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 Les Chroniques de la Terre de Riom

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Manon

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Date d'inscription : 09/06/2014
Age : 29

MessageSujet: Les Chroniques de la Terre de Riom   Mar 10 Juin - 9:26

Allez, je me lance !

Je ne me suis inscrite qu'hier, mais je me permets d'ores et déjà de publier un texte. Il est un peu long, donc j'espère que vous n'en n'aurez pas marre avant la fin.

Pour situer un peu les choses : ça fait un an que j'ai commencer à écrire la version "définitive" du roman auquel je pense depuis presque 15 ans. Bon, en la matière, rien n'est jamais définitif : j'ai déjà du relire et corriger à 3 ou 4 reprises les premiers chapitres. Pour l'instant, j'en ai écrit 46, et re-travaillé sérieusement les 10 premiers. Ma mère a la gentillesse de les avoir lus et d'avoir donné son avis. Je cherche cependant maintenant des avis "extérieurs", qui seront certainement plus acérés (j'ai cru remarquer que Demi-Tour n'y allait pas par 4 chemins, c'est bien !).

Donc voilà, je vous laisse découvrir le premier chapitre, pour ceux qui en auront le courage (il fait tout de même 14 pages sur word, ce qui risque de faire un bon gros pavé ici).

J'ai lu que l'on devait attendre une semaine avant de pouvoir publier des liens externes, j'attendrai donc pour vous indiquer l'adresse de mon site web où on peut trouver les 9 premiers chapitres ainsi que des illustrations et des articles type "encyclopédie" sur la Terre de Riom (prononcez "riôme").

Dernière précision : le titre n'est pas définitif. Comme je n'arrive pas encore à mettre la main sur un titre court, simple, percutant, j'ai décider de faire dans le "classique". Au moins, ça donne un peu le ton.

Bonne lecture aux courageux ! Smile


Chapitre 1 (1ère partie)
 
 
 

