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 Témoignage. première partie. le récit: chapitre 2

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AuteurMessage
Amiedetous



Date d'inscription : 28/06/2012

Témoignage. première partie. le récit: chapitre 2 Empty
MessageSujet: Témoignage. première partie. le récit: chapitre 2   Témoignage. première partie. le récit: chapitre 2 EmptyVen 19 Oct - 16:37

Voici la suite de ce que j'ai posté il y a quelques mois. Je souhaite une bonne lecture à celui, celle (ceux?) qui auront le courage de lire tout ceci, de plus sur un écran, car je sais combien c'est fastidieux.






Chapitre 2

Les deux premières rencontres




J'ai réservé une salle privée une soirée par semaine et j'ai essayé de rassembler quelques personnes qui voulaient bien rire régulièrement. Nous étions au maximum une dizaine de femmes, parfois moins. Une des participantes, Elisabeth, avait dans les soixante-cinq ans. Elle cherchait manifestement à établir le contact avec moi. J'allais déjà beaucoup mieux que quelques mois auparavant et je croyais naivement arriver à faire bonne figure, à masquer mon immense tristesse et ma fatigue par une gaîté feinte. Mais je n'avais pas pu la tromper.

Je n'étais pas tentée de voir cette femme en dehors de notre rendez-vous hebdomadaire de rire. Elle me glissait parfois qu'elle avait un ami merveilleux, une sorte de magicien doté de pouvoirs extraordinaires. Je n'avais certes pas envie de m'intéresser à ce genre d'élucubrations et quand elle tentait de faire glisser la conversation sur le sujet de son ami peu commun, je ne réagissais pas.
Je pensais qu'elle allait se décourager et comprendre que je voulais qu'elle me laisse en paix avec ses fantaisies ésotériques.

Elle m'a invitée à prendre le thé chez elle. Je ne sais plus pourquoi j'ai accepté. Sans doute que ma solitude se faisait plus sentir que d'habitude quand elle m'a transmis cette invitation, ou que j'étais prête à accepter toutes les occasions de rester un peu plus hors d'une maison dans laquelle je ne me sentais pas chez moi.

Alors que nous étions à table, dans son coquet petit "salle-à-manger-salon", quelqu'un a sonné. Elle a fait entrer un homme de taille moyenne, mince et grisonnant. Cet homme au visage harmonieux était manifestement moyen-oriental. J'aurais pu le prendre pour un turc, ce qu'il n'était pas, appris-je par la suite. J'ai tout de suite deviné en lui l'ami dont Elisabeth cherchait depuis des semaines à me chanter les louanges.

Il portait une veste foncée, très propre, mais froissée dans le bas du dos; Je le situais un peu au-dessus de la cinquantaine. Son visage était sévère et il m'a saluée sans sourire, d'une façon que j'ai trouvée froide, très distante, sans aucune trace de la chaleur factice que la politesse nous oblige le plus souvent à manifester quand on recontre des visiteurs chez nos amis. Il se tenait parfaitement droit, mais souple, sans aucune tension superflue, les bras le long du corps et les mains ouvertes. Son regard était dérangeant. Je n'ai pas pris conscience tout de suite de tous ces détails concernant son aspect physique. Je ne me suis aperçue que plus tard que j'avais enregistré tout ceci, quand le soir venu, ma mémoire a fait défiler les images de cet après-midi dont j'aurais dû cocher la date dans mon agenda.

Elisabeth l'a invité à s'asseoir et lui a servi un thé. Il s'est assis à table avec nous, mais j'ai deviné qu'il aurait préféré rester debout. Cet homme était silencieux, ne répondant à Elisabeth que quand elle lui adressait directement la parole. Il parlait un allemand très approximatif, d'une voix rauque, avec un fort accent. Ses fautes de déclinaisons et ses emplois erronés de pronoms personnels me rendaient ses paroles difficiles à comprendre. Quand il m'a fallu lui parler, ce dont je me serais bien passée, il m'a prié de le tutoyer, comme il l'avait fait avec moi alors qu'il m'avait demandé de répéter mon nom, qu'il n'avait pas bien saisi. J'en ai déduit que sa langue maternelle ne comportait pas de vouvoiement, mais je dérapais vers le "vous" car cet homme n'incitait pas à la familiarité.

