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 Regards sur l'avenir...

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Jafou

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Date d'inscription : 01/06/2011
Age : 87
Localisation : Aquitaine

MessageSujet: Regards sur l'avenir...   Mar 24 Avr - 20:47

Cela fait un bon moment que je n'ai rien posté : l'hiver, le froid, les mains engourdies. En outre plein de livres à critiquer en temps limité...
alors, pour le printemps, voila une petite nouvelle tristement drôle ou drôlement triste !


Regards sur l’avenir



Il se tenait appuyé au chambranle de la porte de la salle de bains. Grand, le cheveux sombre et un regard cobalt, halé, bronzé ; un beau gaillard !
Il portait juste un peignoir court vert agressif, inattendu, et entre-ouvert qui ne cachait pas grand chose de son anatomie. Ses cheveux étaient humides, ses pieds nus.
La nuit avait réellement été torride tant ils avaient fait et refait l’amour ; l’amour tendre, l’amour fou, l’amour passion et quand une aube assez antipathique avait lancé ses premières lueurs au travers des rideaux ils venaient tout juste de s’endormir encore mélangés et plutôt par le travers du lit qu’en position jugée normale par les gens normaux !
D’elle, on ne voyait qu’une mousse blonde cuivrée de boucles étalées sur ce qui semblait être une robe roulée en boule. Le drap, léger dessinait des formes intéressantes.
Il sifflota un air guilleret qui prit de l’ampleur jusqu’à provoquer un grognement de la part du drap. Puis les boucles se soulevèrent révélant un joli visage tout rond, tout chiffonné dont les yeux clignotaient projetant un concentré d’indignation contre les rayons lumineux blessants. Elle acheva de se redresser balançant d’un coup de pied le drap entortillé autour d’elle confirmant la qualité du dessin précédemment évoqué. Elle avait des seins petits et pointus qui regardaient vers le plafond avec insolence, la taille fine et des épaules douces ; un ventre plat, des jambes longues et satinées et une parfaite absence de toute pilosité !
- Bonjour, tu vas bien ? Levé déjà, pourquoi, encore tôt, non ?
Il montra une barre de dents bien blanches disant :
- L’habitude ; fatigué ou pas, couché tôt ou tard, beaucoup ou peu dormi c’est du pareil au même, mon réveil interne sonne toujours à la même heure ; alors...
D’ailleurs, au lieu de rester là dans cette attitude parfaitement indécente de séductrice professionnelle, dont je ne nie pas le côté artistique, tu pourrais peut-être te lever aussi.
- Indécente ! C’est la meilleure du petit matin ; tu t’es vu avec ton peignoir grand ouvert.
Elle eut un long regard plein de promesses :
- Remarque que... Je ne suis pas indécente, toi non plus ; nous sommes naturels. Voila, naturels. Et maintenant, on va faire quoi ?
- Lever, douche, habiller, petit déjeuner et ensuite on avise.
- Non, tu sais très bien que je ne parle pas de ça ; ne joue pas les innocents idiots.
- Ah, bon ?
- Je parle d’avenir, et ne commence pas déjà à faire la grimace. Je t’aime, c’est bête hein, avec une trop grande intensité selon moi ; ça me nuit mais c’est ainsi ! Tu m’aimes, tu le dis trop, le prouve trop pour qu’il n’y ait pas un fond de vérité. Je sais bien, les mecs quand on a satisfait leur convoitise... Mais pas toi, non, non, non. Alors l’avenir ?
- On laisse les sentiments de côté ; c’est acquit. Reste : Mariage ? Absolument, totalement exclu. Nous sommes adultes, avons chacun un métier et des revenus ce qui sauvegarde nos libertés. Cohabitation permanente ? L’amour à la sauce ménagère, aux nécessités domestiques, aux basses-œuvres quotidiennes genre : si un soir j’ai la flemme de me laver les pieds ou les dents avant de me coucher il m'horripilerait d’entendre ma compagne me le faire remarquer, me le reprocher, m’accuser de sentir mauvais ; et je suis courtois dans le choix des mots ! Donc tout aussi exclu. Nous sommes parfaitement heureux comme ça, non ?
- C’était un temps d’attente, de latence, des prémices, pas un plan de vie, jamais et tu le sais fort bien. Il me semble d’ailleurs me souvenir que les toutes premières fois, au stage d’apprentissage, juste avant que je ne pénètre dans ton lit tu avais très vaguement et vite balbutié le mot mariage.
- Souviens pas, mais j’étais très inexpérimenté sans grands repères de la vraie vie, mineur.
- Faaaux-cul ! Quand tu m’as sautée tu n’étais pas mineur ?
Elle s’est levée d’un bond et a couru à la salle de bains sans refermer la porte. Alors il a continué en parlant plus fort :
- Le mariage et la cohabitation sont les deux plus grands ennemis de l’amour. En trois coups de cuillère à pot (au feu), passez muscade ils ont tout détruit, des vandales, des ravageurs :[ - « Je t’aime » ! - Oui, tu veux manger quoi ce soir et puis t’a entendu ce bruit de la chasse d’eau ? Faudrait peut-être appeler le plombier ou bien, tu peux... - « Je t’aime » . - Dis donc, c’est quoi ces grosses écorchures sur l’aille arrière gauche de la voiture ?
