouvement brusque, elle retourna Éva et la souleva de terre. Elle souhaitait voir dans ses yeux son dernier souffle expirer, se réjouissant à l’avance d’être la dernière personne qu’il lui sera donné de voir.

Éva sentit une nouvelle fois son dos claquer contre un mur. Sywen maintenant son avant-bras plaqué contre sa gorge, l’étouffant presque.

— Tu ignores tout de ta véritable nature, hein ? Laisse-moi donc t'aiguiller. Tu es une Fairie.
— Une… Fairie ?
— Oui. Une enchanteresse.

Sywen crut déceler une once d’incompréhension dans le regard d’Éva, aussi, elle ajouta :

— Tu ne me crois pas ? C’en est risible. Comment peut-on rester si aveugle face à sa véritable nature ? Moi qui avais peur ! Mais peur de qui ? D'une gamine qui ne connaît rien de ses capacités.

Elle avait craché ces derniers mots avec dédain. Une colère teintée d’amertume tordait ses traits. Une amertume liée à sa propre bêtise d’avoir cru en cette foutue prophétie. D'aussi loin qu'elle s'en souvienne, cette enfant insupportable lui avait toujours fait peur. Elle était comme une ombre au tableau de sa vie, une ombre capable de réduire à tout instant ses rêves à néant. Mais Éva n’était en définitive rien d'autre qu'une... qu’une banale humaine ? Une créature inférieure à elle, qui semait le trouble dans son existence depuis trop longtemps.

Pourtant, et si les prophéties disaient vraies ?

Sywen ravala son sourire amer. Si elle était là, ce soir, c'était précisément pour cette raison. Si le Codex ne mentait pas, l’Éminence s’éveillerait bientôt. Et il lui fallait arracher l'épine de son pied, avant que celui-ci ne s'infecte. Tuer l'Éminence, c’était enfin ouvrir les bras à ce monde merveilleux dont son Maître lui promettait l’avenir. Son précieux Mage, qui avait tout planifié. Dans les moindres détails.

Mais pourquoi préparer de grandes guerres, faire couler tant de sang, quand il était possible de la tuer avant son réveil ? Pourquoi ne pas s'en prendre à elle lorsqu'elle était la plus fragile, la plus vulnérable ? Même si la tuer maintenant ne faisait pas parti des plans de son Maître, Sywen devait le faire.

Elle lui montrerait qu’il pouvait avoir foi en elle.

— Ta mort est le plus beau cadeau que je puisse lui offrir, laissa-t-elle échapper dans un murmure.

C’était effectivement ce qu’il adviendrait si Éva ne parvenait pas à se défaire de son emprise. Aussi, tentant le tout pour le tout, elle attrapa Sywen de son bras valide et la rapprocha d’elle. Le poids de l’autre écrasa sa trachée, mais elle continua, et quand la féline fut assez près, elle lui projeta son genou dans le ventre. Sywen perdit son souffle tout autant que sa proie et Éva s’effondra. Mais elle ne prit pas le temps de souffler. Déjà, elle se remettait sur pieds, tandis qu’une horrible toux lui déchirait la gorge. À tâtons, appuyée contre la pierre froide du mur, elle s’éloigna de Sywen, une main plaquée contre sa gorge endolorie.

Éva inspira profondément, son corps protesta, pourtant, elle le força au calme. Lorsqu’elle sentit ses battements s’apaiser, elle se positionna en posture de défense.

— Tu veux te battre ? sourit Sywen.

Éva ne prit pas la peine de lui répondre. Son regard, qu’elle espérait froid et dénué de tout sentiment, était assez éloquent. Sywen, lui semblait telle une démente, prête au pire. Aussi, prenant impulsion d'un tour sur elle-même, la féline décrocha un coup de pied au visage d'Éva, sans que cette dernière n’ait le temps d'esquiver. Un coup si brutal qu'Éva fut entraînée par son élan dans une volte-face qui la laissa pantoise et de dos à son assaillante. Une brûlure vive lui transperça la mâchoire.

Déjà, Sywen revenait à la charge, Éva la sentit s’approcher dans son dos. Instinctivement, la jeune fille lança son bras droit en arrière, espérant frapper à son tour le visage immaculé de son assaillante. Mais son geste fut intercepté, et Sywen en profita pour le lui tordre de nouveau. Éva ploya sous le coup de la douleur. Et elle sentit bientôt les ongles de l’autre se planter dans la chair de son visage, son souffle contre son oreille, l’électrifiant. Puis, sa main enserra une nouvelle fois son cou.

Sywen se pencha tout contre son oreille, une réplique acerbe sur le bout de la langue. Éva profita de l’ouverture pour lui asséner un coup de tibia, tandis qu’elle se penchait en arrière en projetant sa jambe de toutes ses forces. Le coup atteignit Sywen en plein visage.