Elisabeth lui témoignait beaucoup d'égards, tout en étant assez libre de paroles avec lui. Je remarquais la beauté de ses mains, la précision de ses gestes, la manière attentive avec laquelle il prenait un morceau de sucre, comment il le portait tranquillement à sa bouche, dont la lèvre supérieure était masquée par une moustache proivre et sel, et comment il sirotait son thé bouillant en plongeant son regard à la fois triste et sévère jusqu'au plus profond de mon être. J'avais la sensation désagréable que je ne pouvais rien lui cacher, et qu'il regardait des zones en moi qui m'étaient à moi-même inconnues.

Il donnait à sa pipe la même attention, totalement présent dans chacune de ses actions. En même temps qu'il y introduisait du tabac d'une façon que je ne peux décrire car je n'avais jamais rencontré une telle densité de présence chez quelqu'un dans des gestes aussi simples, je savais que rien ne lui échappait. Je ne pouvais pas remuer un pied ou réajuster ma position sur ma chaise sans qu'il ne l'enregistre. Cet homme me gênait. Il gâchait mon après-midi. Je retenais mon besoin d'occuper mes doigts en faisant tourner mon verre sur sa petite assiette et de tripoter ma cuillère. J'étais subitement attentive au bruit de ma déglutition, dont j'avais honte, ainsi que de ceux que je ne pouvais pas m'empêcher de faire quand je redéposais mon petit verre à thé sur sa soucoupe. Le visiteur, lui, ne produisait pratiquement aucun bruit, peu importe ce qu'il saisissait ou reposait.

J'aurais voulu me sentir libre de papoter comme quelques minutes auparavant, mais je n'osais plus, car des paroles aussi oiseuses que celles que nous échangions précédemment auraient été déplacées. J'aurais eu honte de parler sans autre but que le plaisir du bavardage, laissant s'écouler librement à l'extérieur la trivialité du contenu de mon cerveau.
Un formidable silence emplissait le salon. J'aurais voulu que cet homme s'en aille. Il gâchait mon plaisir. Le reste de l'après-midi m'a paru interminable.

Quand je suis rentrée à la maison, je me sentais joyeuse, forte, presque comme avant l'Allemagne. J'avais l'impression d'avoir vécu quelque chose de particulièrement réussi. Je n'avais aucun contenu à raconter pour justifier le fait que c'était le meilleur moment que j'avais passé depuis des années. Je mourais d'envie de raconter mon merveilleux après-midi, mais à qui? Je l'ai fait quelques jours après, lors d'une ballade en forêt avec une dame de ma connaissance. J'ai cependant atténué ma joie, de peur qu'elle ne pense que j'avais moins de plaisir à être en sa compagnie qu'en celle d'Elisabeth. J'ai signalé en deux phrases l'arrivée de cet homme au milieu de notre après-midi, en taisant ce que j'aurais bien voulu raconter sur lui, de peur qu'elle n'interprète de travers l'intérêt que le "magicien" avait éveillé en moi.

Je ressentais, depuis que j'avais fait la connaissance d'Elisabeth, des regains d'énergie que j'attribuais (naivement) au fait que j'allais globalement mieux. Je reprenais par moments l'espoir que tout allait finir par s'arranger. Ces moments se sont produits plus souvent et avec plus de puissance, surtout pendant la nuit, à partir du jour où j'ai bu le thé avec R. et Elisabeth. Cela ne m'est apparu clairement que plus tard. Moi qui trouvais au-dessus de mes forces d'aller chercher du pain ou d'étendre une lessive, je me sentais en pleine nuit parfois prête à me lever et à ranger placards et armoires. La seule chose qui me retenait de m'y mettre était la pensée qu'avec le bruit que j'allais immanquablement faire, je réveillerais l'un ou l'autre.