- « Je t’aime » ! - Oui, eh bien je trouve que tu rentres un peu tard, vous avez cassé du sucre sur le dos de vos hommes avec les copines, hein, c’est ça ? Et puis ta mère a téléphoné.
Alors je te préviens, je refuse de passer encore les vacances avec eux ; une fois a suffit...
- « Je t’aime aussi » ! Mais quand on va voir tes parents, c’est pas plus marrant ; bon ce sont les parents...
- Et justement je t’ai épousée parce que je t’aime, mais je n’ai pas épousé ta famille ; aucune raison ! ]
C’est comme ça que ça se passe, partout, tout le temps : Je t’aime, tu m’aimes, on s'aime... Et puis on est rendus, usés, on s’aime plus...
Elle est ressortie de la salle d’eau toujours aussi nue, le corps couvert de perles qui coulent sur sa peau.
- Avec le bruit de l’eau, j’ai pas bien entendu ; des tas de fois « je t’aime » comme si tu tournais en boucle mais pour le reste il faudra que tu actualise.
- Mais comment donc, joue pas à ça, je parlais fort exprès.
- Je te jure...
- Le parjure est puni par la loi. Aller, viens déjeuner.
Dans la cuisine régnait une forte odeur de café. Face à face ils mangeaient avec des bruits de mâchoires, des grands « slurp » entrecoupés de beaucoup de silence. Il attendait la seconde charge ; elle ruminait.
Elle attaqua en surprise, virtuose :
- Sept cent cinquante kilomètres, c’est beaucoup et avec les temps d’aéroport, même l’avion, ça va pas vite ; et ça coûte bonbon. Pour passer quatre, voir cinq jours ensemble ; à peine le temps de se voir, deux trois fois par ans. Trop loin, trop court, moche ! Ça peut pas être un choix durable ; c’est la déprime et le dépérissement assuré...
- Ouais, être prof à Pau c’est pas non plus l’extase ; faits toi nommer en région parisienne et on pourra être ensemble beaucoup plus souvent et longuement.
- Bref, le repos du guerrier au coup de sifflet !
- Et voila tout de suite l’emphase et la vacherie, je propose juste de multiplier par quinze ou vingt le statut actuel de nos relations qui jusqu’à présent semblait satisfaire tout le monde, rareté mise à part. Cela fait beaucoup, beaucoup de temps à passer ensemble pour le meilleur et pas le pire.
- Et les familles, mes parents, on leur dit quoi, au juste ?
- Pas mon problème, je suis adulte, majeur, autonome et ne doit de comptes à personne.
- Du bla bla de jocrisse, ça ne trompe personne, j’achète pas !
-Alors ?
-Alors rien. Tu ne me laisses pas le choix. Je vais faire ma valise.
-Menace, chantage, pied du mur, ultimatum ?
-Connerie, bêtise, idiotie ; tu as oublié que je rentrais chez moi aujourd’hui.
Repartie dans la chambre en haussant les épaules. Il avait suivi avec une petite boule qui commençait à grossir au creux de l’estomac.
Il s'était arrêté sur le pas de la porte. Elle avait ouvert sur le lit sa jolie valise en cuir vert et y rangeait pochette de linge sale, une jupe, une robe, deux chemisiers, une paire de ballerines, un livre, page marquée, une chemise de nuit arachnéenne jamais portée. Elle s’était ensuite dirigée vers un des placards muraux et en avait ramené une brassée de vêtements divers qu’elle entassa par-dessus le reste sans grand ménagement anti-faux-plis. Puis ce fut le tour d’un tiroir ; tout en le vidant, elle énonçait :
- Tiens des collants, c’est idiot, j’en met jamais.
Il lança : - Spécialement achetés pour un gala habillé.
- Ah, oui, peut-être. Trois petites culottes en broderie anglaise, taille basse, ça j’aime, un boxer noir ; un essai pas très heureux. Un mini string également noir ; mais quelle horreur, ce n’est tout de même pas moi qui ai acheté ça, rassure moi. Ou alors c’était pour te faire plaisir ! Bon je te le laisse > Elle le glissa sous un oreiller du lit !
Elle avait ensuite fait un second voyage vers la salle d’eau, était revenue les bras chargés de boites, flacons, une trousse de toilette, diverses babioles dont un canard jaune en celluloïd.
Tout était maintenant dans la valise qui trop pleine refusait de fermer.
- Tu m’aides ou je dois sauter à pieds joints dessus pour tasser ?
Il ne souriait plus, il s’approcha, appuya et ferma les serrures :
- Mais pourquoi tu emmènes tout ça, d’habitude tu laisse.
- C’est vrai, mais j’ai oublié mes habitudes. Je revenais ; je ne reviendrai plus. Quelque chose semble s’achever, hors de ma volonté, sans qu’une solution d’avenir acceptable ait été trouvée. J’ai un train à Austerlitz dans soixante-quinze minutes, tu m’y emmènes ?
- Non !
- Logique, stupide mais logique. Bon je prendrai un taxi.
Elle gagna la porte à pas soudain pressés et l’ouvrit ; mais se ravisant elle revint très vite vers lui, l’embrassa très fort sur la bouche et repartit en déposant un trousseau de clés sur la crédence de l’entrée.
La porte avait claqué ; Il était seul, seul comme jamais.

°°°°°°

Six ans. Pas un mot, une visite, un mail. Deux chagrins qui murissent dans le silence, deux orgueils qui s’affrontent muets, virtuels !

Biarritz.