 
Les yeux encore clos, la jeune fille sut que cette journée serait une dure journée. Même à l’intérieur des dortoirs, le froid mordant de l'hiver se faisait âprement ressentir, et sa maigre couverture n’avait pas suffi à la tenir au chaud pendant la nuit, malgré le feu qui brûlait dans l’âtre. A cette heure matinale, seules quelques braises en train de mourir subsistaient encore dans la cheminée, et les lueurs de l’aurore amenaient avec elles la vague de froid humide caractéristique du lever du jour.
Les cloches de Prime sonnèrent de nouveau, et déjà l’agitation gagnait la chambrée. Les filles quittaient leur couche, s’habillaient et se préparaient en chuchotant, afin de ne pas éveiller la colère d’une sœur qui se serait levée du mauvais pied.
-          Symbile, dépêche-toi de sortir du lit. Tu vas encore être la dernière debout, lui conseilla Amlynn, une jeune fille maigrichonne, tout juste sortie de l’adolescence, mais qui paraissait y entrer à peine.
L'interpelée ouvrit péniblement les yeux, et ne vit que le chignon châtain de son amie s’éloigner hâtivement vers la porte de sortie. Le martèlement des sabots des jeunes orphelines qui prenaient la même direction qu’Amlynn incita Symbile à se rouler en boule sous ses draps, les mains sur les oreilles. 
De tels bruits devraient être interdits au réveil ! Le réveil lui-même devrait être interdit. Tout comme ces maudites cloches qui carillonnaient au moins pour la troisième fois. 
Mais les cloches s’arrêtèrent de sonner, ce qui, malgré les apparences, était à coup sûr de très mauvais augure. Les appréhensions embrumées de sommeil de la jeune fille furent confirmées par le beuglement disgracieux et tonitruant de sœur Fanny :
-          Debout là-dedans !
Symbile sortit la tête de sous ses draps et croisa les petits yeux de vautour de la nonne furibonde.
-          Toi ! hurla-t-elle. Où est-ce que tu te crois ?! 
-          Comment ça ? questionna la jeune fille, d’un air innocent. Les cloches de Prime ont sonné ? Je ne les ai pas entendues…
-          Lève-toi immédiatement et file au réfectoire ! aboya la nonne indignée. J’espère que tes petites amies ne t’auront rien laissé ! Travailler toute la journée le ventre vide, voilà tout ce qu’une vermine de ton espèce mérite ! Debout ! Tout de suite !
Symbile sauta de son lit et atterrit sur le sol en pierres glacées du dortoir. Elle se défit en hâte de sa chemise de nuit défraîchie et rapiécée et attrapa en priorité la paire de bas de laine – trouée, évidemment – située sur le coffre au pied de son lit. Ce coffre contenait tout ce qu’elle possédait au monde – autrement-dit, pas grand-chose. Quelques habits de rechange, des dessins réalisés dans sa jeunesse, ainsi que des jouets en bois, la plupart fabriqués de ses propres mains avec des morceaux de planche ou de branche, et des bouts de corde. Lorsqu’on était une orpheline internée dans un établissement religieux, il ne fallait pas espérer de cadeaux d’anniversaire – d’autant plus que la date de celui-ci était rarement connue. Les jeunes pensionnaires des lieux avaient donc pris l’habitude de se confectionner elles-mêmes leurs jouets et la plupart de leurs vêtements. L’orphelinat étant pauvre – très pauvre même –, seuls les besoins de première nécessité étaient assurés par le Temple et, manifestement, une poupée ne rentrait pas dans cette catégorie.  
De plus, consciencieusement dissimulés sous ses vêtements, quelques livres dénichés dans la bibliothèque attendaient d’être ouverts à l’heure du coucher, à l’abri du regard des nonnes.
Après avoir enfilé le reste de ses vêtements d’hiver – une jupe en laine grise, une chemise qui fut jadis blanche, un veston en peau de mouton râpée et une cape de laine noire accompagnée d’une écharpe rêche – la jeune fille attrapa ses sabots à la main et sortit en trombe de la pièce, sous le regard haineux de sœur Fanny, qu’elle se garda bien de croiser.
La haine farouche que lui vouait la nonne était totalement réciproque et, malheureusement, seule la religieuse avait le pouvoir de lui faire payer cette animosité. Symbile devait se contenter du plaisir de lui casser royalement les pieds, tout en prenant bien garde de ne pas la pousser à bout, au risque de s’exposer à des conséquences désastreuses… 
Sœur Fanny était la terreur de l’orphelinat. Sa cruauté n’avait d’égale que sa laideur, et ça n’était pas peu dire. Fort heureusement pour les pensionnaires, la relative bonté – ou plutôt neutralité – de la Mère Supérieure permettait de brider un peu ses penchants pour les punitions corporelles systématiques et consciencieuses. 
Symbile avait néanmoins bien conscience que le moindre dérapage supplémentaire pourrait lui valoir quelques bons coups de martinet. Elle se dirigea donc en hâte au réfectoire, mais sans précipitation excessive, se gardant bien de courir ou de s’agiter. Une jeune fille bien élevée se devait d’avoir l’air calme en toutes circonstances. Sœur Fanny aurait été trop heureuse d’avoir une nouvelle occasion de la traiter de gamine irrécupérable, de démon, ou autre calamité. 
Arrivée dans l’ancienne chapelle, qui tenait maintenant lieu de cantine,  Symbile nota que toutes les jeunes filles avaient terminé de prendre leur petit déjeuner. Les rares orphelines encore présentes s’affairaient à nettoyer les longues tables de bois sombre où elles prenaient leurs repas. Amlynn était toujours là, et désigna un petit baluchon posé au coin de l’une d’elles.
-          Tiens, je t’ai mis deux ou trois choses de côté avant que tout soit mangé. 
-          Merci beaucoup…
-          J’y vais. Dépêche toi surtout !
-          Promis…
Symbile s’assit devant le baluchon et déplia le torchon. Elle y découvrit un morceau de pain, un autre de fromage, une orange et une tranche de lard fumé. Amlynn lui en avait gardé une bonne portion ! Elle était ravie. Son enthousiasme fut cependant rapidement douché par la qualité plus que médiocre de la nourriture : le pain était rassis, le fromage franchement affiné et le lard dur comme une semelle de chaussure… Elle décida donc de garder l’orange pour la fin, histoire de terminer sur une note plus douce. 
La jeune fille entendit des bruits de pas derrière elle mais ne se retourna pas. Elle avait reconnu la démarche lourde de la nonne. Elle sentait son regard malveillant dans son dos alors qu’elle faisait tant bien que mal glisser son petit déjeuner à grand coup de gorgées d’eau. Elle était persuadée que sœur Fanny fulminait de la voir manger sans se presser outre mesure.
-          Vas-tu te hâter un peu, petite merdeuse insolente !
Symbile eu un hoquet de surprise. Il lui semblait bien que c’était la première fois qu’elle entendait la nonne jurer aussi ouvertement et vulgairement, avec autant de hargne, même à son encontre. Elle prit une gorgée d’eau pour faire glisser le pain et le fromage, puis se tourna vers la religieuse.
-          Je me dépêche autant que me le permet ce que je suis en train d’essayer d’avaler, et qu’on appelle ici « petit déjeuner » ! lança-t-elle sèchement. 
La nonne vira soudain à l’écarlate. La jeune fille avait eu conscience que répondre avec autant d’aplomb et si peu de déférence ne pouvait que lui attirer des problèmes, mais l’occasion avait été trop tentante. Et pour sa défense, la seule présence de sœur Fanny lui donnait envie de taper dans les murs… Mais lorsqu’elle la regarda dans les yeux, Symbile se rendit compte qu’elle était sur le point de passer un très mauvais quart d’heure, voir même de se prendre une correction musclée. La sœur était tendue au point de donner l’impression d’être au bord de l’implosion. Son visage était cramoisi, ses phalanges blanchies sous la pression exercée par ses poings fermés. Sa lèvre inférieure était agitée de tremblements incontrôlés tout comme son œil gauche : un signe sans équivoque de l’ouragan qui allait se déchaîner sur la jeune fille.
D’aussi loin qu’elle se souvienne, Symbile n’avait jamais vu la mégère aussi laide. Son visage n’avait plus rien d’humain, mais tenait bien plus du démon des Abysses – autant que la jeune fille pouvait en juger, d’après ses lectures.
-          Toi ! hurla sœur Fanny, en pointant sur elle un index à la fois crochu et boudiné. Je vais te faire payer ton insolence ! Je vais te faire payer ton existence même ! Ton existence qui est une insulte à mes yeux et à ceux du Seigneur ! Sale petite pute démoniaque, tu mériterais de crever les tripes à l’air ! 
Symbile en resta sans voix. Fort heureusement pour elle, elle n’avait pas un vieux morceau de pain sec dans la bouche, auquel cas elle aurait été bien en peine de pouvoir l’avaler.
La nonne, jusqu’alors à une distance respectable, commença à s’approcher de la jeune orpheline, qui se demanda sincèrement si la vieille peau était capable de la tuer là, maintenant, comme le laissait présager son discours et supposer l’expression de son visage…
Alors que la religieuse arrivait à quelques pas de la jeune fille, la porte du réfectoire s’ouvrit à la volée, brisant le silence morbide et oppressant qui habitait la pièce après les vociférations de la nonne.
-          Mais qu’est-ce que c’est que tout ce vacarme ?! s’indigna une voix ferme et autoritaire.
Symbile soupira de soulagement. Bien qu’elle tournât le dos à la porte, elle avait reconnu la Mère Supérieure. Elle était sauvée… 
Sœur Fanny sembla sortir de sa transe meurtrière et s’inclina devant sa supérieure hiérarchique.
-          C’est ce cancre de Symbile, Ma Mère, qui fait honte à tous les efforts et à toute la générosité dont fait preuve le Temple pour subvenir à ses besoins…
-          Et pourquoi est-elle toujours là, à cette heure-ci, celle-là ? Allons, réponds !
-          Je… je me suis levée en retard, Mère Sup…
Mais Symbile fut interrompue avant d’avoir pu avancer plus de justification.
-          Mademoiselle « n’a pas entendu les cloches de Prime » ! jubila la nonne. De plus, il semblerait que le petit déjeuner ne soit pas à son goût…
-          Eh bien, si elle n’entend pas celles de Prime, elle n’entendra donc pas celles de Sixte ! Et maintenant décampe d’ici, immédiatement !
Symbile ne se fit pas prier : elle avait une occasion d’échapper à sœur Fanny et devait la saisir sans tarder. Elle fourra l’orange dans une de ses poches et enroula les quelques restes de pain et de fromage dans le torchon, puis s’enfuit à toute allure sans jeter le moindre regard en arrière, mais en prenant néanmoins le temps de s’incliner aussi bas que possible en passant devant la Mère Supérieure.
L’élan de la jeune fille fut cependant stoppé net par un mur invisible au moment où elle passait la porte principale du réfectoire, qui menait directement sur la cour de l’orphelinat. Le vent glacial l’avait foudroyée sur place et elle dut se faire violence pour ne pas reculer et retourner se réfugier dans la relative douceur du bâtiment. Elle ramena les pans de sa cape sur sa poitrine, resserra son écharpe autour de son coup, pris son courage à deux mains et s’engagea à l’extérieur. Il fallait bien qu’elle s’y fasse car elle devrait passer toute la journée dehors, de toute manière.
Au moins, aujourd’hui, il ne pleuvait pas. Le temps était relativement clair, bien qu’une bise hivernale soufflât sans discontinuer.
Symbile se dirigea vers l’extrémité Est de la cour, traversa une partie du potagers que les pensionnaires et les nonnes cultivaient le reste de l’année, et arriva à la limite de l’important terrain qu’occupait l’orphelinat. Les bâtiments étaient ceints par un imposant mur de pierre datant de leur construction, il y avait environ deux siècles. Or, dans cette zone, l’ouvrage, difficile d’accès, n’avait pas été entretenu correctement et avait subi les assauts de la végétation et des intempéries pendant des décennies. Lors des grandes pluies d’automne, de l’eau s’était infiltrée à la base du mur grâce aux racines des différents buissons ayant élu domicile à ses pieds, et avait gelée pendant l’hiver – particulièrement rigoureux cette année – faisant craqueler la pierre et fissurer dangereusement le vieux mortier qui permettait à l’édifice de tenir debout.
Les orphelines les plus âgées s’étaient vu attribuer la lourde tâche de faire tomber la portion fragilisée de l'enceinte – longue d’une centaine de pieds – et de la remplacer. Le travail était difficile, et les conditions climatiques ingrates, c’était pourquoi un roulement de trois jours avait été mis en place, leur permettant ainsi de ne pas se tuer au travail ou de tomber inutilement malade. En attendant le prochain tour, elles s’occupaient des tâches habituelles de l’hiver : veiller à ce qu’il y ait une réserve suffisante de bois de chauffage près de chaque cheminée de l’orphelinat, repriser les couvertures, manteaux ou  tous autres travaux de couture, réparer, ranger… en résumé : se concentrer sur les travaux d’intérieur. 
Les orphelines plus jeunes, quant à elles, suivaient la classe de sœur Béatrice le matin et s'acquittaient des corvées les plus simples pendant le reste de la journée.
Étonnamment, Symbile était presque tous les jours dans l’équipe qui s’occupait du mur…
En réalité, l’explication était très simple : sœur Fanny avait trouvé dans cette activité une formidable occasion de mener la vie la plus dure possible à la jeune fille, sans que cela n’éveille trop les soupçons. Évidemment, les camarades de Symbile n’étaient pas dupes, et cette dernière aurait très bien pu se plaindre à une autre sœur, voir même à la Mère Supérieure. Malgré tout, elle était intimement persuadée qu’elle le regretterait encore plus, et cet état de guerre permanente entre les deux femmes était devenu une telle habitude que Symbile n’avait même plus conscience de l’absurdité de certaines situations.
Amlynn n’avait jamais pu comprendre d’où venait une haine aussi farouche. Évidemment, elle concevait parfaitement que Symbile détestât sœur Fanny – d’ailleurs, qui ne la détestait pas ? – mais tout ceci avait pris une proportion parfois insensée. Depuis sa plus tendre enfance, l'adolescente avait vu son amie être haïe par la nonne. Pourtant, d’après elle, Symbile était une personne charmante et serviable. Un peu dure à sortir du lit, certes, mais toujours pleine de bonne volonté de d’ardeur une fois au travail. Elle la considérait comme une personne douce, relativement souriante, et absolument pas fainéante, comme l’insinuait la religieuse. Il devait y avoir autre chose, c’était la seule explication logique. Mais quel que soit le grief sous-jacent qu’entretenait sœur Fanny avec la sympathique jeune fille qu’était Symbile, cette dernière n’avait pas la moindre idée de sa nature. D’ailleurs, l'orpheline s’en fichait comme d’une guigne depuis des années, tout ce qui l’intéressait était de le faire payer à la nonne.
Amlynn fut tirée de ses pensées par l’arrivée de son amie.
-          C’est bon, tu as pris ton petit déjeuner ? (Symbile opina du chef). Tu n’as pas tout mangé ? l’interrogea-t-elle en voyant le baluchon.
-          Non, j’en garde pour midi…
-          Pourquoi ?
-          Parce que je suis privée de déjeuner.
Amlynn ne répondit rien. Les raisons étaient nombreuses et bien trop évidentes pour qu’une question vaille le coup d’être posée. Ne voyant rien d’autre à ajouter, Symbile posa le paquet sur une pierre à l’écart, attrapa une pelle et s’attaqua à un monticule de gravas, vestige d’un tronçon abattu. 
Malgré le froid mordant de cette fin d’hiver, la jeune fille sentit vite dégouliner des gouttes de sueur dans son dos et laissa tomber son veston et sa cape. Aujourd’hui elle s’acharnait tout particulièrement sur le vieux mur. Avoir l’occasion de se calmer les nerfs en détruisant ne serait-ce qu’une infirme partie de cet endroit maudit lui procurait une certaine joie. Les travaux de reconstruction seraient, eux, beaucoup plus déprimants… 
Construire le mur de sa propre prison, existait-il quelque chose de plus cruel ?
 