Profitant de la surprise et de la douleur de cette dernière, Éva se dégagea. Mais l’autre lui fit une balayette, et elle chuta. À toute vitesse, la jeune fille roula sur le dos. Elle préférait voir les coups arriver plutôt que d'être surprise par-derrière.

Sywen l'enjamba, la toisant de son regard hautain.

— Tu ne te défends pas trop mal, mais tu n’es pas aussi forte que moi.

C'était peut-être vrai, mais Éva ne se laisserait pas faire sans mot dire. Aussi, elle emprisonna Sywen entre ses jambes et d’un mouvement sec et rapide, la fit basculer sur le côté. Une fois à terre, elle lui flanqua son pied dans l’estomac. Ensuite, elle fit une roulade arrière et se redressa, toujours en position de combat.

Éva laissa le temps à Sywen de se relever, ce qui lui assura un court répit, pendant lequel elle en profita pour souffler un peu. La douleur lui transperçait le visage çà et là, et son bras tordu ne lui répondait quasiment plus. Mais il lui fallait tenir, même s'il s'agissait d'un combat perdu d'avance.

Lorsque Sywen fut sur pieds, elles se tournèrent autour, l'une face à l'autre, comme deux vautours guettant leurs proies. Sans crier gare, la féline décrocha un nouveau coup de pied à Éva, que cette dernière intercepta et bloqua d’une main. Alors, la féline prit appui sur sa jambe emprisonnée et, de son autre jambe, frappa Éva au visage. Cette dernière, sonnée, fit une vrille et atterrit à plat ventre sur l’asphalte. La violence de l'action lui coupa le souffle, plus encore lorsqu'elle encaissa le choc contre le sol. Elle gémit tandis que des larmes jaillissaient enfin.

Elle n’en pouvait plus.

Son corps contusionné n’était plus qu’un amas de souffrance. Elle se sentait poisseuse de sang et de sueur, tandis que ses muscles hurlaient de protestation à chacun de ses mouvements.

Toutefois, elle ravala ses larmes, larmes de douleur et de colère, et cracha sur le goudron un mélange de salive et de sang.

Sywen s’accroupit au-dessus d’elle, la saisit par les cheveux pour l’obliger à relever la tête et murmura :

— Regarde-le mourir !

Puis elle s’éloigna, laissant Éva patraque, la gorge serrée et incapable de bouger. Elle se délectait de son impuissance.

La féline marcha d'un pas tranquille en direction de Bastien qui était enfin parvenu à se remettre sur pieds. Il avait attrapé une planche en bois tombée d’une des poubelles et la serrait dans sa main droite. Son visage se contracta de douleur, alors que son autre main entravait ses côtes. Sûrement s’en était-il fêlé une ou deux.

Éva regarda Sywen se rapprocher de lui, impuissante et épuisée. Et alors qu’elle acceptait enfin sa mort prochaine, ses yeux se voilèrent et devinrent uniformément gris métallique.

Tout sentiment, toute sensation, la quitta. Son esprit se vida, comme ne lui appartenant plus : son corps et sa tête agissaient sans qu’elle ne puisse intervenir. Elle n'était plus maîtresse d’elle-même et errait désormais dans un abysse de sérénité, loin de la peur, du mal...

En silence, et avec une brusque aisance, elle se releva. Une chaleur inconnue et invisible la transperça, une force mystérieuse qui la requinqua. Elle n’avait plus mal. Sans savoir ce qu'elle faisait, comme spectatrice de ses propres actions, elle marcha à pas de loup pour tenter de surprendre la féline par-derrière.

Sywen avait rejoint Bastien qui lui asséna un violent coup avec la planche. Mais la femme se protégea de son bras gauche et, lorsqu’il tenta de nouveau de frapper, elle attrapa son arme de fortune avec facilité, lui donna un nouveau coup dans le ventre et la lui arracha des mains. La douleur intense qui le transperça lui arracha un cri.

Il tituba et chuta.

— Tu es pathétique, murmura Sywen. Tout comme ta mère.

Sa naissance était une aberration qu’elle n’avait jamais pu accepter.

— T’a-t-elle parlé de ton père ? Je suis sûre que non.

Elle s’apprêtait à en dire davantage, mais Éva l’attrapa par les épaules et la propulsa dans les airs, avec une force soudaine et incroyable. Sywen s’écrasa sur l’asphalte à quelques mètres d’eux dans un bruit sourd. Sans un regard pour Bastien, Éva la rejoignit lentement, comme si plus rien n’avait d’importance, rien hormis elle.

Sywen se releva douloureusement, épousseta ses vêtements et, le regard noir, cracha :

— Tu m’as passablement énervée, petite idiote.

Puis, sans même crier gare, elle se relança à l’attaque.