Il souffle un vent de sud-ouest force sept mais le soleil brille et chauffe durement. La mer fait étinceler des millions de plaques d’argent qui s’assemblent en hautes masses et s’écroulent avec fracas ; drapeau rouge !
La Plage sur la côte des Basques : entre le boulevard côtier du Prince de Galle et la bande de sable qui descend vers la mer il y a une sorte de no mans land bordé par une murette basse. Des bâtiments y ont été construits par-ci par-là, certains importants, hôtels, restaurants précédés vers l’eau par une terrasse de deux trois marches. Quand la mer est fortement agitée comme aujourd’hui, à marée haute, des vagues puissantes viennent heurter la murette, lançant par dessus des gerbes d’écume et d’eau mélangées qui inondent les terrasses et courent jusqu’au bitume du boulevard. De l’autre côté de celui-ci serpente une falaise basse qui porte de très rustiques jardins promenades parcourus d’allées nombreuses s'étendant jusqu’à l’avenue Beau rivage.
Assis sur la murette, ils sont quatre ; trois filles en mini-bikini ; non, deux filles plus Elle, et un grand garçon solide, en boxer, qui a l’allure typique du surfeur local. Par instant, une vague agressive vient rugir dans leur dos et ils disparaissent un temps sous un épais rideau d’eau transparente et verte. Ils s’ébrouent en riant, attendant la suivante.
Il a parcouru la falaise en prenant des clichés nombreux puis s’est décidé à descendre au niveau du boulevard et s’est installé sur un banc à quarante mètres d’elle. Chemise veste bleu de France, short en lin grège, sandales en cuir de buffle. Elle l’a repéré très vite mais rien ne s’est produit si ce n’est un rire plus nerveux sous une nouvelle douche. Le spectacle était drôle et joli ; il a braqué son réflex et pris quelques photos en rafale, au télé !
Sans un mot pour ses compagnons qui se sont regardés, étonnés, elle s’est enfin levée, a traversé le boulevard, s’est assise près de lui. Long silence puis :
- Tu m’as reconnue ? Cela fait si longtemps ».
Elle est plus belle encore qu’avant ; veloutée ; elle sent la mer et ... Autre chose, subtile.
- Sauf gémélarité longuement et soigneusement cachée, je t’ai reconnue ! J’ai souvent regardé des images et me suis interrogé : pourquoi ce silence, cette absence ? Comme une midinette je me passais en boucle cette chanson de Jo Dassin :" Ca va pas changer le monde--------- /---------- Moi je suis resté le même, celui qui croyait que tu l’aimais ; c’était pas vrai, n’en parlons plus, et la vie continue !" Et puis j’ai arrêté ; trop douloureux.»
- Ne t’avais-je pas dit mon impression que quelque chose s’achevait ? Et puis brutalement venir me shooter ici avec cette chanson ; c’est pas juste ; c’est salaud.
- Pfut, du verbiage ; l’amour ne se régit pas avec des mots, sauf au cinéma peut-être. Mais j’ai aussi enregistré une autre chanson. Il sort d’une poche un iPhone.
- Arrête ça. » Elle a presque crié. Mais déjà il a pressé un bouton ; le son est faible mais net :

« Un doux parfum trouble encore
Tous mes rêves agités,
Et lorsque revient l’aurore,
Toujours je vous cherche à mes côtés !
Vous m’avez quitté sans me connaitre,
Sans savoir combien je vous aimais,
Si vous reveniez je crois peut-être
Que simplement j’oublierais...».
Valse lente, valse anglaise ; elle pleure doucement en répétant :
- Salaud, salaud, salaud...» Puis elle se ressaisit, secoue la tête ; il reçoit trois larmes ; petit choc.
- Est-ce que tu es venu me demander en mariage ?
- Bien sûr que non !
- Ah (le ton a durci) ; la mer descend, on va pouvoir se baigner ; dangereux mais voluptueux. Tu viens avec nous ?
- Non ». Il a haussé les épaules.
- Logique, Stupide mais logique (vieux refrain !).
Elle retraverse le boulevard presque en courant et rejoint les autres. Ils disparaissent tous quatre derrière la murette.

Lendemain.