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Manon

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Date d'inscription : 09/06/2014
Age : 29

MessageSujet: Re: Les Chroniques de la Terre de Riom   Mar 10 Juin - 9:28

Chapitre 1 (2nd partie)



Les cloches de Sixte sonnèrent. Les cinq jeunes filles laissèrent tomber leurs outils et Symbile attrapa son veston et sa cape, puis rejoignit ses camarades qui se dirigeaient déjà vers le bâtiment principal, l’estomac gargouillant. Après quelques pas, la jeune fille s’arrêta net, se rappelant soudain sa punition. Amlynn se retourna et lança un regard désolé à son amie.
-          Je te ramènerai un petit quelque chose.
-          Ne te fait pas attraper à voler du pain pour moi, surtout. Rapporte moi seulement une gourde d’eau. Il me reste deux ou trois choses de ce matin, je survivrai jusqu’au soir.
-          Oui, mais quand même, j’essaierai.
-          Merci. A plus tard.
Amlynn s’en retourna et Symbile se retrouva seule au pied du mur – au sens propre comme au figuré, avait-elle l’impression. Elle avait environ une heure devant elle avant que ses camarades ne reviennent et elle n’allait quand même pas travailler toute seule… Elle devait ménager ses forces, sans pour autant rester immobile et se transir de froid. 
S’abriter dans l’orphelinat, même sans s’aventurer dans le réfectoire, était trop risqué. Connaissant sœur Fanny, cette dernière avait dû faire passer la consigne de ne pas la laisser entrer, ni dans la cantine, ni même dans le hall. Selon la nonne, la chaleur allait de pair avec le repas, Symbile en avait déjà fait l’amère expérience. 
Elle n’avait donc plus qu’à trouver une occupation pour la prochaine heure. Après être restée immobile quelques instant, elle décida de manger les restes de son petit déjeuner. En dépit de toute la lenteur dont elle fit preuve, le baluchon fut bien trop rapidement vide à son goût.
Elle se retrouvait de nouveau désœuvrée. Et pour couronner le tout, un mauvais goût de vieux fromage s’accrochait à son palais, malgré l’orange qu’elle avait mangée en dernier. Elle attrapa une gourde d’eau, pratiquement vide, et se rinça la bouche.  Vivement qu’Amlynn revienne !
Après avoir tourné en rond quelques minutes, la jeune fille jeta un coup d’œil à la portion détruite de l'enceinte. C’était tellement tentant…
 A tel point que, mue par une pulsion soudaine, elle se précipita vers le mur démoli pour voir ce qui pouvait bien se cacher de l’autre côté.
Symbile, comme la plupart des autres pensionnaires, n’était presque jamais sortie de l’orphelinat, et ne s’était rendu qu’en un seul et unique lieu : le village voisin pour quelques approvisionnements. Tout ce qu’elle connaissait du monde extérieur, venait de ce qu’elle avait pu apprendre des nonnes ou des livres qu’elle lisait. Les jeunes filles avait en effet la chance de bénéficier d’une certaine éducation : elles apprenaient à lire, écrire, faire des calculs simples, et bien évidemment à coudre, cuisiner, tenir une maison… le tout sous la coupe intransigeante d’un enseignement religieux béat mais non moins strict.
Symbile aimait beaucoup étudier et lire. Même si les affabulations du Livre de la Réunification ne l’intéressaient nullement, elles étaient un bon prétexte à sa soif d’apprendre. Elle avait même réussi à dénicher quelques ouvrages dans la bibliothèque qui n’abordaient pas de ce sujet étriqué et souvent rébarbatif qu’était la foi, et passait toujours les dernières minutes de sa journée à lire quelques pages dans son lit, lorsque la fatigue n’était pas trop écrasante.
Des livres de chevalerie et d’aventure, voilà ce qu’elle aurait aimé ! Mais il n’y en avait pas à l’orphelinat. Elle avait cependant trouvé quelques volumes traitant de sujets anodins ou relatant d’événements pseudo historiques sans grande importance, ayant eu lieu dans la région. Elle les avait déjà tous lu à de nombreuses reprises, mais les dévorait toujours comme si c’était la première fois, prenant bien soin de les ranger dans son coffre avant de s’endormir. 
En effet, bien que ni ces ouvrages, ni le fait de lire seule, ne soient proscrits, les religieuses voyaient souvent d’un mauvais œil que les jeunes filles s’amusent à bouquiner librement, ou tout simplement, qu’elles trouvent une occupation qui ne leur aurait pas été imposée. 
Cependant, malgré son éducation et ses lectures « clandestines », la jeune fille avait une vision extrêmement floue du monde qui l’entourait. Au-delà des frontières de Fanaâc, le royaume des Hommes, il n’y avait qu’une brume opaque d’où ne filtrait aucune information, si ce n’était une mise en garde des religieuses : les contrées voisines étaient peuplées de créatures de nature plus ou moins démoniaque, et dont il fallait se méfier comme de la peste, de toute façon. 
Symbile en doutait fort. D’une manière générale, elle prenait chaque information communiquée par les nonnes avec des pincettes. Sa méfiance – et son esprit de contradiction – la poussait même à croire presque systématiquement l’inverse de ce que les sœurs lui inculquaient. Leur vision du monde lui paraissait bien trop manichéenne pour être réaliste. Et, considérant la "bonté" dont était capable de faire preuve Fanny, par exemple, elle se demandait souvent si le noir n’était pas blanc, et si le blanc n’était pas plutôt noir…
D’ailleurs, elle s’endormait souvent en rêvant au monde qui l’entourait, imaginant sœur Fanny dans le rôle de la méchante, régnant sur une citadelle démoniaque, et l'arrivée providentielle d’un beau et brave chevalier venu l’aider à concrétiser son désir ultime : se libérer et détruire la place forte, avant de partir à la découverte du monde à ses côtés…
Mais à ce moment précis, avant les mystères des royaumes lointains, Symbile était fascinée par ce qui se trouvait juste de l’autre côté du mur… A son âge – estimé avec plus ou moins d’exactitude à une vingtaine d’année – elle aurait déjà dû être « placée » : à l’âge de quinze ou seize ans, parfois même avant, les orphelines étaient envoyées au service des seigneurs, commerçants ou fermiers alentours. Suivant leurs talents – et leur chance –, elles finissaient en cuisine, au ménage, en boutique, aux écuries ou aux champs. En somme, elles devenaient au mieux des domestiques, au pire des larbins, sous l’autorité d’un seigneur ou toute autre personne capable de les entretenir. Leur éducation permettait parfois à certaines d’entre elles d’accéder à un statut un peu plus enviable, notamment en devenant nourrice.
Symbile aurait dû quitter cet endroit depuis déjà quatre ou cinq ans mais, manifestement, l’orphelinat ne semblait pas vouloir la laisser partir. Chose étonnante, au regard de l’animosité de sœur Fanny, qui était l’une des nonnes chargées de trouver un placement pour les jeunes filles en âge. On aurait pu croire que cette dernière aurait sauté sur la première occasion de se débarrasser de l’orpheline, mais apparemment elle n’avait pas encore trouvé de situation suffisamment désagréable pour elle. En tous cas, c’était ce que s’imaginait Symbile.
Elle avait pensé à plusieurs reprises s’en aller et se débrouiller par elle-même. Il n’était certainement pas impossible de s’enfuir de cet endroit, de sortir discrètement du dortoir au milieu de la nuit et d’escalader un mur. D’autant plus qu’en ce moment l’un d’entre eux avait un trou  béant dans le ventre. Mais Symbile, malgré sa faible connaissance du monde qui l’entourait, avait bien conscience qu’une jeune fille livrée à elle-même n’avait pas beaucoup de chance de trouver une meilleure vie que ce qu’elle avait déjà ici. Et au moins, à l’orphelinat, elle n’était pas seule et n’était pas exposée aux nombreux dangers qui attendaient une jeune demoiselle sans défense… 
Ainsi, elle se contenterait pour le moment d’une exploration rapide des proches alentours. Mais rien que cette perspective l’enthousiasmait à un point tel que sa respiration commençait à s’emballer dangereusement. Elle sentait ses tempes battre au rythme effréné de son cœur et elle enjamba, fébrile, les gravas qui avaient remplacés le vieux mur. Le terrain situé derrière était assez escarpé et envahi de végétation, si bien qu’elle faillit s’étaler de tout son long à plusieurs reprises en descendant la colline sur laquelle était juché l’orphelinat.