Pourtant, aucun des coups qu’elle porta n’atteignit Éva : la jeune femme esquivait toutes ses attaques avec une agilité étonnante. Au moment propice, cette dernière lui décrocha un unique coup de poing qui l’atteignit en plein visage. Le coup fut porté avec une telle force que Sywen s'écrasa au sol. Éva l’attrapa alors par le cou, comme elle l’avait fait précédemment avec elle, et la souleva de terre d'une seule main, à bout de bras, si facilement qu'on l'aurait crue plus légère qu’une plume.

Sywen se débattit, luttant pour desserrer l’étreinte autour de son cou. C’est alors que quelques lampadaires explosèrent dans la rue, faisant jouer en écho les détonations. Une sombre inquiétude voila le regard de Sywen qui voyait la ruelle se plonger définitivement dans la pénombre.

Faisant appel à ses dernières ressources, la féline ferma les yeux et se concentra. Une étrange lueur blanche s’imprégna dans ses mains, les faisant reluire, puis grossit. Pourtant, elle s’évanouit presque aussitôt. Son pouvoir n’était plus.

— Qu’est-ce que tu attends ? geignit-elle alors. Ce n’était pas ce que tu voulais, tous nous détruire ?

Un éclat curieux brillait dans le regard métallique d’Éva, exerçant un étrange magnétisme sur Sywen. Cette dernière y vit la naissance de cette Justicière qu’elle avait tant voulu combattre. Plus rien ne pourrait désormais l’arrêter. Bientôt, sa puissance atteindrait son paroxysme et son pouvoir serait immense. Tout n’était plus qu’une question de temps. Le processus était enclenché.

Sywen ne pouvait déjà plus respirer, la gorge entravée par les doigts d’Éva, qui serrait avec force. Elle ressentit une soudaine peine lui empoigner le cœur. Jamais elle ne verrait aboutir le rêve qu’elle caressait secrètement. Si, miraculeusement, elle survivait à cette soirée, il faudrait la force d’un titan pour terrasser la jeune Fairie. Et elle doutait sincèrement qu’il existât quelqu’un capable d’un tel exploit.

Alors que sa vue commençait à baisser, sa tête à tourner, elle entendit, à travers les limbes de sa conscience, comme assourdie, rugir la voix puissante et grave d'un homme.

Son Maître...

— Repose-la.

L’étrange pouvoir qui s’était emparé d’Éva avait faibli, si bien qu’elle ne put désobéir à cet ordre, proféré par une aura de puissance. Sywen s’écrasa au sol dans un bruit mât. Péniblement, et après quelques pitoyables essais, elle parvint à se remettre sur pied. Enfin, la voix lui ordonna de partir.

Sans un regard, la féline disparut dans la nuit, comme happée par les ténèbres, immédiatement imitée par l’homme.

Quelques instants encore, Éva resta figée, le regard dans le vague, sans vraiment penser. Enfin, ses yeux roulèrent dans leurs orbites et reprirent leur couleur bleue d’origine. Ses jambes ployèrent.

Avant même de se redresser, ses membres perclus la rappelèrent à l’ordre. Elle grimaça, retrouvant une souffrance brusquement familière.

— Éva ? murmura Bastien.

Elle ouvrit péniblement les yeux. Le jeune homme la contemplait gravement. Il lui tendit une main apaisante qu’elle attrapa avec soulagement. Néanmoins, il lui fut difficile de se relever, et le jeune homme la rejoignit dans sa douleur. Se retenant mutuellement l’un à l’autre, ils soufflèrent quelques instants.

Le calme était retombé sur la ruelle, les plongeant dans un silence apaisant.

— On devrait rentrer, continua-t-il sur le même ton. Je ne sais pas toi, mais moi, j’ai besoin de dormir.

Éva sourit. Effectivement, elle aurait besoin d’une bonne nuit de sommeil, elle aussi.

— Tu vas pouvoir marcher ? demanda-t-elle.

Il hocha la tête. Pourtant, il sortit un téléphone portable de la poche de son blouson et composa un numéro. Il parla un bref instant avec son interlocuteur, indiqua le croisement de la rue et raccrocha. Éva lui en fut reconnaissante.

La respiration du jeune homme était sifflante, et de grosses perles de sueur humidifiaient son front. Son visage maculé de poussière possédait pourtant toujours cette amabilité rassurante qui réchauffa le cœur d’Éva.

En silence, ils s’appuyèrent contre un mur, dans la rue qui reprenait peu à peu vie. Tous deux étaient à bout de souffle, comme après un marathon. Les jambes d’Éva tremblaient énormément sous le double effet de la fatigue mêlée au trop grand effort fourni. Elle haletait même carrément, ce qui ne manqua pas d’alerter le jeune homme. Néanmoins, aucun d’eux ne prononça le moindre mot.

Bientôt, un break foncé s’arrêta sur le bas-côté. Surprise, Éva dévisagea la conductrice. Une cinquantaine d’année, elle était petite, trapue, et ses cheveux en désordre frôlaient ses épaules. Lucie…
Comment sa tante avait-elle su où les trouver ?