Il s’est installé au même point que la veille mais directement sur la plage. La mer, calme, est basse, le soleil torride : en boxer short il est vraiment beau mec. Il bouquine. Elle arrive avec les trois autres qui se posent un peu plus loin, et gagné bien sûr, bonhomme a une planche de surf sous le bras.
Elle vient directement s’assoir tout contre lui ; il s’écarte, elle se rapproche ; il s’écarte, elle...
- Bonjour, toujours là ? Qu’es-tu venu faire, au juste ?
- Salut ; rien ne me presse ; la France est en vacances ; tu l’ignorais ?
- OK. Mais pourquoi Biarritz ?
- Comme ça, tourisme ! Faire connaissance d’un lieu que quelqu’un m’a beaucoup vanté, il y a longtemps.
- C’est un long voyage.
- Aujourd’hui on peut aller sur la Lune en trois jours !
- Vu comme ça. Et c’est comment Biarritz ?
- Très Montijo, second empire, bikinis en plus ! J’avoue ne pas trop voir Eugènie et son Badinguet au milieu de toutes ces quasi nudités ; mais peut-être que cela leur aurait plu. Ça ne doit pas être si marrant de se baigner en gros maillot à jambes jusqu’aux chevilles et suffisamment volanté pour atténuer les formes et reliefs.
- Oui, c’est plus ça tout de même. Alors ?
Mais si, au plan architectural on est au second empire et s’il n’y a plus de crinolines dans les salles de restaurants, les maîtres d’hôtels sont aussi gourmés qu’à l’époque ; le mobilier, la vaisselle, la verrerie tout pareil. Mais la mer est belle, le site agréable, les rochers en béton à peine identifiables et la vierge veille sur vous toutes pécheresses dénudées.
- Tu n’aimes pas les bikinis ?
- Evidemment si, mais moi et le péché ; je fais pas référence. Mais si tes élèves te voyaient ainsi il y aurait du tumulte chez les mâles de première ou terminale.
- Ho, hé, On n’est plus en 1654 les mecs sont plus des courtisans de Louis XlV qui pâmaient à la vue d’une cheville. D’ailleurs, l’autre là-bas, il était encore dans ma classe il y a deux ans. On a le même âge mais lui c’est le prototype du cancre délibéré ; intelligent, pas compliqué, il dirigera l’Agence de tourisme de papa, probablement pas plus mal qu’un autre ; alors !
Et en dehors de ça tu fais quoi encore ?
- Provision d’images ; mettre des souvenirs à jour, ravauder, restaurer, réinitialiser ma mémoire. Jouer à huis clos les romantiques maso !
- Hum, tu souhaiterais m’épouser ?
- Encore ! Pour une prof de lettres je trouve ton vocabulaire réduit. Réponse toujours négative.
- Il arrive que les rengaines fassent effet ! Bon faut que je les rejoignent ; m'interrogent, moi muette ; comprennent pas. Mais c’est marrant, marrant et triste. Tu refuses de me marier alors que je voudrais et lui, il souhaiterait m’épouser, et moi je veux pas... Mais je me sens dessécher... A plus.
Le désert au cœur ; aride !

Un autre jour.

Il a parcouru toute la perspective de la Côte des Basques qui domine la plage en corniche depuis le rocher de la Vierge jusqu’au lieu informel des précédentes rencontres. Elle est là en short et chemisier en voile jaune citron ; seule.
C’est lui qui s’assied près d’elle. Elle lève les sourcils sans sourire. Interrogation ?
- J’ai beaucoup, beaucoup marché. On dit que c’est bénéfique pour la réflexion. Mais malgré tout j’en reviens à mes études toujours en cours sur l’électro-magnétisme, les courants d’appel, les forces d’attractions, les attirances, les affinités ; tout ça...
- En faisant simple, tu penses que toi sans moi c’est nul et moi sans toi pire mais que c’est un conflit moral sans solutions parce que je suis bête et têtue !
- C’est pas si mal traduit sauf que tu n’es pas bête et que tu raisonne trop, comme moi !
- Tu te complais sans doute à jouer au génie tourmenté qui répudie trop de normalité, qui veut des souffrances sublimes et des joies extravagantes, de l’impromptu, de l'inattendu, de l’inhabituel. Moi je reviens un instant en arrière pour répéter trois mots ; c’est drôle d’ailleurs tout ce temps sans les prononcer : Je t’aime ! Oh Dieu ! Cela ne suffit pas. J’ai désir de normalité mais pas de conformisme, je souhaite un homme présent dans mes bras, beaucoup, souvent ; vivre dans une jolie maison pleine de fleurs de livres et de musique dont je modifierais régulièrement les implantations ; avoir des enfants vivant en harmonie avec leurs deux parents ; vieillir avec sérénité en gardant mon amour intact solidement arrimé en moi. C’est trop, utopique, je sais. Je n’aurais rien de tout ça sauf peut-être la maison et les enfants (sans le bon père !) accompagnés d’une sourde douleur qui me consumera ad perpetuum. C’est l’image de la vraie vie, rarement perturbée par un contre !
- Là je ne sais trop quoi dire, c’est Freud, Lacan, Beauvoir, Dolto pèle-mêle ; veuillez tirer un bout qu’on voit ! Parfois, j’aimerais faire simple, simpliste même ; être primaire, voir primitif. Faire comprendre à cette femme que, autonome et indépendante elle est indispensable à ma vie et à ma liberté. L’empoigner par la tresse qu’elle n’a pas et la trainer jusque dans ma caverne souvent mais pas toujours, qu’on puisse respirer l’un et l’autre.
Bon j’ai besoin d’eau froide moi ; viens-tu à l’eau, nous deux ?
- Nous deux n’existe pas, plus ; non !
- Illogique, stupide et illogique. (variante). See you !
Il a couru vers les vagues qui grossissent et commencent à monter... Il nage.
Elle se sent tellement seule, désespérément seule ; bof, des conneries tout ça !

Encore un autre jour.