Arrivée en bas de la pente, elle découvrit un terrain dégagé, traversé par une piste tortueuse. Ça n’était pas la route principale de la région, si bien que peu l’empruntaient : elle était principalement utilisée par des convois apportant du bois de construction ou de chauffage de l’immense forêt, plus à l’Est. On disait même que dans cette direction, il n’y avait que des bois : plus de routes, plus de villages, plus de civilisation. Juste une gigantesque et interminable forêt. Et que ceux qui s’y aventuraient trop profondément ne revenaient jamais, car elle était habitée par des êtres maléfiques.
Symbile, malgré son scepticisme concernant ce genre d’informations, ne put réprimer un frisson. 
Mais elle se ressaisit rapidement. De toute façon, elle ne s’aventurerait pas à plus de quelques arpents de l’orphelinat. Elle n’avait pas le temps d’aller plus loin et elle avait le sentiment qu’une quantité phénoménale de choses à découvrir l’attendait aux alentours, notamment le simple bonheur de se savoir en dehors de l’horrible lieu dans lequel elle avait vécu toute sa vie, ou du moins, toute celle dont elle se souvenait.
Cependant, confrontée à cette liberté tant désirée, elle ne sut qu’elle direction choisir. Il n’y avait pourtant qu’une alternative : à droite, ou à gauche. Cette décision ne conditionnerait – au mieux – que les trente prochaines minutes de sa vie, et pourtant, elle se retrouva immobile sur la piste, incapable de s’élancer.
Elle n’eut cependant pas à se torturer bien longtemps, car le destin fit un choix à sa place : un léger nuage de poussière s’élevait à l’extrémité Est de la route. Après quelques secondes passées à l’observer, Symbile en vint à la conclusion que le nuage se rapprochait d’elle. Néanmoins, le terrain environnant – très vallonné – cachait à sa vue la source du phénomène, mais un bruit, comparable à un roulement de tonnerre, monta bientôt à ses oreilles. La jeune fille ne se rappelait pas avoir déjà entendu un tel son, pourtant, il lui inspirait quelque chose de presque familier…
… Des cavaliers !
Paniquée, Symbile se précipita sur le bas-côté, derrière un fourré qu’elle espérait capable de la dissimuler aux yeux de la troupe qui arrivait dans sa direction. Autant qu’elle pouvait en juger, ils devaient être très nombreux… Une armée peut être ?
La jeune fille resta tapie derrière son buisson, le souffle court, à la fois anxieuse et excitée. Elle n’eut pas à attendre très longtemps avant de voir débouler les cavaliers à son niveau. Et elle ne put résister à la tentation de jeter un coup d’œil par-dessus son abri.
Des cavaliers ? Non, des chevaliers ! Ils arboraient d’impressionnantes armures, et semblaient armés jusqu’aux dents. Le nuage de poussière qu’ils soulevaient derrière eux, malgré leur nombre finalement peu important, fondit alors sur elle, fouettant son visage, brûlant ses yeux et lui arrachant une quinte de toux douloureuse.
Alors qu’elle crachait ses poumons sur le bas-côté, elle ne vit pas les cavaliers ralentir l’allure, s’arrêter – quelques dizaines de toises plus loin – puis faire demi-tour. Quelle ne fut donc pas sa frayeur de lever les yeux sur un visage ingrat, apparaissant au-dessus du buisson derrière lequel elle se planquait, alors qu’elle reprenait enfin son souffle.
-          Oh ! Tout doux ! s’exclama l’homme qui avait mis pied à terre, alors que la jeune orpheline poussait un hurlement de terreur en se jetant sur le côté.
-          C’est ta sale tronche Ben, c’est normal qu’elle ait peur la donzelle ! railla un de ses compagnons.
Le fameux Ben se contenta d’un regard en arrière, accompagné d’un grognement exaspéré. Mais il focalisa très rapidement son attention sur la jeune fille.
-          D’où est-ce que tu sors toi ? 
-          Je… de… de l’orphelinat, là-haut, répondit-elle en esquissant un geste derrière elle.
Le chevalier regarda vers le sommet de le colline et eut pour toute réaction une grimace des plus disgracieuses.
-          C’est un orphelinat ce truc ? Mazette… j’ai toujours cru que c’était une prison…
-          Plus depuis des années, Ben ! ajouta quelqu’un dernière lui.
Ben grogna. C’était manifestement un de ses moyens de communication favoris. Il tendit la main vers Symbile qui gémit de peur et de surprise.
-          N’ayez pas peur mam’selle, c’est pour vous aider à vous remettre sur vos deux quilles. 
-          Mer… merci, geignit la jeune fille en acceptant l’aide du soldat.
Symbile se remit prudemment debout et s’avisa qu’elle était couverte de poussière et de vieilles feuilles en décomposition. Elle s’épousseta énergiquement. Elle se devait de bien présenter devant des chevaliers ! Même si elle n’était qu’une simple orpheline sans intérêt, elle voulait se montrer digne de parler à ces hommes de valeur.
Le cavalier la reluqua de la tête au pied. Elle était maigre et sale, mais il avait vu bien pire. D’ailleurs, sous sa crasse et ses mèches rebelles, elle était plutôt jolie à regarder. Il ne lui manquait vraiment pas grand-chose pour être attirante : un bain, un coup de peigne et quelques kilos bien placés… Mais ses grands yeux verts et son petit minois timide encadré par ses boucles brunes lui convenait tout à fait. Il avait connu des filles de joie moins bien attifées, largement, et après quelques jours de voyage, il ne voyait aucune raison de faire le difficile.
-          Vous… vous revenez de la grande forêt ? hasarda Symbile.
-          Ouaip !
-          Et… où est-ce que vous vous rendez, mes seigneurs ?
-          Mes seigneurs ? Eh beh mes aïeux, c’est bien la première fois qu’on me donne du « mon seigneur » ! 
-          Tu m’étonnes ! charria un homme derrière Ben, que Symbile ne put identifier.
-          Vous partez à la guerre ?...
Les chevaliers éclatèrent de rire.
-          A la guerre ? Bah, la guerre, en ce moment, c’est loin dans le Sud ! Nous on préfère se les geler dans la région. Y a plein de chose à faire, pas besoin d’aller risquer sa vie à la guerre !
-          Il y a la guerre dans le Sud ?! s’exclama la jeune fille. Contre qui ? Que se passe-t-il ?
-          Contre qui ? Contre un Reizhold je crois…
-          C’est Aznard qui dérouille ! héla un cavalier.
-          Ah ouais ! C’est Aznard, Reizhold de Baliarèm, qui n’a pas plu au Roi… Si tu veux mon avis, moi j’dis il a raison le type. Il peut bien faire c’qu’il veut de ses pécores.
-          C’est quoi… un pécore ?
-          Bah… Un peu quelqu’un comme toi, en fait.
-          Et que fait-il avec…?
Symbile regretta d’avoir poser la question.
-          Bah, il leur fait payer des impôts, ramener à bouffer, aimablement prêter les cuisses de leurs donzelles… 
A ces mots, la dizaine de cavaliers qui entourait la jeune fille éclata de rire. Un rire gras et tonitruant, que Symbile trouva très désagréable, et beaucoup moins distingué de ce qu’elle attendait d’un chevalier…
-          Comment ça… « prêter »...
-          Attends, j’vais t’montrer ma belle…
Cette fois ci, les rires se firent presque bestiaux et furent accompagnés de rictus tout aussi peu rassurants. Symbile avait une boule au ventre : quelque chose clochait terriblement dans le tableau qu’offraient ces hommes…
Que savait-elle des chevaliers, finalement ? Uniquement ce qu’elle avait pu lire dans les livres qu’elle planquait dans son coffre : ils étaient de preux  guerriers, au service des seigneurs, ou même directement du Roi. Ils étaient des héros sans peur et dont la mission ultime était de porter secours à la veuve et à l’orphelin… Techniquement, elle méritait donc leur aide… Etonnamment, elle ne souhaitait pas vraiment la leur demander…
-          Mais… mais si il y a la guerre, vous devriez y être, non ? N’est-ce pas le rôle des chevaliers ?...
-          Chevaliers ? Elle est bien bonne celle-là !