Quelques jours ou semaines plus tard, je ne sais plus exactement, je m'étais réveillée comme chaque matin depuis des années, avec le sentiment d'une immense tristesse et le poids de chagrin et de culpabilité habituel qui pesait dans ma poitrine et dont rien ne pouvait me distraire. L'angoisse m'avait réveillée plusieurs fois durant la nuit, comme de coutume.

Malgré ma ferme intention, sans cesse renouvelée d'être enfin la maman aimante, attentionnée, compréhensive et patiente que mes enfants avaient mérité d'avoir, j'avais encore vécu un violent conflit avec mon fils auquel j'avais dit des mots qu'une mère ne devrait jamais prononcer. J'avais été lamentable vis-à-vis de ma plus jeune. J'avais ressenti le rejet de ma fille aînée et ses reproches muets, les critiques de mon mari ainsi que son indifférence egoiste, comme des coups de couteau qu'on m'enfonçait dans le corps, coups affreusement douloureux mais que je croyais mérités: j'avais complètement échoué dans mon rôle de mère et d'épouse.

J'aurais tellement voulu donner à mes enfants une enfance et une adolescence meilleure que celles qui avaient été les miennes. Et elles étaient pires. Chaque tentative de sortir du piège dans lequel j'étais tombée échouait. J'avais la sensation de murs de béton contre lesquels je me heurtais, de quelque côté que je me tourne. Je me sentais comme d'une pauvre créature engluée dans une toile d'araignée et dont les tentatives pour s'échapper usaient en vain les forces. Désespérée, je souhaitais mourir, sûre que ce serait le mieux pour nous tous. N'importe qui serait un meilleur soutien pour ma famille que moi, car à défaut d'amour, celle qui prendrait éventuellement ma place auprès de ceux que j'aimais le plus au monde ne les détruirait pas comme je le faisais. J'étais tombée au fond d'un trou aux parois lisses et personne ne me jetait une corde pour m'en faire sortir.

Le téléphone sonna. Je décrochai, le coeur bien lourd. C'était Elisabeth. Elle m'annonçait que R. et elle viendraient me chercher en début d'après-midi, qu'elle sonnerait à la porte et que je n'aurais qu'à descendre. Il fallait que je me tienne prête. Au moment prévu, je suis montée dans la voiture, à l'arrière, et nous avons démarré. Elisabeth m'a fait la conversation sans toutefois me dévoiler la suite du programme. Je partais du principe que nous allions prendre un thé ensemble comme la fois précédente, et ne posai aucune question sur l'étrangeté de ce rendez-vous aussi subit qu'inattendu. Arrivés en bas de chez Elisabeth, celle-ci est sortie de la voiture, m'a fait m'asseoir devant, et nous avons démarré en la laissant sur le trottoir, à mon grand étonnement. J'ai juste dit: "Elisabeth ne vient pas avec nous?" La réponse ne fut qu'un "non", accompagné d'aucune explication.

Nous avons roulé en silence pendant quelque temps, puis il m'a posé une question qui a eu pour effet d'ouvrir les vannes de mon chagrin. Je ne pouvais plus parler. Il m'a tendu un paquet de mouchoirs et j'ai pleuré. Lui n'a fait aucune tentative pour arrêter les flots salés que j'ai déversés pendant près de deux cents kilomètres. Il ne me regardait pas, ne me parlait pas. Il conduisait tranquillement, avec sûreté, remplissant l'habitacle de silence. J'ai versé cinquante ans de larmes retenues, sans éprouver le besoin de les justifier.
Nous sommes sorties des villes. Il allait à la rencontre du peu de nature rescapée de l'industrialisation de la région. Nous avons suivi un petit cours d'eau et les seuls mots qu'il m'a dit furent: "J'aurais voulu m'arrêter là mais malheureusement on ne peut pas se garer".

J'ai fini par me calmer. Alors il a pris la parole, sans trace d'impatience et m'a tenu un petit discours assaisonné d'exemples pris dans le monde de la mécanique automobile, et qui a eu pour effet de commencer à me guérir de la mauvaise opinion que j'avais de moi. Je le laissai parler sans chercher à l'interrompre pour m'expliquer, me justifier, me raconter, à transformer son discours en conversation ou en discussion.
Il m'a dit plus tard que c'était cette attitude qui lui avait donné envie de "travailler" avec moi. Je n'ai pas été consciente du trajet que nous avions parcouru.