Rencontre fortuite devant le Casino. Elle est avec ses trois gus, attablés, sirotant des liquides colorés. Et elle lui fait signe ; un geste d’invite sans équivoque. Il râle dur au fond mais sourit en surface. Lente approche. Une place est libre, près d’elle, il y a de ces hasards ! Le voila assis. Elle présente à la ronde, son prénom sans plus juste :
- Un remake passager de mes anciennes années. > Garce.
Les filles le jaugent, soupèsent, évaluent ; avis favorables, on s’assouplit !
Lui : - bonjour >, du bout des incisives et direct :
- Tu surfs ? > Elle l’avait dit : il a de la conversation mais codée et condensée sur un seul thème : la Vague !
- Oh non, suis pas né la dedans. Note, la Mer, c’est mon truc à fond sous tous ses aspects mais avec vingt mètres de coque, deux mats et plein de voiles. La j’accepte tous les challenges.
Une des filles, longue, satin brun, joli roux, grande bouche, nom déjà oublié.
- Tu ferais la route du Rhum, des fois ?
- J’ai fait. Il y a deux ans ; huitième des monocoques ; satisfaisant pour l’amateur que je suis > Respect !
- Tu as des sponsors ? > Blonde, pas vraie, peau mate, la seule à avoir gardé le bikini, jolie maigre ; on devine trop le squelette.
- Non, aucun, ce sont des bêtes qui ne vont pas perdre leur temps et leur budget publicitaire avec un phoque amateur !
Alors tu es riche > le mec, juste tout petit peu méprisant.
- Suffisamment et puis je fais beaucoup par moi-même.
- Il est architecte naval et ingénieur >. Là c’est elle. Elle fait l’article ou quoi ?
Le loufiat s’est décidé à venir faire un tour investigateur, les quatre verres sont vides. Il interroge du regard et commande : trois jus de fruits, un picon-bière pour le surf et un single malt Glenfiddish pour lui. Elle semble étonnée.
- Tu picoles le matin maintenant, et puis t’as changé de marque.
- Non je me diversifie. A présent je navigue entre six marques différentes, rarement le matin c’est vrai. Mais depuis que j’ai visité la distillerie GF dans la Speyside j’ai un faible pour la marque ; même si les puristes ne sont pas d’accord. Cette distillerie, dis donc : des alambics presque tri-centenaires en forme de poire et en cuivre rouge flamboyant, des cuves de fermentation qui mènent le malt à ébullition sans feu ; une atmosphère... Tu ressorts à moitié bourré ; rien que par les vapeurs ! Pas fous, ils te proposent une dégustation : standard dix ans, quinze, dix-huit et vingt-cinq ans d’âge (très cher), et t’en as pas envie ! Pour être honnête je dois dire que j’ai entendu des Écossais pur sucre dire que le GF était une merveille < surtout pour l’exportation ! > alors que le Macallan (tout aussi bon) ils préféraient le garder pour eux ! Mon préféré désormais c’est le < Lagavullin > tourbe, fumée, iode.
- Bouh, ce discours ; tu vires alcolo.
- Il faut bien meubler ses moments de solitude ! Nombreux, fréquents > (tu me cherches, prends ça !). Ça ne rate pas : la rouquine :
- T’es beau, t’es jeune, t’es riche, doit pas être si difficile de les combler les moments de solitude. Tu nous charries, là !
- Ouh, des jolies filles à œillades, tous genres, toute nature, désintéressées ou vénales, par pleins paniers. A l’heure, la journée, la semaine ou l’année ; c’est vrai, il n’y a qu’à se baisser pour faire son marché. Mais non, je suis bizarrement l’homme d’une seule femme, jamais une autre ! Il y a eu ; longtemps ; n’a pas accepté mes conditions ; est partie très loin après un baiser furieux ; n’est jamais réapparue. Le Surf :
- Tu vas pas nous dire que tu fais moine vertueux et ascétique ; t’as pas trop le profil !
Les trois filles rient ; elle, très jaune.
- Désolé, no comments !
Les verres sont vides. On se sépare, si contents de s’être connus ! A plus, peut-être sur la plage.

Fin de semaine.

Le creux, vers un coup de blues. Il pense qu’il ne va tarder à prendre sa voiture et rentrer à Paris. Il est idiot, il aurait du venir en bateau depuis l’Arcouest, cela ne fait pas si long et maintenant il remonterait direct vers son chantier. La mer, elle occupe, apaise, efface les miasmes délétères, les scories du quotidien. Elle vous lave les pieds, le cœur et l’âme ! Trop tard.
Il est descendu de la corniche. Elle est toute seule assise sur la murette ; jupette noire, chemisier blanc, strict ; grand deuil !
Il s’est assis ni près ni loin, les trois autres au fond d’une demie-marée montante escaladent la vague en spiralant au ras de l’écume ? C’est bien, mais avant d’être acceptés au club des Dauphins, il faudra encore quelques années d’évolution ; ou de régression !
- Tu viens m’épouser ?
- Au diable les idées fixes. J’ai épuisé et au-delà les charmes ravageurs de Biarritz. Je rentre à Paris et suis venu dire adieu. Peut-être pas indispensable ; quoi que...
- Donc tu pars. C’est simple, consternant mais simple. Logique aussi, stupide mais logique ! > Et elle a un sourire mouillé qui n’ose pas le regarder.
- Toi, moi, sommes une montagne d’imbécilité qui refuse l’effondrement. En rajouter un peu n’y changera rien.
Elle hésite une minute, se rapproche.
- Il (Surf) n’est pas fou, obsédé par sa vague, mais pas fou. Ton apparition, nos entretiens en solo, il n’y a rien vu de fortuit. Hier il a dit pour une fois très sérieux que j’allais devoir faire des choix et m’a officiellement demandé de l’épouser. C’est vraiment un brave type et un bon copain. Il sait que je l’aime bien. Je lui ai tout de même répondu que je n’éprouvais aucun amour pour lui ; que j’avais aimé un autre garçon, que cela n’avait pas collé mais que je te ressemblais sur ce point et me sentais incapable d’en aimer un autre. Alors il m’a soufflé en répondant :
- Ça, on savait, on avait tous compris. Mais ça n’a pas de sens : moine, nonne, les siècles ont passés, cela ne signifie plus rien. Je sais que tu rêves de beaucoup de choses et ton attitude avec les petits mômes est parlante. Épouse moi, tu auras tout. Et pour l’amour, on essaiera de lui faire jouer phénix ; à qui perd gagne.
Je n’ai pas discuté, rien rejeté non plus, je me sens baigner dans une indifférence étrange et il est le moins pire du moindre mal ! None, sûrement pas, vieille fille sèche, pas mieux. Ma beauté, ma jeunesse, je veux que cela serve. L’idée de mourir sans avoir eu d’enfants est terrifiante. Voila !
- Enfants, je peux contribuer, de la conception jusqu'à la mort (du père) rien de plus.
- Je sais, depuis longtemps : fille mère (c’est devenu banal, OK), repos du guerrier et faiseuse d’héritier, salut et basta !
Il se lève fait dix pas rapides vers le boulevard, s'arrête, revient vers elle, se penche, l’embrasse violemment sur la bouche et repart à grandes enjambées.
Elle est seule, seule comme jamais..