Alors, Éva comprit, et son regard n’eut de cesse de passer de Lucie à Bastien. Décidément, elle allait de surprise en surprise. Que lui cachait-il encore ? Elle devinait une nouvelle colère poindre en son cœur. Elle se sentait étrangement trahie, et son intimité violée par quelqu’un qu’elle ne connaissait pas, mais qui manifestement, savait beaucoup de choses d’elle.

— Bon sang, mais qui es-tu ?

Mais avant qu’il n’ait eu le temps de répondre, Lucie descendit précipitamment de voiture.

— Montez ! s’exclama-t-elle en attrapant Éva et en l’aidant à s’asseoir sur la banquette arrière.

Elle fit de même avec Bastien, puis démarra sur les chapeaux de roue.



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MessageSujet: Re: Les Terres de l'Oubli   Jeu 2 Mai - 15:18

2

D’un regard sombre, Éva contemplait les maisons qui défilaient à mesure qu’ils se rapprochaient de chez elles. Elle tenait son bras droit de son autre main, essayant d’apaiser la douleur qui le transperçait à chacun des cahots de la route.

— Je sais que tu as beaucoup de questions, Éva, lança Lucie après quelques longues minutes de silence. Mais pour l’instant, vous devez tous les deux vous reposer. Ça ne sert à rien d’en discuter maintenant. Bastien, j’ai prévenu ta mère, elle nous attend à la maison.
— Vous allez répondre à une de mes questions, au moins, s’emporta Éva en se redressant.

Dans le rétroviseur, Lucie perçue la colère de sa nièce. Aussi, elle reporta son attention sur Bastien, lui signifiant d’un regard qu’il pouvait parler.

— Que veux-tu savoir ? demanda-t-il. Qui je suis ? Tu l’as appris de la bouche de Sywen.
— Ton nom ne me suffit pas. Pourquoi ai-je l’impression d’être la seule à ne pas comprendre ce qui se passe ?
— Parce que c’est peut-être le cas… Mais à vrai dire, je n’en sais pas beaucoup plus.
— Écoute, pour l’instant, une seule chose m’intéresse. Ce soir, tu m’as aidé. Pourquoi ? Pourquoi es-tu resté ? C’était stupide. Et comment me connais-tu ?
— Éva, Bastien est le fils de notre voisine. C’est un peu plus compliqué que cela, mais je te promets que tu en sauras plus demain.

Lucie arrêta enfin la voiture devant une allée de garage et tous trois descendirent de voiture. Alors que Lucie s’éloignait pour déverrouiller la porte de la maison, Bastien se tourna vers Éva.

— Je l’ai dit tout à l’heure. Nos destins sont liés.
— Comment… ?
— C’est comme ça, c’est tout. Ça fait très longtemps.
— Bastien ! s’exclama brusquement une femme en se précipitant sur le perron, à la suite de Lucie.

Il s’agissait manifestement de sa mère, et elle se jeta dans ses bras, une sombre inquiétude tordant ses traits.

— Ne me refais plus jamais ça ! Sortir en plein milieu de la nuit sans prévenir personne ! Tu me prends pour qui ?

Éva avait toujours trouvé sa tante plutôt petite, du haut de son mètre soixante-trois. Mais la mère de Bastien l’était plus encore. Elle semblait assez forte, ce qui la rendait plutôt rondouillette. Son visage amicale était rose, légèrement bouffie, mais on devinait qu’elle avait été une très belle femme.

— Irélia… murmura Lucie pour l’apaiser. Calme-toi, je t’en prie. Il est sain et sauf, c’est tout ce qui compte.
— Dieu merci, tu n’as rien non plus, Éva, enchaîna malgré tout la prénommée Irélia.

Brusquement, elle frappa le bras de son fils.

— Qu’as-tu fabriqué pour que la pauvre petite soit dans état pareil ? Tu étais censé la protéger ! Au lieu de quoi, nous la retrouvons rouée de coups, une tête affreuse, et du sang partout. Explique-moi ça, jeune homme !

Éva sourit sous cape, amusée. À priori, Irélia était une femme pleine d’entrain.

— Elle ne tient pas en place, se justifia son fils. Mais finalement, c’est plutôt grâce à elle que nous sommes toujours en vie.
— Ah bah bien !
— Irélia, je t’en prie, intervint de nouveau Lucie. Ce n’est ni le lieu, ni le moment d’en discuter. Rentrons.

Irélia acquiesça et délaissa son fils avec dédain, l’amusant plus que le blessant de son comportement, et vint soutenir Éva.

— Viens là, ma petite. J’espère que tout ce sang n’est pas le tien… s’inquiéta-t-elle en la guidant à l’intérieur.

Lucie fit de même avec Bastien, qui respirait difficilement.

La porte d’entrée menait directement dans une cuisine toute aménagée, spacieuse. En son centre trônait un large plan de travail, qui faisait également office de table à manger. Seuls de hauts tabourets sans dossiers permettaient de s’y installer.