Tordu de rire, l’homme, qui s’était dangereusement approché de la jeune fille lors de leur conversation, s’était stoppé net et retourné vers ses compagnons. Symbile en profita pour reculer de quelques pas, tout en gardant les cavaliers à l’œil.
Apparemment, être considérés comme des chevaliers les amusait au plus haut point. La jeune fille dut se rendre à l’évidence : il était vrai qu’ils n’avaient pas vraiment la tête de l’emploi, tout compte fait. Elle avait tellement eu envie de rencontrer des hommes tout droit sortis de ses rêves, qu’elle avait occulté des détails qui auraient dû lui sauter aux yeux, ou tout du moins, lui mettre la puce à l’oreille. 
Leurs armures – ou ce qui y ressemblait – étaient crasseuses, bosselées, rouillées, et la plupart du temps incomplètes et totalement dépareillées. A première vue, elles étaient composées de pièces de récupération, et les éléments manquants avaient été remplacés par des protections de cuir bas de gamme. Leurs chevaux, quant à eux, ne paraissaient pas tous en très grande forme. Ils étaient sales, négligemment bouchonnés, et manifestement mal-nourris. Et que dire des hommes eux-mêmes ? Les chevaliers avaient un statut social très élevé. Ils se devaient d’ailleurs d’appartenir à une noble lignée, se souvint alors la jeune orpheline. Ces hommes-là n’étaient pas issus d’une telle famille, sans le moindre doute : ils étaient encore plus crottés qu’elle et leur hygiène dentaire laissait plus qu’à désirer…  
Ces hommes n’étaient pas des chevaliers. Ils étaient – au mieux – de vulgaires soldats. Mais que faisaient-ils en petit groupe au milieu de nulle part ? Symbile n’avait plus du tout envie de le savoir. Pour la première fois de sa vie, l’idée de se retrouver dans l’enceinte de l’orphelinat lui faisait terriblement envie.
-          Messieurs… je… je dois vous laisser… J’ai du travail qui m’attend et… Bonne journée et bonne route…
-          Eh là ! Minute ma belle ! J’avais pas deux ou trois trucs à t’expliquer déjà ? C’est important d’être éduquée pour une minette dans ton genre…
Une nouvelle vague de rires gras et de regards lubriques fondit sur Symbile qui tentait tant bien que mal de s’éloigner à reculons, tout en gardant un œil sur l’homme inquiétant qui s’avançait vers elle, maintenant flanqué de deux acolytes tout aussi peu commodes.
-          S’il vous plait…
Mais les gémissements de Symbile laissèrent les trois cavaliers de marbre. Bien au contraire, une certaine satisfaction semblait se lire dans leurs yeux à mesure que la peur s’installait dans ceux de la jeune orpheline.
Sans crier gare, les deux compagnons de celui qui apparaissait clairement comme étant le chef de la bande, sautèrent par-dessus les fourrés et attrapèrent chacun un bras de Symbile qui hurla de terreur.
-          S’il vous plait, s’il vous plait ! Laissez-moi partir, je vous en prie…
-          J’crois pas ma belle… J’crois plutôt qu’tu vas nous tenir compagnie un p'tit moment. Tu vois, on fait pas la guerre, mais on est quand même rudement fatigués...
Le cavalier crasseux se passa avidement la langue sur les lèvres.
-           Et puis y a rien de mieux qu’une petite jeunette dans ton genre pour remettre un homme en forme. C’est un peu ton devoir envers de braves chevaliers, non ? ricana-t-il. Aider une troupe fourbue revenant victorieuse d’une bataille glorieuse ? Hein ? 
-          Ça c’est sûr, Ben ! s’exclama un de ses compagnons.
-          Ouais, bien dit, Ben ! renchérit l’autre.
Un petit concert d’acclamations retentit derrière le truand. Pour la première fois, Symbile prit le temps de compter le nombre de cavaliers qui l’encerclaient. 
Onze.
-          S’il vous plait…
Onze hommes – en comptant les deux gros bras et le fameux Ben – s’avançaient vers la jeune fille tétanisée de peur. Onze hommes crasseux, puants et manifestement très impatients de s’occuper d’elle. 
Allaient-ils tous… ?
-          Pitié… 
Symbile fut prise de vertiges et de nausées à cette idée. Elle avait beau être totalement ignare sur le sujet, elle avait suffisamment d’imagination et de bon sens pour se douter que cela serait une vraie torture... 
-          Je vous en prie…
Elle ne pourrait jamais supporter cela. De plus, rien ne garantissait qu’ils lui laisseraient la vie sauve après l’avoir besognée. Mais après tout, ce serait peut-être mieux ainsi… 
-          Laissez-moi partir… 
Soudain, elle sentit dans son cou le souffle chaud et nauséabond de la brute qui lui agrippait le bras gauche. La terreur qui s’empara alors d’elle faillit la faire vomir. Elle devait trouver un moyen de se tirer de là, de s’enfuir et de rentrer se mettre à l’abri. Même dans les bras de sœur Fanny, s’il le fallait !
Mais elle ne sentait plus ses jambes, sa tête tournait et son pouls battait violemment à ses tempes. Des torrents de larmes dévalaient le long de ses joues, sans même qu’elle en ait conscience. Le monde s’écroulait sous ses pieds. L’homme avançait, il tendait le bras, allait la toucher…
Elle ne pourrait jamais supporter ça !
-          NON !
Le hurlement qu’elle poussa sembla déchirer l’air et le silence qui avait engourdi son cerveau. Un éclair éclata au loin mais le coup de tonnerre paraissait emplir d’électricité l’air ambiant. Un éclair ? Par ce temps dégagé ? Et si le tonnerre n’avait pas plutôt éclaté ici, au bord de la piste,  en plein milieu de la troupe d’hommes ?
-          Ben ? Ben ! Merde Ben, qu’est-ce que tu fous ?!
Symbile sorti de sa torpeur et posa les yeux sur le chef de la bande qui était tombé à genoux, à moins de trois pas d’elle. Son visage était livide et ses lèvres tiraient vers le bleu. Manifestement, il ne pouvait plus respirer, comme en témoignaient également les deux mains crispées qu’il avait portées à son cou.
Soudain, les étaux qui lui enserraient les bras se relâchèrent. Les deux brutes tentaient de porter assistance à leur commandant. Symbile ne se fit pas prier, se retourna, et détala à toute vitesse en direction du sommet de la colline. 
Lors de la descente, elle avait tenté de garder ses sabots aux pieds, mais maintenant, elle s’en fichait royalement. D’ailleurs, elle ne tarda pas à les abandonner délibérément derrière elle. Il était bien plus aisé de gravir une pente à toute vitesse en chaussettes qu’avec ces maudites galoches.
Après une ascension effrénée réalisée dans le brouillard mental le plus total, Symbile sauta par-dessus les gravas du mur abattu et eut malgré tout la présence d’esprit de se diriger directement vers la porte entrouverte de la chapelle, située à quelques dizaines de pas. Une fois à l’intérieur, elle claqua les lourds battants et condamna l’ouverture avec la barre de fer prévue à cet effet.
La jeune fille s’effondra sur le sol de pierres gelées. 
Reprenant soudain ses esprits, elle ressentit une vive douleur dans la poitrine. L’air glacé de l'hiver encore particulièrement rigoureux lui avait brûlé la gorge et les poumons. Elle ne parvenait pas à reprendre son souffle et son sang tambourinait sauvagement dans son crâne, alors qu’elle sentait son visage irradier de chaleur. La pièce semblait tanguer sous ses genoux et sa vision était trouble. Elle se sentait sur le point de défaillir après la frayeur qu’elle avait ressentie et l’effort physique colossal qu’elle venait de fournir.
Pas une seule fois elle n’avait regardé derrière elle pour voir où en étaient les mercenaires – car s’en étaient certainement. Etaient-ils sur ses talons, étaient-ils restés auprès de leur chef, avaient-ils renoncé ? Symbile priait pour cette dernière hypothèse.
Malheureusement, un concert de cliquetis métalliques et de jurons plus vulgaires les uns que les autres retentit dans la cour de l’orphelinat.
-          Où est passé cette salope ?! Où elle est ?! Où elle est !!!
-          Calme-toi Ben, tu vas encore y passer sinon…
-          C’est cette petite pute ! Elle m’a fait un truc cette sorcière ! Je vais la saigner comme un porc…
Symbile retint son souffle. L’avaient-ils vu entrer dans la chapelle ? Apparemment non, mais ils finiraient bien par la débusquer et ce qu’ils lui feraient subir dépasserait certainement les bien trop étroites limites de son imagination…