°°°°°°
L’Arcouest.

Cinq kilomètres au nord de Paimpol, (ses morues, « les yeux bleus de la Paimpolaise »), s’étend la Pointe de l’Arcouest, plate et rocailleuse dans un joli écrin de verdure. Renommée « Sorbonne-Plage » par un journaliste facétieux elle fait face à l’île de Bréhat, Eden breton. L’été, on y croise les fantômes de Pierre et Marie Curie, de leur gendre et fille Frédéric et Irène Joliot-Curie, de la famille Perrin, de celle du docteur Roux, des Langevin et tant d’autres. Une boutade locale veut qu’il y ait l’été à l’Arcouest plus de Prix Nobel que de rochers au mètre carré ! Pourtant les rochers abondent. Au bout de la route et en granit de Kersanton, les Curie et l’hymne à l'atome sont bien présents dans un monument érigé à leur gloire. Le scientifique, cela effraie toujours un peu le vulgum pecus, de telle sorte que même en été le lieu est en général calme et serein. Il faut toutefois faire abstraction du courant continu de touristes qui se dirigent en rangs serrés vers l’embarcadère des vedettes de l’île de Bréhat.
C’est là, à la sortie de Ploubazlanec qu’est installé le petit chantier naval où il construit des voiliers du genre luxueux pour la plaisance fortunée mais où on accepte avec gentillesse de réparer, radouber quelques barques de pêche locales voir un cotre chalutier.
Il y conçoit et dessine des carènes futuristes mais très techniques, puis les construit en utilisant exclusivement des matériaux nobles tels le teck et l’acajou tout en les dotant d’un équipement électronique de haut de gamme. Quatre compagnons œuvrent avec lui dont l’un s'enorgueillissant d’un titre de meilleur ouvrier de France. Si l’on tient compte du prix que sont prêts à payer certains multi-millionnaires américains pour pouvoir dire aux amis et relations qu’ils ont en fait de « yacht » « the best in the world » tout le monde sur le chantier gagne très bien sa vie, à commencer par lui même.
Dans l’île de Bréhat, paradis où ne circulent que des vélos, un tracteur agricole et quelques ânes tirant de petits charretons, il a fait l’acquisition d’une maisonnette de pêcheur en granit et toit de chaume qu’il a confortablement aménagée pour y vivre agréablement. Ni petite, ni grande elle offre cependant une vaste pièce avec cheminée, au plafond bas, pleine de faïences et de cuivres jadis utilitaires et aujourd’hui décoratifs, douce à vivre et chaleureusement désuète. Un joli hors-bord lui permet de faire régulièrement la navette entre l’île et le « continent »
N’ayant plus ni attaches, ni obligations parisiennes, il s’est défait de son appartement évoquant des souvenirs douloureux et ne quitte plus guère son aire bretonne.
Il lui arrive souvent, à la tombée du jour, assis sur le pas de sa porte, la pipe au bec de se dire qu’il est vraiment taré de vivre ainsi, sans rires d’enfants dans la maison sans un doux collier de bras qui viendraient se nouer autour de son cou. Puis il entend une voisine, jeune, jolie, qui houspille son « homme » rentrant trop tard d’une petite beuverie entre copains alors qu’elle vient de se taper une grosse lessive, et que elle aussi elle aimerait aller boire une goutte avec ses copines, et que, et que... Bon il a promené des touristes toute la journée ; alors un petit rhum entre marins, c’est tout de même pas un crime ! Et puis, il lui a rapporté un superbe congre :
- regarde. Belle pièce, quatre kilos au moins ! Elle reste méfiante :
- Il est nettoyé, vidé, paré ?
- Ben non...
- Alors tu t’y colles, de suite !
Il élève la voix :
- Oh, là, hé...
Elle est encore en colère, mais elle rit :
- Tu la veux ta matelote, monsieur le mâle dominant ? Alors au boulot...
Toujours sur sa margelle de pierre il se ressaisit : marié ? Jamais !

Deux années passent.