Dans l’angle gauche, un escalier plongé dans la pénombre menait aux étages supérieurs. Une porte-vitrée faisant face à l’entrée permettait également de passer de la cuisine au salon. Irélia avait trouvé place sur le canapé de cuir noir, en milieu de pièce, face à un vieux poste télé. Le cuir protesta sous son poids, alors qu’elle avait obligé Bastien et Éva à s’y installer à ses côtés.

— Reste ici, ma jolie, annonça Irélia en dégageant une mèche de cheveux échappée de la queue de cheval d’Éva.

Elle lui empoigna le menton et tourna légèrement sa tête, de façon à contempler les blessures sur sa joue. La grimace qui tordit sa bouche alerta Éva.

— C’est si moche que ça ? demanda-t-elle.
— Non, non… murmura Irélia.

Mais son regard significatif témoignait de son mensonge.

Lucie revint de la cuisine avec une bassine d’eau chaude, des torchons propres et une boîte à pharmacie. Elle posa la bassine sur la table basse et tendit un des torchons à la mère de Bastien, qui l’humidifia et l’appliqua ensuite doucement sur le visage tuméfié.

Éva sentit le regard inquiet de Bastien peser sur elle. Il attendait manifestement d’en savoir plus sur la nature de ses blessures. La bête avait plantés ses crocs dans sa joue, et la brûlure du torchon raviva son souvenir. Aussi, Éva l’éloigna de sa joue et murmura :

— Occupez-vous plutôt de lui. Il a des côtes fêlées.
— Ne t’inquiète pas pour lui.

Lucie disparut de nouveau. Lorsqu’elle réapparut, elle tenait dans ses mains un récipient qui dégageait une odeur particulière, âpre et forte. Avec une spatule en bois, elle remua la mixture.

— Bastien, montre-moi tes côtes.

Le jeune homme eut un imperceptible moment de réflexion puis s’exécuta. Il ôta son blouson, dévoilant un pull sombre lacéré, tâché de rouge. Son tee-shirt, en dessous, était en piteux état. Éva repensa à nouveau à l’animal sanguinaire, et un frisson d’horreur la parcourut. Bastien s’était bien caché de lui montrer que la créature l’avait blessé. Difficilement, il enleva son tee-shirt.

Son ventre pâle et bien sculpté était entravé d’une balafre courant de son pectoral gauche – sur lequel était tatoué un étrange symbole – à son aine opposée. Mais le plus alarmant était cet hématome qui noircissait déjà sa peau sur ses côtes droites.

Sywen ne l’avait pas loupé. Et lui qui subissait sans broncher sa douleur ! Éva se renfrogna, agacée. Pourquoi n’avait-elle rien vu ? Décidément, ce garçon était un imbécile ! Pourquoi ne se plaignait-il pas ? Il s’inquiétait tant pour elle, alors que lui-même était dans un sale état. C’était absurde.

— Tu es stupide… bougonna-t-elle.

Bastien sourit, allumant une flamme ironique dans son regard. Éva sentait que ce sourire n’était fait que pour la rassurer, chose que lui confirma la légère grimace qui déforma ses lèvres lorsque Lucie étala la mixture sur ses côtes blessées. Ses muscles se crispèrent, contractant son ventre.

Lucie tendit ensuite le récipient à Irélia et sortit une gaze de la boîte à pharmacie. Elle lui banda le thorax puis l’aida à remettre son pull. Enfin, elle lui porta une tasse fumante à l’arôme nauséabond.

— Tiens, bois ça.
— Qu’est-ce que c’est ? demanda Bastien en plissant le nez.
— Ça accélèrera le processus de guérison et consolidera tes os en quelques nuits. Tu auras mal, très mal.
— Plus mal que maintenant ?

Elle acquiesça. La douleur était encore supportable. Que lui réservaient les prochaines heures ? Malgré le désir de ne pas souffrir davantage, il obtempéra. Le liquide chaud coula dans sa gorge, lui arrachant une grimace.

— C’est aussi infecte que ça en a l’air.

Irélia sourit et vint l’embrasser sur le front.

— Ça t’apprendra à faire de grosses frayeurs à ta vieille maman. Tu as besoin de repos, jeune homme. Tu passeras la nuit ici. Lycia, je te confie mon fils.

Lucie acquiesça. Puis Irélia aida Éva à se relever du canapé et l’entraîna vers les escaliers. Cette dernière dévisagea Bastien, incapable de détourner le regard. Elle aurait aimé rester auprès de lui. Cette nuit promettait d’être une véritable torture, et elle voulait lui être utile.

— Tu ne peux rien pour lui, murmura Irélia, comme lisant dans ses pensées.

Elle la poussa jusque dans sa chambre à couché, sous les combles.

— Pourquoi l’avez-vous appelé Lycia ? demanda Éva alors que la femme la conduisait dans sa salle de bain.