La brute de chef continua à jurer, pendant que ses comparses faisaient un raffut d’enfers en courant dans tous les sens pour chercher la jeune fille. Bientôt, elle entendit les cris apeurés d’orphelines certainement tombées nez à nez avec les sombres individus.
Soudain, un hurlement, plus menaçant que tous ceux que Symbile avait pu entendre depuis le début de cette terrifiante aventure, retentit dans la cour. Perçant, aigu, strident… 
-          Par Dieu, quelle est donc la raison de tout ce boucan ?!
Manifestement, sœur Fanny venait de débouler dans la cour. Et elle continuait à hurler, d’une voix chargée de haine.
-          Qui êtes-vous ? Que venez-vous faire ici ? Dégagez !
Malgré toute la peur que la nonne pouvait inspirer aux jeunes pensionnaires lorsqu’elle sortait de ses gonds, Symbile doutait de l’efficacité de l’intimidation sur des brutes comme celles qui s’étaient introduites dans l’enceinte de l’orphelinat.
Un bruit étrange, rappelant le sifflement d’une bourrasque conclu d’un couinement étouffé, retentit dans la cour, suivi par un silence de mort. 
Après quelques secondes, la jeune fille eut la surprise d’entendre le raffut des armures et la lourde démarche des cavaliers qui s’estompaient. Les mercenaires s’en allaient-ils par là où ils étaient venus ? Tout ça grâce au coup de gueule – impressionnant, certes – de sœur Fanny ? Symbile n’en croyait pas ses oreilles. Cependant, malgré la curiosité qui la tiraillait, elle resta parfaitement immobile et silencieuse, toujours adossée à la porte barricadée de la chapelle.
Elle ne put réprimer un cri lorsqu’on tambourina à la porte. Un seul mot vint de l’extérieur. Un ordre impérieux, froid, net, et ne souffrant aucune discussion :
-          Ouvre.
Symbile avait reconnu la voix glaciale de sœur Fanny. Son sang ne fit qu’un tour et elle sentit un frisson lui parcourir l’échine. D’aussi loin qu’elle se souvienne, elle ne se rappelait pas avoir déjà entendu une aussi calme et aussi terrorisante intonation chez la nonne.
Symbile s’exécuta. Elle retira la barre métallique de la porte en bois. Quelle était lourde ! Elle ne s’en était même pas aperçue dans sa fuite pour sa survie, quelques minutes plus tôt. Le métal émit un bruit lugubre en percutant la pierre, et la jeune fille ne put s’empêcher de penser qu’il ressemblait au son d’un glas. Elle attrapa les poignées des deux battants de l’imposante porte et tira…
La cour était vide. Dans son champ de vision encore restreint, l’orpheline ne pouvait apercevoir âme qui vive.
Comment la vieille nonne avait-elle fait fuir près d’une douzaine de truands sur le point d’en découdre ?
Avalant péniblement sa salive, la jeune fille s’avança sur le parvis de la chapelle. Sur sa gauche elle vit un petit attroupement. 
Des pensionnaires. Et se découpant vaguement devant leurs silhouettes, sœur Fanny et un corps, étendu à même le sol dans une mare de sang. Les orphelines arboraient toutes – sans exception – une expression empreinte de terreur. La nonne, quant à elle, affichait une colère – une rage, même – d’une froideur inouïe. L’homme, enfin, n’affichait plus aucun sentiment, mais seulement un rictus figé, témoignant aussi bien de la peur que de la surprise qu’il avait du ressentir en trépassant.
La scène était irréelle et Symbile s’était stoppée net, sans même s’en apercevoir. Le vent, glacial, soufflait à ses oreilles et conférait au silence de mort qui régnait une dimension particulièrement dramatique.
Sœur Fanny tenait un objet à la main. Son fouet ! Son fameux fouet aux lanières incrustées de petits clous. 
Avait-elle tué l’homme simplement avec son fouet ? Impossible. Le truand était clairement mort sur le coup, et sans comprendre d’où était venue sa fin. Mais alors, comment ?
-          Approche.
Symbile sentit ses jambes fatiguées sur le point de se dérober. Quelque chose dans le regard de la sœur lui glaçait le sang et elle n’aurait su dire à quel moment de la journée elle avait eu le plus peur : un peu plus tôt, lorsque onze brutes avaient voulu jouer avec elle, ou bien en cet instant, alors qu’une sorte de démon sorti des Abysses la toisait en se demandant quelle sauce l’accompagnerait le mieux. 
Néanmoins, elle avança. Elle n’avait pas d’autres alternatives…
Une vingtaine de pas la séparait à présent de la nonne et de grosses gouttes de sueur se mirent à dévaler le long de son dos.
La jeune fille s’arrêta prudemment à cinq pas de sœur Fanny. Une trentaine de paires d’yeux la dévisageaient intensément. Symbile porta les siens sur le cadavre. 
C’était Ben. Encore plus livide que lorsqu’elle l’avait quitté, et avec les lèvres maintenant franchement bleues. Avait-il continué à s’asphyxier ? Peu probable, considérant la façon dont il avait brayé des insultes à son encontre quelques minutes plus tôt. Elle remarqua alors sa gorge lacérée, certainement à l’origine de la flaque de sang dans laquelle il baignait.
Symbile ne pouvait plus décrocher son regard des yeux vide de son agresseur. La situation était tellement incroyable !
-          Tu as tué cet homme, annonça sœur Fanny.
La jeune fille reçut cette affirmation comme un coup de poing à l’estomac.
-          P… pardon ?
-          Tu as tué cet homme.
-          Mais… mais… Il était vivant lorsque je me suis enfuie, et je l’ai entendu crier dans la cour il y a quelques instants…
-          Tu as tué cet homme ! hurla la nonne. Ton comportement l’a tué, ta perversité l’a tué, tout est entièrement de ta faute ! 
-          Ma … ? Mais… Je n’ai rien fait, comment est-il mort ?
-          Tais-toi !
L’ordre avait été aboyé avec une telle agressivité que la trentaine de jeunes orphelines postées derrière la nonne bondit en arrière dans un seul et même mouvement. Symbile, quant à elle, était figée sur place. Ses camarades ne pouvaient voir le regard de sœur Fanny, et c’était la seule raison pour laquelle ces dernières pouvaient encore bouger, et pas elle.
Il y avait quelque chose de différent dans son visage. Son expression n’était pas naturelle. Sa bouche était trop tordue, ses yeux trop exorbités et injectés. En comparaison, la vieille religieuse avait été plutôt gracieuse lorsqu’elle l’avait insultée au petit déjeuné. A présent, ses traits étaient déformés d’une façon qui la faisait passer pour une possédée.
Était-ce possible ? Cela aurait pu expliquer bien des choses…
-          Avance.
Le calme était revenu dans le ton de sa voix et Symbile se demanda si sa dernière heure n’était pas finalement arrivée. Elle s’exécuta néanmoins, et s’arrêta à un pas de la nonne.
Il y avait quelque chose dans ses yeux…
-          Retourne-toi.
Symbile obéit. Qu’allait-il… ?
-          Enlève ta chemise.
Symbile se retourna vers la nonne pour protester mais se ravisa instantanément devant l'expression de cette dernière. Il n'y avait maintenant plus de doute sur le sort qu'elle lui réservait : elle allait tâter de son fouet.
La jeune fille reprit donc la position dictée par la religieuse et fit basculer le vêtement par-dessus sa tête. L'angoisse l'obligea à contracter chaque muscle de son corps.
Une décharge de douleur intense lui transperça soudain le dos.
Après avoir crié sous la douleur et la surprise – bien qu'elle se soient attendu à l'impact –, la jeune fille serra les dents et les poings. Elle était une des rares pensionnaires à avoir déjà eu la "chance" de goûter à l'instrument. Elle y avait survécu, elle survivrait cette fois-ci encore.
Une deuxième déflagration ébranla tout son corps. 
La nonne n’avait jamais frappé aussi fort ! Et Symbile hurla sous la brûlure qui la transperçait.
Un troisième coup retentit et la jeune fille tomba à genoux tandis que ses camarades criaient de terreur. Mais elle ne les entendait pas car les hurlements qu’elle poussait les couvraient totalement. De plus, son esprit était envahi d’explosions de souffrance, si bien qu’elle ne percevait même plus le monde qui l’entourait.
Quatrième coup.
Symbile s’étala face contre terre et mordit la poussière, au sens propre.
Cinquième coup.
Elle aurait mieux fait de rester avec la troupe de mercenaires…
Sixième coup.
Symbile sombra dans le néant.
 