Maintenant, sa réputation est faite ; très loin. Il n’a guère de clients français ; il disent qu’il est trop cher. Ils ont des sous, mais ils ne veulent pas le montrer ; c’est français ! De la terre, des maisons, c’est discret, ça se fond dans le paysage. Quoi est à Qui ? Seuls les notaires savent vraiment. Les actions, les obligations : en compte bancaire, secret pro, pas vu pas pris ! Mais un gros voilier, c’est ostentatoire et ça coûte cher au parking et à l’entretien. Chacun sait ça !
Par contre, de l’américain, fortune faite et qui tient à le montrer, de l’anglais gentleman portant cravate de son Yatch-club ou du business-man australien qui rêve de la Cup of América, ça, il a !
Quatre bateaux par ans, pas plus. On compte un million le mètre linéaire majoré des options « sur mesure » ce qui fait tout de même un chiffre d’affaires d’environ cent/cent vingt millions d’euros annuels.
Cette année il a construit trois goélettes et un cotre, gréés en aurique avec pour le cotre la possibilité d’un mat de tapecul. Des bateaux très classiques dont il a dessiné et calculé les lignes avec amour leur donnant élégance et finesse ; robustesse aussi et tenue à la mer sous pratiquement toutes les allures. Par deux fois il a traversé l’Atlantique pour livrer à Boston et à Miami à des millionnaires américains retirés des affaires les deux premières goélettes : vingt-deux mètres sur six mètres trente, pin, teck, acajou ; trois cent trente mètres carrés de toile pour le gréement ; quatre grandes cabines doubles avec salle d’eau complète et 3 WC indépendants, un carré et un ilot technique grand luxe avec ce qui se fait de mieux comme matériel hight tech, une plage arrière genre salon d’hiver et de la réserve : trois tonnes de fuel pour les deux moteurs in-board de quatre cent quarante HP ; sept tonnes d’eau et une installation de désalinisation ; réseau 24 et 220 volts. Congelo-frigo, lave-linge ; toutes manœuvres du gréement automatisées permettant de jouer au navigateur solitaire. Le troisième, identique mais avec cabine d’équipage avant, a été livré aux Bahamas à un armateur Franco-anglo-américain et un peu black qui veut organiser des croisières de luxe à la voile dans toute la Caraïbe.
Le cotre ne fait que quinze mètres sur cinq et il lui a donné le design le plus moderne en trichant un peu pour lui procurer une allure de lévrier des mers qu’il n’est pas, tout en respectant un « bassin » large et puissant bien assis sur l’eau. Il lui a été commandé par un original un tiers français, un tiers arménien et un tiers... Rien du tout, un apatride sympathique basé à Villefranche-sur-mer qui veut vivre à bord et faire de la vraie pêche ; il voulait même des tangons sur chaque bord pour y frapper des lignes de pêche comme sur les thoniers d’autre-fois. Il a bien tenté de lui faire mesurer l’incompatibilité entre un carré-salon et des aménagements ultra-luxueux et les contraintes salissantes, odorantes et envahissantes du travail de pêcheur ; l’autre n’a rien voulu entendre. Alors il lui a aménagé la plage arrière de façon aussi pratique et professionnelle que possible en le prévenant que s’il chalutait et ramenait deux tonnes de poisson d’un coup (peu probable, mais... ) il ne faudrait pas qu’il s’étonne s’il en retrouvait partout dans le cockpit ! Cela ne lui plaisait pas trop d’accoucher ainsi d’un bateau bâtard, mais au-dessus d’un certain prix on ne discute pas les fantaisies du client !

Deux ans de nouveau.

Un billet laconique est arrivé par la poste :
"Dernier rappel ; dernière chance. J’ai accepté d’épouser Surf ; le mois prochain. Veux-tu me marier ? Réponse urgente. Je t’en prie, dis oui ; ne nous tue pas !" >
Alors il a répondu plein de regrets, de remords, de colère, de tout :
"Question inacceptable. Très mauvais choix mais tous mes vœux t’accompagnent. Indique moi la date afin que je sable le champagne au nom de Sainte Bêtise ! "
Deux intransigeances dos à dos. Tragique et dérisoire ; deux suicides virtuels. Donner une suite réelle ? Jamais : vivre est unique, un don merveilleux quoi que boiteux par manque de pérennité. Vivre en souffrant vaudra toujours mieux que mourir et n’être plus !
Au jour dit, il a fait porter à son domicile un gros bouquet de roses écarlates avec une fleur noire (ou presque) plantée en son milieu. C’est puéril, il sait mais humain aussi ! Dans le même registre il s’est vêtu tout en noir puis à rejoint l’assistance qui applaudissait ces deux fous... Et elle était en blanc ; défi, inconscience ? < «Tout en blanc, elle était belle, les passants ne voyaient qu’elle » >. N’est-ce pas Jo Dassin qui chantait cela ?
Bien sûr, elle l’a vu, l’autre aussi... Il est reparti vite, vite ; sa bouteille l’attendait. Sans petits pains au chocolat.
Ils vont vivre en enfer rapidement, même avant ! Il lui reprochera de refuser de l’expulser de sa pensée, de faire l’amour par devoir et obligation en pensant à un autre. Elle lui en voudra sans cesse de n’être pas moi. Et mon enfer à moi : l’imaginer en train de surfer sur elle...
On a beau dire le sexe ce n’est rien, ça passe. Tu parles ! C’est essentiel, central, mondial, vital, à l’origine de tout, du tout...
L’affection, la tendresse, l’oubli de soi, les petits soins à l’autre, c’est l’ornementation, le décor, l’affirmation revendiquée d’une civilisation d’origine chrétienne. Un joli emballage cadeau tout empli de poussières d’étoile !
Le sexe sans tendresse c’est vulgaire, moche mais ça marche. La tendresse sans sexe c’est artificiel, du faux semblant hypocrite. Rien à faire, les deux font un couple ; l’affection amoureuse : de la triche ; la fusion dans un creuset unique des rancœurs, dépits et abandons, toutes les usures et routines exaspérantes de la vie avec le souci de se sentir bien, honorable, respectable et soucieux de l’autre ; gratuitement. Ce n’est rien !
La rage au cœur, la peur au ventre face au temps qui file sous les blessures qui mordent là où cela fait le plus mal.