Elle lui fit couler un bain bouillant avant de lui répondre, calmement :

— Parce que c’est son véritable nom.
— Quoi ?

Irélia l’aida alors à ôter ses vêtements, ignorant sa question. Lorsqu’Éva se trouva en sous-vêtements sous les yeux de cette inconnue, elle rabattit son bras valide sur sa poitrine dans un geste pudique.

— Allons, mon enfant. J’en ai vue bien d’autres ! Tu n’étais pas aussi timide lorsque je changeais tes couches. Pour moi, tu es toujours ce même petit bébé.

Devant le regard ébahi d’Éva, elle sourit et avança :

— Eh oui, j’ai connu tes parents. Et j’ai été ta nourrice. Tourne-toi, maintenant.

Tout en parlant, elle fit pivoter Éva sur elle-même qui se laissa faire, trop exténuée pour protester. La femme dégrafa son soutien-gorge qui tomba à ses pieds. Une ecchymose gonflait déjà sous son omoplate, la peau rosit par les coups. Une fois la jeune fille nue, elle la plongea jusqu’au cou dans l’eau du bain.

Tout son corps était un énorme hématome, griffé, coupé, bleuté… Irélia prit donc une éponge en mousse imbibé d’eau savonné et frotta délicatement le corps endolori. Elle lui massa ensuite les épaules, le cuir chevelu, faisant mousser le shampoing, la rinça, puis la soutint lorsqu’elle enjamba la baignoire. Enveloppée dans une serviette, Éva grelottait d’épuisement.

— Parlez-moi d’eux, murmura-t-elle tout de même tandis qu’Irélia lui frictionnait les cheveux.
— Nous en aurons tout le temps à ton réveil. Vous avez tous les deux besoin de repos. Je te promets que tu auras les réponses à tes questions plus tard.
— Mais dites-moi au moins où vous les avez connu ?
— Je travaillais pour ta mère. Maintenant, tais-toi, et laisse-moi te tresser les cheveux.

Quand se fut fait, elle lui badigeonna le bras et le dos de la mixture préparée par Lucie, puis Éva se glissa sous les draps. L’aube commençait à poindre lorsqu’elle s’endormit.




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MessageSujet: Re: Les Terres de l'Oubli   Mar 18 Juin - 11:55

(Chapitre 2, Suite)


Plusieurs fois dans la nuit, Éva s’éveilla en sursaut. Un mal-être étrange dérangeait son sommeil, comme une douleur qui n’était pas la sienne, mais qu’elle percevait très clairement. Dans ces moments-là, elle entendait des gémissements, parfois même des cris. Si son corps n’avait pas été cloué au lit, elle serait descendue assister Bastien.

L’entendre hurler la glaçait d’effroi.

Son sommeil agité avait tout de même eu le bon d’être sans rêves. Voilà longtemps que ça ne lui était pas arrivé. Nuit après nuit, elle voyait ces êtres sanguinaires hanter ses cauchemars. Nuit après nuit, elle sentait, contemplait et entendait, impuissante, les chairs déchiquetées sous les crocs, les grognements inhumains, les cris de douleurs.

Mais pas cette nuit-là.

Lorsqu’elle se redressa enfin dans son lit, l’après-midi était déjà bien entamée. Son bras droit lui semblait engourdi, si bien qu’elle ne le sentait plus. Elle pouvait même le bouger avec plus d’aisance que la veille. En définitive, elle n’avait jamais su ce que la mixture contenait, mais elle lui avait fait du bien.

Ses jambes protestèrent lorsqu’elle se leva, mais elle les ignora. Se vêtir fut tout de même difficile. Son bras la rendait malhabile, et elle dut principalement utiliser sa main gauche. Lorsqu’elle y parvint, elle rejoignit sa salle de bain. À peine ses yeux se posèrent-ils sur son propre reflet qu’elle sursauta. Une énorme balafre entaillait sa joue, parallèle à deux sillons plus légers. Sa pommette était enflée, l’obligeant à garder l’œil à moitié fermé, et sa lèvre inférieure avait éclatée, se fendant en deux. Elle n’osait même pas voir l’état de son dos…

Une larme envahit soudain ses yeux, qu’elle ravala amèrement. Sa propre vue lui faisait mal au cœur. Ce sont des doigts tremblant qu’elle porta à son visage, mais la douleur fut telle qu’elle laissa retomber sa main. Une douleur qui rendait que plus réelle l’horreur qu’ils avaient traversée.

Elle inspira profondément, chassant les souvenirs.

Lorsqu’elle se fut calmée, elle descendit dans la cuisine.

— Comment te sens-tu ?

C’était la voix d’Irélia. Éva s’arrêta et, inconsciemment, se tapit contre un mur. Une brusque angoisse lui nouait l’estomac, sans savoir pourquoi. Comme la veille un léger souffle la parcourut, signe de la présence de Bastien.