 
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MessageSujet: Re: Les Chroniques de la Terre de Riom   Mar 10 Juin - 11:20

(j'avais bien commencé mon commentaire, et puis un foutu orage a fait sauter les plombs. Donc je recommence. Si jamais je suis succinct sur certains points c'est par agacement, mais n'hésite pas à demander des précisions si je ne suis pas clair).

D'abord je vais attaquer par le style, comme d'habitude. Et (presque) comme d'habitude, je vais faire un premier reproche. ça ne tient qu'à moi, mais j'ai la sensation de lire un style lisse et convenu, celui utilisé dans tous les romans de fantasy. évidemment j'exagère, mais c'est l'idée. Je ne dis pas que c'est mal, mais c'est quelque chose qui me gêne toujours un peu. C'est personnel, ça n'engage que moi. Après tout je suis peut-être le seul à débloquer là-dessus. En tout cas c'est ce que j'ai pensé pendant une partie du texte.
Ce qui m'amène à te demander si tu as écrit ton texte en plusieurs fois ? (éloignés dans le temps). Ou alors peut-être que tu n'as réécrit qu'une partie ?
  Parce qu'à partir du moment où Symbile (j'aurai quelques choses à dire sur les prénoms) rencontre les cavaliers, j'ai remarqué un changement notable dans l'écriture. Et j'ai trouvé ça bien mieux. C'est moins lisse, moins traditionnel. Je vais et donner un exemple d'un paragraphe que j'ai aimé :
"Le cavalier la reluqua de la tête au pied. Elle était maigre et sale, mais il avait vu bien pire. D’ailleurs, sous sa crasse et ses mèches rebelles, elle était plutôt jolie à regarder. Il ne lui manquait vraiment pas grand-chose pour être attirante : un bain, un coup de peigne et quelques kilos bien placés… Mais ses grands yeux verts et son petit minois timide encadré par ses boucles brunes lui convenait tout à fait. Il avait connu des filles de joie moins bien attifées, largement, et après quelques jours de voyage, il ne voyait aucune raison de faire le difficile."
  Là, rien qu'avec le vocabulaire utilisé on sent plus de liberté. Et puis les expressions utilisées font que je n'ai pas l'impression de me retrouver en face d'un conte. Mais peut-être que tu adaptes ton style d'écriture en fonction du point de vue du personnage ? Là aussi, j'y reviendrai plus tard.
  Pour en finir avec le style, même si ça ne me dérange pas outre mesure (je m'y fais), je pense que ça peut desservir ton texte. L'écriture est "bon enfant", je dirai. Et du coup, quand je suis arrivé à la tentative, de viol, je me suis dit d'emblée : "elle va s'en sortir. Obligé". Et du coup je me suis attendu à ce que quelque chose se passe. Alors que j'aurai pu en douter si l'écriture avait été plus crue, à l'image du paragraphe que j'ai cité. C'est ça en fait mon principal reproche. Trop propre, pas assez cru. Mais c'est vraiment une question de goût, pour le coup. 

(Un éclair qui fait trembler la vitre et les murs)

Du coup je reviens sur les prénoms. Donc dès le départ, on se dit que c'est de la fantasy, ne serait-ce que par ces prénoms. Donc pas de problème. Et puis il y a la sœur Fanny.
!? Tu vois où je veux en venir ? ça tranche un peu avec tous les autres noms exotiques. Mais peut-être que c'est fait exprès ?
Sur celui du personnage principal, j'ai une question. ça se prononce comment ? Parce que si c'est "Sainbile", ça sonne pas très bien (je trouve), et si c'est "Simebile", j'ai du mal à le dire XD Et j'ai un peu de mal, quand j'arrive pas à prononcer les prénoms. Même quand c'est dans la tête. Ou alors ça se prononce tout à fait autrement ?
(oui, cette remarque est idiote, j'en ai tout à fait conscience. Mais ça me perturbe).
Enfin, immédiatement Symbile ça m'a fait penser à Sybille. Et je me suis tout de suite dit que c'était une sorcière. Et par extension qu'il y avait de la magie. ça a l'air d'être le cas. Je ne sais pas si la référence est intentionnelle ou pas, mais du coup ça donne un indice sur la suite, et ça gâche un peu l'effet de surprise (pour moi). Si tu voulais donner un effet de surprise, bien évidemment. 

Je vais finir par le changement de point de vue. Si j'ai un conseil : choisi le point de vue que tu veux adopter, ou alors fait des sous-chapitres, parce que l'omniscience c'est casse-gueule, pas très agréable à lire, et puis j'aime pas (à la limite ça c'est pas très grave). Parce qu'au début on commence avec Symbline, puis d'un seul coup on se retrouve dans la tête de sa copine (pour un temps assez court en plus, ce qui ne donne pas trop d'intérêt). je suis sorti un peu du texte, du coup.
Le deuxième changement c'est avec le cavalier. Déjà là c'est beaucoup plus intéressant puisque ce qu'il pense à un intérêt direct. Et puis le changement net de style, qui est aussi très intéressant. Je pense pas que ce soit à jeter, mais l'intégrer directement à la suite c'est un peu gênant (pour moi, si ça gêne personne d'autre on s'en fout). Genre un petit sautage de ligne ne ferait pas de mal.

Voilà, c'est à peu près tout ce que j'ai à dire. Sur le scénario évidemment j'attends d'avoir la suite. j'ai envie d'avoir la suite, donc c'est déjà bon signe. J'espère que la jeune fille sera un peu moins niaise Wink
Ce n'est que mon avis, il y a de l'utile (un peu, j'espère), et de l'inutile (aussi), prend ce qui te semble juste et met le reste aux orties. Je guette le second chapitre.
 