Trente et une années se sont écoulées. L’heure de la retraite.

Il est devenu un notable respecté tout autour de l’Arcouest. De son chantier sont sortis plus de deux cents voiliers de grand luxe conçus et construits par lui ; de véritables «dream-cars » de la mer. Il est si gentil, aimable avec tous, chaleureux ! On le trouve parfois un peu bizarre. On a jasé aussi, discrètement. C’est vrai un beau gars comme ça, riche, instruit, sans femme, sans enfants, sans visites. Toujours à l’atelier, en mer ou claquemuré chez lui dans l’île. On l’a observé, surveillé, surtout les vieilles : rien, totalement cool, net, propre...
Il a décidé de mettre fin à ses activités et a partagé tout le chantier avec ses neuf compagnons en forme de société coopérative ; chacun une part. Sa succession elle sera assurée, tous sont d’accord, par le plus jeune de l’équipe qui n’a que trente-cinq ans d’expérience mais sa jolie médaille de meilleur ouvrier de France. Ça vaut tous les diplômes !
Le soleil commence à pencher vers l’Amérique. Tout à l’ heure, les petits nuages qui paressent dans le bleu du ciel vont se charger d’incandescence, virer au rouge, au cramoisi, au violet et la crête des vagues s’emplumer d’aigrettes oranges.
Assis sur un rocher plat devant sa chaumière, les jambes balançant au-dessus de l’insondable abime dont les parois font rejaillir les vagues en gerbes d’écume ; pensez, un creux de presque trois mètres !
Le soleil projette une ombre démesurément longue à ses côtés... Elle s’assied sans un mot.
Il tourne la tête et la dévisage, une jolie dame dans ses âges :
- On s’est connu, non ? Je veux dire, il hésite, bibliquement.
Merveilleux souvenirs, poussiéreux, envahis par les toiles d’araignées.
« La pendule, vieille souris, grignote un morceau de nuit »
- ? Comprend pas !
- Rien, une très ancienne chanson de mômes.
- J’ai deux garçons que je vois rarement : visites à la va-vite , un coup de fil de loin en loin : C’est moi, tu vas bien ? Bon à plus, c’est raccroché !
Je suis grand-mère : deux garçons, deux filles ; terminé. Je les connais à peine. Quand on se voit dix heures par an on se connait pas !
Je suis veuve aussi.
- Je sais.
- Il a voulu aller chercher la vague de tous ses rêves jusqu’en Polynésie. Il l’a trouvée, l’a mariée ; elle l’a gardé!
Tu veux m’épouser ? Avec du pot on aurait encore vingt ans ensemble.
- Pour faire quoi ?
- Je viens de le dire : être ensemble.
- Sans intérêt ! Mais tu peux t’acheter, ou louer, une maisonnette dans l’île. On se fera des visites pour boire un thé. De temps en temps on ira promener sous les arbres dans les chemins creux. On pourra même aller jusqu’au phare à l’autre bout de l’île pour voir se coucher le soleil du haut de la falaise. Bref en petit ce que tu aurais pu faire avant en grand.
- Avant ?
- Tout ce gaspillage consternant ; logique mais consternant !> Elle a un rapide sourire.
- Tu avais cent fois raison, tort, mais cent fois raison. Je me suis offert un mari qui m’a mise dans une jolie maison avec des fleurs et tout et tout. Je lui ai fait deux enfants dont il était fier. Il a passé son temps dans son bureau ou sur ses vagues et j’ai vécue seule. Tout ce que tu me proposais, j’ai eu ; sans toi. Trop, beaucoup trop cher payé...
Alors, tu m’épouses ?
Il hausse les épaules. Elle secoue la tête.
- Je savais. Mais je voulais entendre. J’ai retenu un studio à Biarritz dans une résidence pour personnes vieillissantes, tous services, restauration, médecin, clinique, ambulance et cimetière à proximité ; le pied.
Elle se lève, se penche, l’embrasse comme on meurt. Disparue !
Ils sont tragiquement, définitivement seuls !

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extialis
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MessageSujet: Re: Regards sur l'avenir...   Mer 25 Avr - 11:41

pfiou!

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le tome un sur numériklivres :gahila
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Margaux1999

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MessageSujet: Re: Regards sur l'avenir...   Mer 25 Avr - 12:08

J'aime Bien..
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Gallingham

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MessageSujet: Re: Regards sur l'avenir...   Jeu 3 Mai - 9:11

J'ai enfin tout lu, survolé quelques passages.
J'ai repéré pas mal d'erreurs (orthographe, accords...)
Sinon, pour le style, bin j'ai accroché par moments et décroché à d'autres. Parfois, ça passait bien, d'autres fois je trouvais que ça faisais trop. Et je me suis aussi pas mal perdu dans certains dialogues, genre: qui c'est qui parle là?
Surtout qu'ils parlent beaucoup, nom di djiouuu!
A part ça, elle est sacrément tenace cette femme là
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