— Ça va, murmura ce dernier.

Sa voix était hachée. Il semblait haleter, et elle sentit qu’il souffrait toujours.

— Tu connais le règlement, Bastien, murmura soudain sa mère dans un souffle.

Il lui sembla que son ton était contrit, comme légèrement déçu.

— Oublie tes sentiments. Tu dois la protéger de toutes tes forces. Le reste n’a pas d’importance. Alors, je t’en prie, n’outrepasse pas ton droit.
— Je sais tout ça…
— Mon garçon… Je suis tellement désolée de t’infliger cela.
— Tu n’y es pour rien. Je suis né pour les servir.

Eva perçu comme un sanglot étranglé qui lui serra le cœur. Irélia prit une longue inspiration et, lorsqu’elle parla, sa voix vibrait légèrement.

— Votre voyage ne fait que commencer. Veille bien sur elle.

Éva avait besoin de réponse. Aussi, elle s’engagea dans le salon, regrettant déjà son indiscrétion. C’était une discussion qu’elle n’aurait jamais dû surprendre… Pourtant, elle ne pouvait plus attendre. C’était tout de même leur vie qu’ils avaient joué, la veille !

Bastien la dévisagea, interdit, comme s’il avait su… Mais sa mâchoire contractée laissait transparaître son inquiétude, alors qu’il étudiait chacune de ses blessures.

— De quoi parlez-vous ? demanda-t-elle à Irélia. Va-t-on enfin m’expliquer ce qui se passe ?
— Viens donc t’asseoir.

Éva s’exécuta, impatiente. Elle trouva place sur le canapé, au côté de Bastien. Ce dernier semblait épuisé.

— Est-ce que ça va ? murmura-t-elle.

Dans un sourire, il hocha la tête, puis détourna péniblement le regard.

Imperceptiblement, Éva se replia également sur elle-même. Une part infime d’elle faisait front à sa soif de réponses : elle avait peur… Peur de ce qu’elle pourrait découvrir.

Ils demeurèrent tous trois silencieux jusqu’à l’arrivée de Lucie. Cette dernière embraya, sans préambule :

— Nous n’avons pas été honnêtes, tes parents et moi… Ces choses ne sont pas faciles à dire, alors je vais aller droit au but. Tu possèdes des capacités dont tu n’as pas conscience, Éva. Des capacités qui vont au-delà de tout ce que tu peux concevoir. Cette nuit n’était qu’un infime aperçu.

— Qu’est-ce que tu essaies de me dire ? Que je suis une magicienne ?

Lucie hocha la tête.

— Merci bien, mais Sywen t’a précédée. Elle m’a déjà dit tout cela cette nuit. Moi, ce que je veux savoir, c’est d’où ça vient ? Pourquoi moi ? Et pourquoi a-t-elle cherché à nous tuer ?
— D’où ça vient ? Il s’agit de l’héritage de tes ancêtres, de nos ancêtres. La magie coule dans tes veines, tout comme elle a coulé autrefois dans les miennes. C’est inscrit dans tes gènes.

Éva sentit poindre la migraine. Elle ferma les yeux et porta une main moite à son front brûlant, réfléchissant à toute vitesse. Malgré ses blessures, malgré ses souvenirs, il lui était pourtant difficile d’accorder crédit à cette histoire. Si bien qu’elle secoua la tête, sans même s’en apercevoir.

— Tu es une Fairie, affirma Lucie, comme pour la contredire.

La jeune fille rouvrit les yeux, soudain bien lasse. Le regard qu’elle plongea dans celui de sa tante était profondément triste. Il ébranla Lucie qui se sentit un bref instant défaillir.

— D’accord, admettons que ce soit vrai, murmura Éva. Admettons que je sois une Fairie. Bastien, ajouta-t-elle en se tournant vers lui, toi, qui es-tu ?
— Ton Gouarner.
— Mon quoi ?
— Ton gardien, précisa Irélia. Il s’agit de ton gardien.
— Tous les Fairies ont un Gouarner, expliqua Lucie. Il n’existe pas de femmes parmi les gardiens. Le destin les choisi à la naissance d’un Fairie.
— Une marque apparaît alors sur leur peau, juste là, continua Irélia en posant sa main sur la poitrine de son fils. À l’endroit du cœur.

Étrangement, Bastien détourna le regard, incapable de contempler Éva.

— Cette marque unie un Gouarner à son Fairie, reprit Lucie. Un lien se tisse entre eux, un lien qui s’approfondit avec le temps. Un lien inébranlable que seule la mort peut défaire…
— J’ai élevé mon fils pour qu’il devienne ton Gouarner. Sa vie t’est dédiée.

Éva secoua la tête.