J'ai réussi à finir sans autre coupure d'électricité \o/ Julien Vs. Orage --> 1 partout
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MessageSujet: Re: Les Chroniques de la Terre de Riom   Mar 10 Juin - 12:42

sur l'omniscience et le prénom de l'héroïne , je suis d'accord avec le boiteux.
moi aussi j'ai tout lu et ce début, même si je le trouve un peu long et légèrement caricatural (j'ai été interne chez les soeurs, lol) m'a donné envie d'en savoir plus pour la suite.
par exemple, pour la pauvreté dans laquelle vivent les filles, le lard... ben le lard, les paysans n'en avaient jamais ou bien une fois par an et ils le délayaient dans la soupe, une soupe qui pouvait être rallongée pendant des jours et des jours, juste pour en conserver le goût (du lard). pareil pour l'orange, à moins que l'action se déroule dans le sud, pas loin de l'espagne et autre, l'orange est un produit d'importation (enfin pour moi qui vit dans le nord).
et puis simbile qui ne sait pas se lever le matin, devait bien savoir à quoi elle serait confronté puisque visiblement fanny l'a déjà battue. y a quelque chose qui cloche, là.
voilà pour moi, mon avis très perso auquel nul n'est tenu d'en prendre la moindre parcelle  Laughing 

bon courage en tout cas. j'en écris une de fantasy et je peux te dire que mon texte, j'ai du le reprendre 100 fois (sans rire) avant de trouver preneur.
au plaisir de lire la suite

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MessageSujet: Re: Les Chroniques de la Terre de Riom   Mar 10 Juin - 12:50

Eh bien, je ne m'attendais pas à un retour aussi rapide ! Smile

Alors... parlons du style.
J'ai écris ce chapitre il  y a deux ans environ, en quelques jours. J'en avait écrit une première version plusieurs années auparavant et j'avais décidé de tout reprendre à zéro (en me relisant, ça faisait vraiment trop adolescente). J'ai donc repris la trame de la première version pour écrire la nouvelle. La différence de style que tu as noté est certainement dû au fait que j'ai peut être suivi plus "fidèlement" la version d'origine au début, et que je m'en suis éloigné ensuite ? Ca ne s'est pas fait consciemment.
Le point de vue du récit est effectivement omniscient (c'est celui que je préfère quand je lis, et qui vient naturellement quand j'écris), avec des petites "plongées" dans l'esprit des personnages. Elles se font d'elles mêmes, je ne le fait pas forcément exprès. Je vais réfléchir à la pertinence de celle d'Amlynn. 
Sinon, je suis d'accord avec toi, mon style n'est pas très "marqué". Déjà, parce que j'écris naturellement comme ça, et aussi parce que j'ai plutôt tendance à essayer de mettre l'accent sur l'ambiance, les descriptions, les ressentis des personnages. Mon but est surtout de faire voyager le lecteur, qu'il ait plaisir à lire, et surtout qu'il ait toujours envie de lire la suite (mission accomplie sur ce dernier point, d'après ce que tu me dis).

Par contre, je risque de te décevoir : ce personnage est effectivement niais ! Enfin, je dirais naïve, c'est plus gentil ! Wink Ce n'est néanmoins pas le seul personnage de mon livre, et j'espère avoir réussi à développer des personnalités contrastées pour les autres. 
En simplifié, il y aura trois groupes de personnages dont on suivra les tribulations en parallèle, avant qu'ils ne se rencontre enfin à la fin du premier tome (par exemple, les chapitres 2 et 3 se concentrent sur un de ces autres perso).

J'ai l'ambition d'écrire une histoire qui ne sera pas trop "lisse" (dans le fond plus que dans la forme) même s'il est vrai que je rechigne un peu au viol de mon héroine dès le premier chapitre... tu me pardonneras certainement. Wink Il me semble que la "gravité" de l'histoire va crescendo tout au long du bouquin. Mais, évidemment, ce n'est pas en un chapitre, ni en trois, que cela se sentira.

Ensuite, les prénoms. 
Oui, c'est de la fantasy, et donc je me suis permise d'inventer quelques patronymes. "Soeur Fanny" est un personnage de la première heure, et je n'ai pas imaginé une seconde changer son nom... tu remarqueras néanmoins (et cela se confirmera un peu plus ensuite) que la lettre "y" se retrouve dans plusieurs prénoms. C'est un peu la particularité de cette région, si l'on veut. Plus tard, j'utilise pas mal de nom d'inspiration scandinave, franque, ou irlandaise/écossaise, suivant l'origine géographique des personnages.

Le prénom du personnage principal se prononce "sime-bil" (comme la cime d'un arbre, puis comme... buffalo bill ! Wink ). Il est inspiré du terme sibylle (rencontré lors d'une sortie scolaire de 6ème), qui était une sorte d'oracle en Grèce antique. Le personnage n'a cependant rien d'une pythie, je trouvais juste la consonance agréable à l'époque, et le nom est resté depuis 15 ans. 
Je ne connais pas le personnage dont tu parles, donc il n'y a aucune référence volontaire.

Merci en tout cas pour ton commentaire (ultra rapide). Tu m'en voudras pas, je retiens surtout le fait que tu veux voir la suite ! Mais je prends bonne note des critiques. Je vais cogiter la dessus, et aussi voir ce que d'autre en penseront.

Encore merci !
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Manon

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MessageSujet: Re: Les Chroniques de la Terre de Riom   Mar 10 Juin - 12:56

Ah ! Un autre message pendant que j'écrivais ma réponse au boiteux !

L'histoire se déroule dans un monde imaginaire, je me suis donc parfois permise de m'affranchir de certaines dures réalités de l'époque moyenâgeuse réelle. Je développe ce monde, ses royaumes, ses contrées, et ses coutumes tout au long des premiers chapitres. J'ai cependant essayé de ne pas prendre trop de largesses. Le sud du Royaume de Fanaâc (où se déroule l'histoire) ayant un climat de type "méditerranéen", alors je pense que l'orphelinat peut techniquement se procurer des oranges. Pour le lard, je me permets d'imaginer un monde un peu plus opulent que ce que l'Europe à pu connaitre il y a un millénaire et demi.

En tout cas, je suis heureuse d'apprendre que le travaille acharné peu payer. Smile
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Le Boiteux

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MessageSujet: Re: Les Chroniques de la Terre de Riom   Mar 10 Juin - 16:37

Ton choix de style se justifie complètement. C'est juste ma préférence d'avoir un texte plus marqué, c'est pas celle de tout le monde. Mais comme je suis là pour donner mon avis :PEt puis c'est que le premier chapitre. Un roman s'apprécie sur la longueur. Je verrais par la suite. Mais c'est pas ça qui va me rebuter. 

"J'ai l'ambition d'écrire une histoire qui ne sera pas trop "lisse" (dans le fond plus que dans la forme) même s'il est vrai que je rechigne un peu au viol de mon héroine dès le premier chapitre... tu me pardonneras certainement. ".
Je te pardonne volontiers. C'est ton héroïne qui ne m'aurait pas pardonné si c'est moi qui avait tenu la plume XD. Moi j'écris du post-apocalyptique avec des zombies, alors je suis un peu plus méchant avec mes personnages... Mais le peu que j'écris de fantasy, je suis pas tellement plus gentil, à bien y réfléchir...

Pour le personnage de Sybille, je parlais bien de la même que toi, c'est que dans mon esprit c'est associé à la magie (va savoir pourquoi).

J'attends de voir la suite, surtout si ça devient plus sombre  Twisted Evil
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Manon

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Date d'inscription : 09/06/2014
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MessageSujet: Re: Les Chroniques de la Terre de Riom   Mar 10 Juin - 19:01

T'enflamme pas ! 
Pas de zombis en vue ! Wink
Ca ne sera pas plus sombre que l'a été L'Epée de Vérité lorsque que Richard apprend la vie avec les Mord Sith !:p 
Mais j'essai néanmoins de faire en sorte que ça ne soit pas trop trop niais. ^^
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Manon

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Date d'inscription : 09/06/2014
Age : 29

MessageSujet: Re: Les Chroniques de la Terre de Riom   Dim 6 Juil - 15:17

Salut à tous !


Je pensais publier le chapitre deux beaucoup plus tôt, mais il s'avère que j'ai retrouvé du travail (champagne !) et qu'il faut que je reprenne le rythme...
Etant donné que mes chapitres sont un peu long (en tout cas pour le format du forum) je vous propose d'aller les lire directement sur mon site internet : www.terre-de-riom.com.
Là-bas, les dix premiers sont déjà publiés, et je trouve que l'interface de lecture est plus agréable.
Dites moi si ça vous convient, sinon je publierais le chapitre 2 ici.
En plus, il y a des dessins, la carte du monde, tout ça... Alors hésitez pas à vous balader sur le site.
En espérant que ça vous plaise....

A bientôt tout le monde !
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extialis
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MessageSujet: Re: Les Chroniques de la Terre de Riom   Dim 6 Juil - 15:23

j'irai voir (dès que j'aurai moins de taf, lol). bon courage pour ton travail

_________________
https://www.facebook.com/eliecharier
http://fantasy666.jimdo.com/

le tome un sur numériklivres :gahila
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