Je ne sais pas quelles villes nous avons traversées, ni si nous avons pris l'autoroute ou pas. J'ai été surprise quand il a garé la voiture. J'ai regardé autour de moi. Nous étions de retour et ma maison n'était qu'à quelques pas. Il m'a tendu un calepin, un stylo et m'a dit: "Ecris! Jusqu'à présent, avec ton mari tu as agi comme ci et comme ça, tu as dit ces mots ci et ces mots là. Maintenant, tu vas faire précisément ceci et cela et dire ces mots là. Avec tes enfants, tu as exigé ceci, récompensé cela, attendu telle chose... Maintenant, tu vas faire comme ceci et ne plus dire comme ci mais dire comme ça. Fais ce que je te dis et tout ira bien."
Puis il m'a regardée et a dit: "Mon nom est R. Il signifie ce qui comble les besoins. Le verre d'eau qui sauve la vie de celui qui meurt dans le désert est R. La branche à laquelle se raccroche celui qui tombe dans un précipice est R. La lueur qui apparaît pour guider les pas de celui qui s'est égaré dans l'obscurité est R. Je suis celui que tu veux que je sois, un frère, un père, un enseignant, un ami... Choisis!".
Il a attendu ma réponse avec exactement le même calme que pendant ces heures que nous avions passées ensemble. J'avais la merveilleuse sensation que rien ni personne n'était plus important que moi, que j'avais mérité ce moment ainsi que cette offre surprenante.
Pour masquer ma gêne devant l'étrangeté de la situation et des mots que j'entendais, et aussi pour chasser la honte de m'être donnée en spectacle à cet homme étonnant qu'après tout je ne connaissais pas, j'ai risqué un petit rire artificiel et une remarque: "Vous ne pouvez pas être mon père, nous avons approximativement le même âge!".
Il a planté ses yeux dans les miens et m'a répondu: "Tous sont mes enfants... Je peux mettre ta vie en ordre et celle de tes enfants aussi. Je te donne la garantie que je peux faire de vous des personnes plus heureuses que vous ne l'avez encore jamais été. Je pose deux conditions: tu ne me questionnes pas et tu ne vas chez aucun thérapeute 'psy' d'aucune sorte!"
J'ai donné mon accord sans prendre une seconde pour réfléchir, trop contente de recevoir une offre d'aide après tant d'années de désespoir.
Il m'a donné rendez-vous chaque dimanche matin chez Elisabeth pour "travailler" avec moi, comme il disait.

En quoi consistait ce "travail"? Qui était cet homme? Un magicien, selon Elisabeth. Non, ce n'était pas ça, me dis-je en mon for intérieur. D'ailleurs, je trouvais cette appellation ridicule. Il m'avait interdit de façon catégorique d'aller voir un "psy". Ce n'était pas dans mon intention. Je les avais trop fréquentés professionnellement d'une part pour les prendre vraiment au sérieux, et d'autre part aucun n'avait été d'un véritable secours pour mon fils. Mais cette interdiction me laissait après coup songeuse et je me demandais ce qui autorisait cet homme à dicter un tel ordre avec une telle autorité. Prétention de sa part? Non, je n'avais pas perçu d'arrogance. Je décidai de rester cependant sur mes gardes.

J'était toute guillerette en rentrant à la maison; je ressentais la même force qu'après notre rencontre "fortuite". Quelqu'un tombé du ciel s'occupait de moi. J'étais trop "sens-dessus-dessous" pour creuser davantage. Je recevais pour le moment un cadeau. Je le prenais. C'était tout.

Elisabeth m'a confirmé par la suite qu'il était allé me chercher avec elle parce qu'il savait (comment?) que ma matinée avait été éprouvante. Il lui avait juste téléphoné pour la prier de m'avertir du programme qu'il avait décidé, sans explications. Habituée aux façons de faire de R. depuis des années, elle avait obéi tout naturellement. Cet homme semblait à mon insu être en relation constante avec moi. Mais moi, je n'étais pas en relation avec lui.
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