— Je refuse que tu mettes ta vie en danger pour moi.
— Et pourtant, je le ferai.
— Tu n’as pas le choix ?
— Toi non plus, Éva, intervint sa tante. Le lien qui vous uni est bien trop fort pour l’ignorer. Bastien a le pouvoir de te canaliser. Pour l’instant, vous ignorez tous deux l’étendue de vos capacités.
— Attends, je ne suis pas sûre de saisir. Tu as des pouvoirs, toi aussi ? demanda-t-elle en s’adressant directement au jeune homme.
— En quelque sorte. Je n’ai pas tes capacités, si c’est ce que tu te demandes.
— Et quelles sont mes capacités ?
— Ça, ce sera à toi de le découvrir… murmura Lucie.
— Ce qui m’amène à ma dernière question : pourquoi voulait-elle nous tuer ?

Irélia et Lucie se contemplèrent gravement. Pouvaient-elles le leur révéler ? Finalement, cette dernière expira bruyamment et s’accroupie devant Éva.

— Sywen est une Damnée. Une magicienne déchue…

Ce mot tomba comme un verdict, alourdissant soudain l’atmosphère. Elle continua néanmoins :

— Les Fairies et les Damnés se livrent une guerre sans merci depuis très longtemps. Écoute, tout ceci nous dépasse complètement. C’est un combat à mort pour le pouvoir. Mais il y a une chose que tu dois savoir pour comprendre tout ça : tu n'es pas née sur Terre.
— Quoi ?

Éva faillit s’étrangler et son cœur se serra davantage. Si sa tante se jouait d’elle, ce n’était franchement pas drôle. Pourtant, au plus profond d’elle-même, elle ne put que la croire.

Éva était différente. Différente de toutes les autres filles qu’elle avait côtoyées. Elle n’avait pas d’amis, pas de famille, aucun proche, hormis Lucie. Elle était seule, voilà la triste vérité. Seule et différente.

Une fille somme toute banale, possédant des pouvoirs et née sur une autre terre… Qui pourrait y croire ? La part rationnelle de son cerveau continuait avec entêtement à réfuter cette vérité.

— Il existe un monde parallèle au notre, Les Terres de l’Oubli, continua Lucie, que des passages, comme des ponts, relient à la Terre. Ces passages sont étroitement surveillés pour empêcher une invasion. Tes parents les ont empruntés par le passé, quand tu n'étais encore qu'un bébé. Ils m'avaient fait jurer de ne pas t'en parler. Mais aujourd’hui, le temps nous est compté, et je te dois bien ça… Lorsque Bastien ira mieux, vous devrez partir.
— Partir ? Mais pour aller où ?
— Écoute, Éva. Si Sywen a pu vous retrouver, alors n’importe qui le pourra. Elle n’était que la première. Les Damnés préparent une guerre. Ils soulèvent les populations des Terres de l’Oubli en vue d’une invasion pour asseoir leur règne. Et, pour une sombre raison, ton destin est lié au leur. Un Codex vieux de plusieurs millénaires prédit la venue d’une enchanteresse, une enfant encore, qui changera la face du monde. À ta naissance, de puissants visionnaires ont convaincu Cyphen, à la tête des Damnés, que l’heure était enfin venue…

Lorsque Lucie prononça ce dernier nom, Irélia se contracta imperceptiblement en détournant le regard. Cela n’échappa pas à son fils, qui pourtant se tut, intrigué, alors que Lucie continuait :

— C’est la raison pour laquelle tes parents sont venus ici. La raison pour laquelle nous t’avons menti toutes ces années. Il fallait te protéger. Mais voilà pourquoi tu dois maintenant retourner là-bas. Tu es destinée à faire de grandes choses, Éva. Bonnes ou mauvaises. À toi de suivre ton chemin. Il fait partie de l’Histoire, et ce combat, vous devrez le mener tous les deux.

Elle les engloba d’un regard. Puis, quelque chose sembla se briser en elle, et sa voix chevrota lorsqu’elle ajouta :

— Il faudra bientôt nous séparer.
— Pourquoi ?
— Irélia et moi sommes démunies. En venant vivre ici, nous avons toutes deux renoncé à notre vie passée. Nous n’avons plus le droit de retourner dans le pays qui nous a vues naître. Aujourd’hui, les Damnés viennent pour toi. C’est pourquoi je veux que tu partes. Je veux que tu vives, Éva ! Pour cela, tu dois retrouver tes grands-parents…

Éva demeura interdite. Ses grands-parents ? N’étaient-ils pas morts, comme elle l’avait toujours cru ? Tous ces mensonges qui refaisaient surface accentuaient son mal de crâne.

Irélia s’était mise debout et avait posé une main compatissante sur l’épaule de Lucie. Les deux femmes se contemplèrent, puis hochèrent imperceptiblement la tête.

— Nous allons préparer vos bagages, murmura alors la mère de Bastien. Vous deux, profitez-en pour…

Elle fit un geste vague sans pour autant finir sa phrase. Pourtant, Éva comprit : on souhaitait les laisser seuls. Ils avaient sûrement beaucoup à partager.






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